Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a défendu samedi sa prise de décision tout au long de l’opération Bordure protectrice à Gaza. En réponse à une vague de critiques du public et à l’insatisfaction devant les résultats de la guerre contre le Hamas, il affirme que son gouvernement a agi de façon responsable, et qu’il ne voulait pas d’un « Fallujah » israélien à Gaza.

Netanyahu a affirmé à la Deuxième chaîne dans une longue interview qu’il n’excluait pas de reconquérir la bande de Gaza et de destituer le Hamas dans l’avenir – comme beaucoup de ses critiques l’ont demandé – si la conjoncture l’exigeait.

Il avertit toutefois que des mesures aussi draconiennes coûteraient un prix fort et auraient des conséquences sur le long terme pour Israël.

Appuyant ses propos, il invoque la guerre des Etats-Unis en Irak, et notamment les nombreuses batailles et lourdes pertes subies dans leur tentative de nettoyer la ville de Fallujah des forces militantes, une tentative qui, dit-il, a rapidement avorté après le retrait de l’armée du territoire.

« Les Etats-Unis ont combattu une plus petite Gaza appelée Fallujah… Fallujah fait un dixième de la taille de Gaza. La grande Amérique a combattu Fallujah, sa Gaza, sacrifiant des centaines de soldats qui ont lutté courageusement… Elle y est allée une fois, deux fois, trois fois », dit-il.

« Des milliers d’Irakiens ont été tués là-bas. Plusieurs milliers. Et au bout du compte, les Etats-Unis sont sortis et Al-Qaïda est revenue. »

Selon Netanyahu, une tentative de conquérir temporairement Gaza pour évincer le Hamas aurait un coût aussi élevé, tant en soldats qu’en civils.

« Si nous payons ce prix, un prix élevé, nous pourrions être amenés à y rester », dit-il. Mais une présence israélienne constante gaspillerait des ressources précieuses, tandis que le pays doit affronter des menaces sur d’autres fronts.

« Al-Qaïda se trouve à présent à la frontière des hauteurs du Golan », note-t-il, en référence au Front Al-Nosra affilié à Al-Qaïda, qui ces derniers jours a pris le contrôle du territoire près de la frontière israélienne, et du seul poste-frontière de la Syrie avec Israël.

« L’Etat islamique se rue vers nous et Al-Qaïda se trouve aux frontières du Golan… J’ai choisi dans cette conjoncture de ne pas investir toutes nos ressources dans cette seule arène (Gaza). »

« Je crois que ce que nous devons faire pour le moment est tout simplement de frapper [le Hamas]. Alors peut-être restent-ils [au pouvoir], mais ils sont pulvérisés ; ils sont isolés ; ils ne peuvent faire de contrebande d’armes », assure Netanyahu.

Il note que les objectifs de l’opération n’ont jamais été de renverser le Hamas, mais seulement de le frapper assez fort pour le dissuader et restreindre sa capacité à attaquer Israël.

« Nous l’avons fait », maintient-il. « Nous leur avons asséné un coup vraiment mauvais… Nous avons donné une raclée au Hamas dont il se souviendra pendant de nombreuses années. »

« Je pense que cela crée une chance – non une certitude mais une chance – d’obtenir un calme de longue haleine ».

Netanyahu parle de tolérance zéro pour une « bruine » de tirs de roquettes, promettant de frapper fort en réaction à tout nouveau tir à partir de Gaza. « La bruine rencontrera une averse » de tirs israéliens, a-t-il pointé.

Netanyahu a également minimisé ses affrontements semi-publics sur sa gestion de l’opération avec certains ministres, à savoir le ministre de l’Economie Naftali Bennett et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, qui n’ont tous deux pas fait mystère de leur mépris pour la réticence du chef du gouvernement à renverser le Hamas.

« Il y a eu des grincements », admet-il, mais finalement, « jusque-là, le gouvernement a agi comme il se doit ».

Le Premier ministre affirme ne pas s’inquiéter des critiques. Selon lui, une grande partie du public reconnait que la campagne a été menée de manière responsable et avec sang-froid.

« Devant toutes les critiques, devant tous les critiques, devant tous les bruits de fond et intérêts privés – je suis resté imperturbable et résolument déterminé. »

Les sondages d’opinion de ces derniers jours montrent une baisse de soutien pour Netanyahu.

Lieberman, en tête des détracteurs, a déclaré vendredi qu’Israël manqué une occasion en or d’éradiquer le Hamas. La ministre de la Justice, Tzipi Livni, a soutenu pour sa part samedi que le gouvernement doit, soit reprendre les pourparlers de paix avec l’Autorité palestinienne, soit s’attendre à un retour de bâton diplomatique de la communauté internationale.

Au sujet du processus de paix qui semble désormais à l’abandon avec l’Autorité palestinienne, Netanyahu affirme que le récent conflit à Gaza a fait comprendre à de nombreux Israéliens à quel point la souveraineté palestinienne serait dangereuse en Cisjordanie si la sécurité d’Israël n’était pas garantie.

« Mon insistance sur la question de la sécurité est à présent mieux comprise, je pense. Le problème de la démilitarisation, qui je crois n’est pas seulement vraie pour Gaza, mais pour [la Cisjordanie] aussi : Qui empêchera les tunnels d’être creusés ? Qui empêchera les fusées d’être fabriquées ? Qui démilitarisera le territoire », interroge-t-il.
« Vous ne pouvez parler d’un processus diplomatique sans parler de sécurité. »

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dit-il, devra choisir entre le Hamas et Israël.

« Le choix dont j’ai parlé il y a plusieurs mois s’est révélé non pas vrai, mais super-vrai. C’est soit le Hamas soit la paix… Le Hamas ne nous menace pas qu’à nous, il était sur le point de renverser [Abbas], de réaliser un coup d’Etat », a-t-il dit, se référant aux récentes révélations d’Israël sur un réseau du Hamas en Cisjordanie, dont l’objectif était probablement de détrôner l’AP.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé samedi à la télévision qu’Israël avait accepté de cesser les hostilités à Gaza pour garder des ressources face à d’autres menaces régionales potentielles.

« Nous avons combattu 50 jours et nous aurions pu combattre 500 jours, mais nous sommes dans une situation où nous avons l’Etat islamique aux portes de la Jordanie, Al-Qaïda dans le Golan et le Hezbollah à la frontière avec le Liban », a déclaré M. Netanyahu lors d’un entretien à la télévision publique israélienne diffusé samedi soir.

« Nous avons décidé de ne pas nous embourber dans Gaza, (…) nous avons décidé de nous limiter à notre objectif : ramener le calme aux citoyens d’Israël », a-t-il ajouté.

Benjamin Netanyahu a appelé le président palestinien Mahmoud Abbas, avec qui il affirme que les « contacts sont réguliers », à faire un choix entre des négociations de paix avec Israël ou le Hamas.

« Les Palestiniens doivent comprendre qu’ils doivent choisir entre la paix ou le Hamas », a-t-il ajouté.

Depuis sa réconciliation en avril avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dominée par le Fatah de M. Abbas, le Hamas est revenu au premier plan dans le jeu politique palestinien, provoquant la colère d’Israël qui a refusé de reconnaître la légitimité du gouvernement d’union palestinien formé début juin.

Des pourparlers doivent réunir dans un délai d’un mois Israéliens et Palestiniens sur les sujets les plus sensibles comme la libération de prisonniers palestiniens, la réouverture de l’aéroport à Gaza ou la démilitarisation de l’enclave.

« Nous n’avons aucun problème à ce que l’Autorité palestinienne prenne le contrôle de Gaza, nous avons un problème si le Hamas tente de prendre le contrôle de la Judée-Samarie (Cisjordanie) », a déclaré le Premier ministre israélien lors d’une autre interview accordée à la deuxième chaîne de télévision et également diffusée samedi soir.

« Israël ne peut pas faire la paix avec un interlocuteur qui souhaite sa destruction », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre a légèrement développ
é sur ses récents commentaires cryptiques au sujet de nouveaux « horizons diplomatiques » qui s’étaient ouverts à l’Etat juif : « Un nombre non négligeable de pays voient les menaces qui nous entourent comme des menaces qui les concernent [aussi]. En conséquence, ils voient Israël non comme un ennemi mais comme un partenaire potentiel.

« Si un partenariat face aux dangers peut conduire également à un partenariat sur d’autres opportunités, nous l’examinerons sobrement et de façon responsable », a-t-il précisé.

« Je n’ai jamais eu d’illusions sur le Moyen-Orient », a-t-il ajouté ironiquement. « Quand le printemps arabe, le soi-disant printemps arabe a éclaté, j’avais prédit qu’aucune grande [force] libérale n’émergerait, et que les mouvements islamiques monteraient en puissance » dit-il, probablement en référence aux Frères musulmans d’Egypte, à l’État islamique et aux autres groupes extrémistes qui se sont renforcés au cours des dernières années dans le conflit syrien et ailleurs.

Mais l’impératif de lutte conjointe contre ces groupes, a-t-il dit, « constitue une base pour de nouveaux partenariats, qui pourront à leur tour créer des opportunités – tant sur le plan sécuritaire que diplomatique. »