Il n’y a pas eu de gadgets. Peu de bons mots, mais seulement un seul support visuel : une photographie de trois enfants à Gaza jouant juste à côté d’un lanceur de roquettes.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a prononcé un discours pragmatique à l’Assemblée générale des Nations unies lundi. Il s’est présenté comme le dirigeant d’une nation « fière et insoumise » ayant « l’énorme responsabilité » de s’assurer du futur de son peuple extrêmement menacé dans une région instable et brutale.

Ce n’était pas un discours entièrement dépourvu d’espoir. Il s’est adressé « au Caire, à Amman, à Abu Dhabi à Riyad et ailleurs » en affirmant qu’un rapprochement d’Israël avec de tels acteurs pourrait aider à conclure un accord de paix avec les Palestiniens ce qui, a-t-il aussi dit, « demandera évidemment un compromis territorial ».

Pourtant, la perspective qu’il a présentée était véritablement lugubre. Sa présentation amère, a-t-il déclaré vers la fin de ses remarques, « peut voler au visage de la sagesse conventionnelle, mais c’est la vérité. Et il faut dire la vérité, particulièrement ici aux Nations unies ».

Comme l’a dit Netanyahu, la vérité est que « l’Islam militant est en marche », que ses ambitions sont globales et que toutes ces nombreuses factions parfois en compétition entre elles sont « les branches d’un même arbre vénéneux ».

Il est donc ridicule et trompeur pour les pays de soutenir la coalition menée par les Etats-Unis combattant l’Etat islamique, mais de critiquer Israël dans son combat contre le Hamas. S’il n’est pas étouffé dans l’œuf, a-t-il indiqué, l’extrémisme islamique affectera tout le monde.

La vérité, exprimée par le Premier ministre, se retrouve avec l’exemple le plus évident d’un Islam militant mondialement ambitieux dans ce qu’il a pris la peine d’appeler « l’Etat islamique d’Iran ».

Celui cherche à exporter sa révolution depuis 35 ans et ne doit pas pouvoir posséder des armes nucléaires pour faire avancer sa cause radicale.

Tout comme les grandes puissances ne laisseraient pas l’Etat islamique enrichir de l’uranium, construire un puissant réacteur à eau ou développer des missiles ballistiques intercontinentaux, alors l’Iran ne doit pas pouvoir « faire de même », a-t-il insisté.

« Battre l’EIIL et laisser l’Iran au seuil des armes nucléaires reviendrait à gagner la bataille et perdre la guerre », a-t-il déclaré, un argument qu’il considérait tellement important qu’il a répété la phrase.

La vérité, comme l’a aussi noté Netanyahu, est qu’Israël fait face à des « accusations calomnieuses » d’avoir tué délibérément des civils dans sa guerre contre le terrorisme du Hamas cet été, alors qu’en réalité « aucun autre pays et aucune autre armée dans l’histoire » n’avait fait autant d’efforts pour éviter les victimes parmi la population civile de leur ennemi.

L’armée, a-t-il déclaré, « a fait preuve de plus hautes valeurs morales que n’importe quelle autre armée au monde… les soldats israéliens ne méritent pas une condamnation mais de l’admiration. L’admiration de personnes honnêtes partout ».

C’est le Hamas, a déclaré Netanyahu, qui a commis des crimes de guerre. C’est le Hamas, pas Israël que l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas aurait dû désigner à la critique depuis cette même tribune des Nations unies vendredi dernier. C’est le Hamas qui devrait faire l’objet d’une enquête.

En focalisant ses préjugés sur Israël, a-t-il accusé, le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies « envoie un message clair aux terroristes de partout » : utiliser des civils comme des boucliers humains. Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies « est donc devenu les conseil des droits des terroristes », s’est-il plaint.

Pour Netanyahu, ce préjugé des Nations unies n’est que la terrible manifestation d’une autre vérité horrible, le retour de la maladie de l’antisémitisme, comme cela s’exprime dans des appels de « foules en Europe » à gazer les Juifs et dans des comparaisons ignobles de dirigeants nationaux d’Israël avec les nazis. « Cela n’a rien à voir avec la politique d’Israël. C’est lié à des esprits malades, et cette maladie a un nom. Cela s’appelle l’antisémitisme », a-t-il déclaré. « Cela se propage dans la société polie où cela prend le masque d’une critique d’Israël ».

Furieux depuis vendredi de l’accusation d’Abbas qu’Israël aurait commis un « génocide » à Gaza cet été, Netanyahu a rejeté l’accusation en quelques phrases énervées. L’Etat juif a été diabolisé avec la « calomnie de l’apartheid » et les accusations de génocide, a-t-il déclaré avec horreur.

« Dans quel univers moral », a-t-il demandé, avertir la population civile de l’ennemi de quitter les lieux de combat, assurer une aide humanitaire et installer un hôpital de campagne pour aider les blessés de l’ennemi constituerait un génocide ? « Le même univers moral », a-t-il répondu, où Abbas peut formuler ses accusations depuis la tribune des Nations unies.

L’accusation de génocide, a-t-il aussi souligné, a été formulée par le même dirigeant palestinien qui, durant ses études, a écrit « une dissertation sur les mensonges de l’Holocauste et qui insiste maintenant sur ‘une Palestine sans Juifs, Judenrein’« .

Si le discours d’Abbas n’a laissé que peu de perspectives pour des interactions futures avec Netanyahu, le Premier ministre a clairement fait entendre avec ces quelques phrases qu’il n’est pas enclin à travailler davantage avec Abbas.

L’autre vérité exprimée par Netanyahu était, qu’on le veuille ou non, que la situation au Moyen-Orient a empiré au cours des dernières années. Les états se « désintègrent » tandis des groupes militants de l’Etat islamique ont rempli le vide laissé par Israël à Gaza et au sud Liban.

Israël a de plus grandes préoccupations concernant les concessions territoriales à l’avenir. Israël ne pourrait tout simplement pas tolérer l’EIIL à portée de roquettes, la situation qui aurait bien lieu si les militants islamiques prenaient le contrôle de la Cisjordanie.

Ainsi donc, quel que soit l’accord de paix, a-t-il dit, répétant une thématique qu’il avait évoquée plusieurs fois au cours de l’été, « je ferai toujours attention qu’Israël puisse se défendre lui-même, par lui-même, contre n’importe qu’elle menace ».

Certains, a-t-il déclaré, choisissant de ne citer personne, après des mois de friction avec les Etats-Unis au sujet des propositions de sécurité en Cisjordanie, « ne prennent toujours pas les préoccupations de sécurité d’Israël au sérieux. Mais moi si, déclaré Netanyahu. Je le ferai toujours, car en tant que Premier ministre d’Israël, j’ai l’énorme responsabilité de m’assurer de l’avenir du peuple juif et de l’Etat juif. Et, peu importe les pressions subies », a-t-il promis, « je n’hésiterai jamais à exercer cette responsabilité ».

Avec ces mots, Netanyahu a garanti sa plus profonde vérité de toutes, souligner le poids du fardeau qu’il sent porter, même s’il se considère comme étant l’unique bien équipé pour le porter.

Ce passage est arrivé à la fin d’un discours que ses critiques du pays ou de l’étranger, savait-il, percevraient immédiatement comme défensif, borné et sinistre.

Dans la vision du monde de Netanyahu, il a été réaliste, ferme et lucide.