Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est livré mercredi à une violente diatribe contre les médias israéliens, les accusant d’avoir propagé des « fake news » (fausses nouvelles) contre lui « à un niveau record ».

Après avoir consacré plusieurs minutes à vanter ses propres mérites en tant que Premier ministre et à célébrer le fait qu’ « Israël est une puissance mondiale croissante, grâce à sa force économique, militaire et diplomatique », Netanyahu s’est concentré sur les médias, plus particulièrement sur la couverture médiatique des manifestations hebdomadaires près de la résidence du procureur général Avichai Mandeblit, au cours desquelles les manifestants exhortent le procureur à inculper le Premier ministre en raison des soupçons de corruption qui pèsent contre lui.

« L’industrie des ‘fake news’ a atteint un niveau record. L’objectif est d’obtenir mon inculpation à tout prix et rapidement », a affirmé Netanyahu devant des militants,de son parti réunis pour les vœux du Nouvel an juif, près de l’aéroport Ben Gurion, qui seront célébré le 20 septembre. Il y avait entre 2 000 et 3 000 personnes présentes.

« Ils couvrent avec enthousiasme [et] sans fin les manifestations de gauche chaque semaine, a-t-il dénoncé. Ces mêmes manifestations ont pour but de mettre une pression inappropriée afin qu’un acte d’accusation soit déposé à tout prix. »

Il a accusé les manifestants de proclamer: « ‘Netanyahu est coupable jusqu’à preuve de son innocence’ »,

Manifestation devant le domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Manifestation devant le domicile du procureur général Avichai Mandelblit à Petah Tikva, le 5 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le Premier ministre a également affirmé que les manifestations montrent le mépris des manifestants pour la démocratie.

« Ce n’est pas seulement nous qu’ils méprisent, a-t-il assené. Ils méprisent quelque chose de plus profond : ils méprisent le choix des gens et méprisent la démocratie au nom de laquelle ils manifestent. »

«  Ils font tout ce qui est possible pour nous nuire, à ma femme et moi, parce qu’ils pensent que s’ils me renversent et ils vont nous renverser, le Likud, le camp national – et à cette fin, tous les moyens sont casher. »

« Qui finance et organise les manifestations de gauche [près de la maison de Mandelblit] à Petah Tikva ? Les [médias] présentent les leaders des manifestations en ‘chevaliers de l’Etat de droit’. Quels chevaliers ? Quel droit ? », s’est-il interrogé, avant de s’en prendre aux deux leaders des manifestations : le politicien en herbe Eldad Yaniv et Menny Naftali.

Naftali est un ancien employé de la résidence du Premier ministre qui, en février, a reçu 170 000 shekels en dommages et intérêts pour violences verbales et physiques causées par Sara Netanyahu, l’épouse du Premier ministre. Netanyahu l’a accusé d’avoir commandé des vivres et des produits de nettoyage pour son propre usage pendant qu’il travaillait à la résidence du Premier ministre. Sara Netanyahu a été accusée de détournement de fonds publics.

Netanyahu a également souligné que Yaniv avait reconnu avoir été corrompu quand il occupait le poste d’assistant du Premier ministre Ehud Barak. Yaniv a cherché à faire son mea culpa sur son passé.

Des militants du Likud pendant un rassemblement de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des militants du Likud pendant un rassemblement de soutien au Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les propos de Netanyahu de mercredi faisaient écho à son attaque contre les médias plus tôt ce mois-ci lors d’un rassemblement du Likud. Lors de ce discours, il a accusé la gauche et les médias d’utiliser l’élargissement des enquêtes de corruption qui pèsent contre lui et sa femme pour tenter de l’expulser du pouvoir, ce qu’il a jugé être un « coup d’État » contre le gouvernement.

La pression judiciaire s’est considérablement accentuée sur lui après la récente annonce qu’Ari Harow, un de ses anciens proches collaborateurs, avait accepté de coopérer avec la justice.

Netanyahu n’a cessé de proclamer son innocence.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'un rassemblement du parti Likud, près de l'aéroport Ben Gurion, le 30 août 2017 (Miriam Alster / Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’un rassemblement du parti Likud, près de l’aéroport Ben Gurion, le 30 août 2017 (Miriam Alster / Flash90)

L’une des enquêtes, l’Affaire 1000, repose sur le soupçon que Netanyahu aurait reçu, illégalement, des cadeaux de personnalités très riches, dont le milliardaire australien James Packer et un producteur à Hollywood, Arnon Milchan. La valeur totale de ces cadeaux a été chiffrée par les médias à des centaines de milliers de shekels.

Une autre enquête, l’Affaire 2000, cherche à déterminer s’il aurait essayé de conclure un accord secret avec le propriétaire du quotidien Yedioth pour une couverture positive de la part du journal, en échange de laquelle il aurait aidé à réduire les opérations d’Israel Hayom, concurrent du Yedioth.

Netanyahu a été interrogé à plusieurs reprises par les policiers.

Un certain nombre de personnalités de l’opposition ont critiqué mercredi le discours de Netanyahu.

« Cela commence par la lettre P : la panique, la paranoïa et la psychose », a critiqué Barak, l’un des critiques les plus féroces du Premier ministre. « La terre tremble et le Premier ministre patine… C’est pathétique et triste. »

Le chef du Parti travailliste, Avi Gabbay, a fustigé Netanyahu pour avoir consacré la majorité de son discours aux médias, tout en négligeant de mentionner les problèmes intérieurs.

Il n’a « pas [mentionné] le sort des personnes handicapées, ni le début de l’année scolaire, ni la crise du logement ou le problème des embouteillages, [ce n’était que] médias, médias, médias », a tweeté Gabbay.

Agé de 67 ans, Netanyahu, à la tête du gouvernement depuis 2009 après un premier mandat entre 1996 et 1999, a été soupçonné à plusieurs reprises par le passé, sans être inquiété.

Joshua Davidovich et l’AFP ont contribué à cet article.