Israël n’a pas d’autre choix dans la réalité politique actuelle que de continuer à contrôler la Cisjordanie, a déclaré mercredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu, affirmant que les Palestiniens doivent encore remplir les demandes basiques soulignées par le gouvernement pour un accord de paix final entre les deux nations.

Netanyahu a déclaré à la Knesset pendant un débat sur la solution à deux Etats qu’il était en faveur de l’idée, mais en pratique ne voyait pas comment elle était possible à moins que les Palestiniens ne connaissent Israël en tant qu’Etat juif et acceptent un état démilitarisé.

Il a également rejeté les affirmations selon lesquelles la politique d’Israël en Cisjordanie menait à l’actuelle vague de violence, comme l’ont déclaré certains responsables de la communauté internationale.

Netanyahu s’est tenu à ses deux demandes de reconnaissance et de démilitarisation depuis l’acceptation de l’idée d’une solution à deux états en 2009, mais elles n’ont jamais été officiellement acceptées par l’Autorité palestinienne.

« Ce n’est que naturel qu’ils nous donnent ce qu’ils demandent pour eux-mêmes », a déclaré le Premier ministre à propos de sa demande de reconnaissance palestinienne d’Israël en tant qu’Etat juif.

Il a ajouté que l’expérience avait appris à Israël que seule l’armée israélienne pouvait garantir un désarmement complet de la Cisjordanie, pas l’ONU ni une autre force internationale.

« Il n’y a pas de séparation de sécurité. Aucune. Cela n’existe pas », a déclaré Netanyahu. « Israël doit être responsable de sa sécurité », a-t-il continué, ajoutant que sans reconnaissance mutuelle et sans désarmement, l’Etat juif ne pourrait pas se permettre de signer un accord de paix avec les Palestiniens.

Le Premier ministre a également semblé se moquer du chef de l’opposition, Isaac Herzog, à propos de sa récente reconnaissance qu’une solution négociée à deux états n’était pas possible actuellement et de son appel à Israël à prendre des mesures unilatérales.

« Bonjour Boogie », a-t-il appelé, en utilisant le surnom de Herzog. « Il semble que vous soyez le dernier à réaliser la réalité. »

Netanyahu a déclaré qu’à la lumière des protestations qui ont enflammé le monde arabe en 2011, il a commencé à douter de la faisabilité de la réussite d’une solution à deux états. Il a caractérisé les soulèvements du Printemps arabe comme « anti-Occident, anti-libéraux, anti-Israël », et a déclaré qu’il avait affronté de « sérieuses critiques » pour son affirmation.

« Ma responsabilité en tant que Premier ministre n’est pas d’enterrer ma tête dans le sable, a-t-il déclaré. Nous combattons un ennemi à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. » Le Premier ministre se référait à la barrière de sécurité améliorée à la frontière avec l’Egypte, sans laquelle Israël aurait été « envahi » par les migrants et sujet à l’infiltration de jihadistes terroristes, a-t-il affirmé.

« Face aux changements incroyables autour de nous… dans les circonstances actuelles, nous ne pouvons pas mettre en place la solution à deux états pour deux nations », a-t-il déclaré.

Netanyahu a déclaré que bien qu’il n’ait aucun désir de créer un état binational, si la Cisjordanie devait être évacuée par Israël, la région serait envahie d’extrémistes islamistes cherchant à détruire Israël.

Le Premier ministre a ajouté qu’en Cisjordanie, les enfants palestiniens apprenaient qu’il fallait « libérer » Israël tout entier, y compris à Haïfa, Akko, Jaffa. « Personne ne parle de 67 », a-t-il déclaré à propos des Palestiniens. « Ils parlent de 48. »

Netanyahu a rejeté les affirmations selon lesquelles le terrorisme palestinien émerge d’après le « désespoir ».

« Le terrorisme n’est pas le résultat de l’occupation », a-t-il déclaré, dans une référence apparente sur ce sujet par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon. « Le terrorisme émerge d’une culture de la mort. Son but n’est pas de libérer un état, mais de détruire un état. »

« Le terrorisme est le résultat d’une idéologie totalitaire » et d’un désir de tuer les juifs, a déclaré le Premier ministre.

Le leader de l'Union sioniste Isaac Herzog,  le 14 juillet 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash 90)

Le leader de l’Union sioniste Isaac Herzog, le 14 juillet 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash 90)

Herzog a pour sa part déclaré que les mots de Netanyahu étaient « creux », ajoutant qu’il pensait qu’il était possible d’obtenir la sécurité des citoyens Israéliens en assurant une séparation entre l’Etat juif et les Palestiniens, mais que le Premier ministre n’était pas intéressé par une telle solution.

« Vous ne comptez pas vraiment nous séparer des Palestiniens, nous pouvons entourer l’Etat de barrières, mais les Palestiniens resteront parmi nous », a déclaré le dirigeant de l’Union sioniste. Herzog a prévenu que « sans séparation d’avec les Palestiniens, Israël se transformera en état israélo-arabe », et Jérusalem aura « un maire arabe ».

Le chef de l’opposition a accusé le Premier ministre d’ignorer les autres difficultés affrontées par la société israélienne, comme les prix de l’immobilier et le coût de la vie.

« Vous avez même échoué à garantir ‘la vie elle-même' », a déclaré Herzog, faisant référence à un tweet de Netanyahu de 2015 à propos de la menace nucléaire iranienne dans lequel le Premier ministre établissait que « quand nous parlons des prix de l’immobilier, du coût de la vie, je n’oublie pas un seul instant la vie elle-même ».

Plus tôt cette semaine, le président de l’Autorité palestinienne a déclaré que les actions des extrémistes israéliens conduisaient une vague d’attaques longue de presque cinq mois.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban, et d’autres, ont accusé le désespoir palestinien du manque d’horizon politique, après des années d’impasse des efforts de paix, d’être responsable de la violence.

La dernière série de pourparlers israélo-palestiniens négociés par les Etats-Unis a échoué en 2014 à cause de récriminations mutuelles.