Netanyahu : l’opération Entebbe a prouvé que les juifs n’étaient plus impuissants
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Netanyahu : l’opération Entebbe a prouvé que les juifs n’étaient plus impuissants

Pendant la cérémonie marquant le 40e anniversaire du raid, dans lequel son frère a été tué, le Premier ministre lie le détournement de 1976 au terrorisme moderne

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dépose une couronne commémorant les victimes de l’opération Entebbe, le 4 juillet 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dépose une couronne commémorant les victimes de l’opération Entebbe, le 4 juillet 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est arrivé en début d’après-midi en Ouganda et a été accueilli par des dignitaires et une garde d’honneur militaire. Une fanfare militaire a joue l’hymne national israélien, « Hatikvah », puis l’hymne national ougandais.

Akiva Laxer, un des anciens otages d’Entebbe, a prononce des bénédictions et des remerciements pour avoir survécu a cette épreuve. « Au nom de mes trois enfants, a-t-il déclare, je te bénis Seigneur, notre Dieu, qui a fait ce miracle pour moi en cet endroit. »

Sous une grande tente étaient assis plusieurs centaines d’invités, dont plusieurs douzaines de soldats israéliens, des responsables ougandais et des membres de la communauté juive locale.

Les discours ont été prononcés à la tour de contrôle de l’ancien aéroport Entebbe, où le drame des otages s’est déroulé il y a 40 ans aujourd’hui.

Une garde d'honneur ougandaise accueille le Premier ministre Benjamin Netanyahu à son arrivée à Entebbe, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Une garde d’honneur ougandaise accueille le Premier ministre Benjamin Netanyahu à son arrivée à Entebbe, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

La cérémonie a commencé avec un chant en hébreu chanté par un officier de l’armée israélienne. Cette chanson, « Eretz Tzvi », est « surtout associée à l’opération Entebbe », a déclaré la maîtresse de cérémonie.

Le président d’Ouganda et son épouse, qui est ministre de l’Education et des Sports, étaient présents, ainsi que l’homologue israélienne de cette dernière, Miri Regev.

Les députés Omer Bar-Lev, le vice chef d’Etat-major Yair Golan, le chef des renseignements militaires Herzi Halevi et le directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold assistaient à la cérémonie.

L’ancien ministre de la Défense Shaul Mofaz, Giora Eiland et d’autres participants de l’opération étaient également présents, ainsi que des représentants des victimes et des soldats en service des unités qui avaient participé à l’opération.

La maîtresse de cérémonie, lisant ses notes, a déclaré que le sauvetage des otages était un commandement religieux important du judaïsme.

Elle a lu les noms des trois victimes tuées à l’aéroport, et celui de Dora Bloch, Israélo-Britannique de 72 ans qui a plus tard été assassinée dans un hôpital ougandais.

Pendant qu’une musique était jouée, une flamme a été allumée par un soldat israélien, fils d’un des otages assassinés.

Des proches des otages israéliens tués pendant l'opération Entebbe participent à la cérémonie marquant son 40e anniversaire, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Des proches des otages israéliens tués pendant l’opération Entebbe participent à la cérémonie marquant son 40e anniversaire, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

S’adressant au public, Netanyahu s’est déclaré « ému » de se tenir sur le sol où les soldats israéliens avaient libéré des otages à des milliers de kilomètres d’Israël.

« Je suis ému d’être ici, à l’endroit où les troupes israéliennes ont sauvé ici des otages au cœur de l’Afrique, si loin de la maison », a-t-il déclaré.

« Il y a 40 ans, des soldats israéliens ont mené une mission historique », « héroïque » et « inoubliable » a déclaré Netanyahu pendant son discours à l’aéroport d’Entebbe, sur les rives du lac Victoria, à une quarantaine de kilomètres au sud de la capitale Kampala.

Yoni Netanyahu, peu avant sa mort à Entebbe en 1976 (Crédit : Wikipedia)
Yoni Netanyahu, peu avant sa mort à Entebbe en 1976 (Crédit : Wikipedia)

Il a cité son frère aîné Yonathan, Yoni, chef du commando, qui avait péri dans cette opération pour libérer les passagers du vol Tel-Aviv Paris détourné sur Entebbe, où les preneurs d’otages avaient été accueillis par le dictateur ougandais Idi Amin Dada.

« Il y a 40 ans, ils ont atterri au beau milieu de la nuit dans un pays mené par un dictateur brutal qui a offert un refuge aux terroristes », a-t-il lancé. « Aujourd’hui, nous avons atterri en plein jour et avons été accueillis par un président qui combat le terrorisme ».

« Entebbe est toujours avec moi, dans mes pensées, ma conscience et profondément dans mon cœur », a-t-il déclaré.

« Chacun d’entre vous, les soldats et les pilotes, que vous soyez ici ou pas ; vous ne saviez pas si vous rentreriez à la maison. », a continué le Premier ministre.

« Vous êtes venus pour sauver, mais vous saviez que si quelque chose se passait mal, il n’y avait aucune certitude que quelqu’un vienne vous sauver. »

Netanyahu s’est ensuite tourné vers les familles des otages, « dont les êtres chers ont été tués pendant ou après l’opération », et a déclaré que tout comme eux avaient connu une « douleur terrible », il l’avait lui aussi ressentie en apprenant que son frère avait été tué.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara pendant la cérémonie marquant le 40e anniversaire de l'opération Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara pendant la cérémonie marquant le 40e anniversaire de l’opération Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

Il a déclaré que malgré ce terrible prix, l’opération avait été un succès et avait renforcé la réputation d’Israël.

Cela représente d’après lui une leçon pour les temps actuels, où le monde est toujours confronté au terrorisme.

S’exprimant ensuite en anglais, Netanyahu a déclaré que l’Afrique était un « continent en plein essor ». Sous des applaudissements, il a ajouté que l’Etat juif cherchait « à améliorer ses relations avec tous les états africains. »

Il s’est dit « fier » d’être le premier Premier ministre israélien depuis des décennies à venir en Afrique. « Israël revient en Afrique, et l’Afrique revient en Israël », a-t-il déclaré, répétant mot pour mot un slogan inventé au moment de l’annonce de son voyage, il y a plusieurs mois.

Dans les années 1960, de nombreux pays africains avaient en effet pris leurs distances avec Israël en raison des guerres de l’Etat hébreu avec ses voisins entre 1967 et 1973 et des liens unissant Tel-Aviv au régime d’apartheid en Afrique du Sud.

« Mesdames et messieurs, c’est un jour extrêmement émouvant pour moi », a-t-il déclaré, revenant au sujet de l’opération Entebbe. « Le terrorisme a souffert une défaite cuisante. »

Cette opération, a affirmé Netanyahu, était la preuve que « le bien peut triompher sur le mal ».

Cette opération, a continué le Premier ministre, « a été un grand tournant pour mon peuple. » Pendant l’Holocauste, a-t-il ajouté, « nous avons été assassinés par millions, sans état. L’Etat d’Israël a changé cela. »

« C’est peut-être à Entebbe que cette transformation a été vue par le monde. Nous n’étions plus impuissants. »

Afin de battre le terrorisme, le monde a besoin de deux choses : « de la clarté pour distinguer le bien du mal, et du courage pour combattre le terrorisme. Nous devons condamner tous les actes de terrorisme, quelque soit l’endroit où ils ont été commis. »

« Lorsque le terrorisme est défait à un endroit, il est affaibli partout. C’est pour cela qu’Entebbe […] était une victoire pour toute l’humanité », a déclaré le Premier ministre.

Le président ougandais, Yoweri Museveni, a ensuite pris la parole pendant la cérémonie. Pour lui, l’opération Entebbe est « un autre lien » entre « la Palestine et l’Afrique ». Il a invoqué l’histoire biblique de Joseph, qui « était aussi une historie triste, mais a aussi créé un lien, tout comme celle-ci. »

Le président ougandais Yoweri Museveni pendant la cérémonie marquant le 40e anniversaire de l'opération Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le président ougandais Yoweri Museveni pendant la cérémonie marquant le 40e anniversaire de l’opération Entebbe, en Ouganda, le 4 juillet 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Il a continué en déclarant que « bébé Jésus » avait été caché en Egypte, semblant impliqué qu’il était « un autre lien entre l’Afrique et la Palestine, tous nés dans de tristes circonstances ».

Il a ajouté que « même […] la religion musulmane » avait été liée à l’Afrique quand le prophète Mahomet avait du fuir sur le continent.

S’adressant à Netanyahu, il a déclaré que « votre frère, Jonathan, certains otages israéliens, et certains soldats ougandais ont été tués ici, en cette nuit, le 4 juillet 1976. Heureusement, la mission de sauvetage a réussi et des civils innocents ont été sauvés. »

Il a ensuite déclaré que les terroristes devaient être distingués des combattants de la liberté. « Notre mouvement est un mouvement de libération. Nous n’avons jamais utilisé de méthodes terroristes. »

« Quand il s’agit de savoir quelle guerre combattre, ce sont les deux, la cause et la méthode. Nous devons combattre une juste cause, mais également utilisé des méthodes de combat civilisées. »

Il a ajouté que « l’utilisation sans discrimination de la violence est interdite. Même les soldats, quand ils ne sont pas armés, ils ne devraient pas être attaqués : c’est notre doctrine. Nous sommes un mouvement de libération, nous utilisons la violence pour la cause de l’Afrique, mais c’est de la violence disciplinée et qui a un but. Pas de la violence sans discrimination. »

Le dirigeant ougandais a ensuite raconté une histoire à propos d’une rencontre entre lui et le président iranien de l’époque, Mahmoud Ahmadinejad.

Mahmoud Ahmadinejad (photo credit: Shutterstock)
L’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad. (Crédit : Mahmoud Ahmadinejad image via Shutterstock)

« Quand je suis allé en Iran, et qu’il y avait l’homme qui était président à ce moment, celui avant l’actuel, Ahmadinejad, je lui ai raconté cette histoire biblique », a-t-il raconté, en parlant des histories liant les juifs à la Terre sainte. « Il me disait que les juifs ne viennent pas du Moyen Orient, mais d’Europe. Je lui ai dit non, j’ai ma Bible, j’ai ma Bible avec moi, je la lui ai montrée. »

Museveni a raconté qu’Ahmadinejad « ne savait rien ».

« Dans la Bible, on parle des Perses et des Médianites. Je lui ai demandé, où sont les Médianites ? Je sais que vous êtes les Persans. Mais où sont les Médianites ? Il ne savait pas. »

La question est, a-t-il dit, qu’il y a « beaucoup d’ignorance. Bien sûr, je ne veux pas dire à mes amis arabes et à nos amis iraniens que vous êtes tous mentionnés dans la Bible. Il a également noté, en passant, que les « Ougandais pensent que vous êtes chrétiens… Ils ne savent pas que vous êtes les petits-enfants d’Abraham. »

Netanyahu a ensuite déposé une couronne pour commémorer l’opération à l’aéroport.

En 2005, alors qu’il n’était pas à la tête du gouvernement, Netanyahu s’était déjà rendu en Ouganda et avait dévoilé une plaque à la mémoire de son frère.

Accompagné de 80 hommes d’affaires représentant une cinquantaine d’entreprises israéliennes, Netanyahu a débuté en Ouganda une tournée africaine de quatre jours qui l’emmènera aussi au Kenya, au Rwanda et en Ethiopie.

Israël cherche à s’assurer le soutien des pays africains dans les institutions internationales, où il fait l’objet de vives critiques liées aux Territoires palestiniens ou à ses activités nucléaires.

Le gouvernement israélien a récemment approuvé une proposition d’ouvrir des bureaux de l’Agence israélienne pour le développement international dans ces quatre pays. Cette agence partage avec les pays en voie de développement les technologies et le savoir-faire israéliens.

Selon le bureau de Netanyahu, une enveloppe de 13 millions de dollars (11,7 millions d’euros) sera consacrée au « renforcement des relations économiques et de la coopération avec les pays africains ». Elle inclut notamment une formation dans les domaines de la « sécurité nationale » et de la santé.

Le Premier ministre israélien devait également prendre part lundi à un mini-sommet régional sur la sécurité et le « terrorisme », rassemblant les chefs d’Etat et de gouvernement kényan, rwandais, éthiopien, sud-soudanais, zambien et malawite.

Elie Leshem et l’AFP ont contribué à cet article.

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