80 % des 5,9 millions des électeurs israéliens devraient glisser mardi dans l’urne un bulletin de vote pour la 20ème Knesset, alors que la campagne surchauffée qui est devenue un référendum sur le bilan des six années du Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu atteignait son paroxysme.

Politiciens et militants s’étaient mobilisés en force lundi soir et mardi pour tenter de grapiller des voix de dernière minute parmi les Israéliens indécis.

Les élections ont été fixées après que Netanyahu, 65 ans, a provoqué des élections anticipées fin 2014 parce que sa coalition grincheuse vacillait et était au bord de l’effondrement.

Il s’agit de la troisième élection législative en Israël depuis 2009 et du plus grand défi pour Netanyahu, qui cherche à obtenir un troisième mandat consécutif.

Netanyahu a été parmi les premiers à voter, glissant une enveloppe dans une urne à Jérusalem juste après 7 heures du matin et s’engageant à ne pas former de gouvernement d’union avec Herzog.

La plupart des 10 372 bureaux de vote ont ouvert à 7h et devraient fermer leurs portes à 22h . Certains bureaux de vote dans les communautés rurales, les hôpitaux et les prisons ont ouvert une heure plus tard.

Des premières estimations seront publiées dès la fermeture des bureaux, et des résultats officiels devraient être connus durant la nuit.

Mardi est un jour chômé dans tout le pays, afin de faciliter le vote des citoyens. Selon la radio israélienne, les transports en commun devraient fonctionner normalement, alors que la police a relevé son niveau d’alerte et s’est déployée pour assurer un processus de vote en toute sécurité.

Il y a 25 listes dans la course, reflétant la diversité de la carte politique d’Israël, mais 11 listes, au maximum,  devraient entrer à la Knesset.

Dans le système de la représentation proportionnelle israélien, tout parti peut entrer au Parlement à condition qu’il obtienne au moins 3,25 % des voix, ce qui correspond à environ quatre sièges sur 120.

Selon la loi, les résultats définitifs des élections doivent être publiées dans les huit jours suivant le scrutin, mais un porte-parole de la Commission centrale électorale a déclaré que le depouillement sera terminé jeudi après-midi.

En vertu du système électoral complexe d’Israël, la tâche de former un nouveau gouvernement ne revient pas automatiquement au parti ayant obtenu le plus grand nombre de voix, mais au chef du parti avec les meilleures chances de concocter une coalition avec une majorité parlementaire de 61 députés.

Une fois les résultats connus, le président Reuven Rivlin a sept jours pour confier à un chef de parti la tâche de former le prochain gouvernement.

« Le président a clairement fait savoir qu’Israël a besoin d’un gouvernement au plus vite et désire donc commencer ses consultations avec les représentants des différents partis dès que possible », a déclaré son porte-parole.

Avec des sondages qui font état d’une course serrée, les partis se sont lancés dans une série de manœuvres de dernière minute pour tenter de gagner quelque avantage.

Tzipi Livni de l’Union sioniste a annoncé lundi soir qu’elle allait renoncer à sa rotation potentielle avec Herzog pour le poste de Premier ministre – un accord conclu il y a deux mois lorsque son parti Hatnua avait fusionné avec le parti travailliste pour former l’Union sioniste.

Netanyahu a déclaré lundi que s’il était réélu, il ne permettrait pas la création d’un Etat palestinien, sous prétexte que toutes les zones qui passeraient sous domination palestinienne deviendraient des bastions du Hamas.

Dans une tentative de séduire les électeurs qui avaient fui vers des plus petits partis de droite, il a également promis d’encourager la construction à Jérusalem-Est et déclaré que la ville ne serait jamais divisée.

Le négociateur en chef de l’Autorité palestinienne, Saeb Erekat, a réagi à la déclaration de Netanyahu, en disant que le premier ministre « faisait tout ce qui était en son pouvoir pour enterrer la possibilité d’une solution à deux Etats ». Le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riad al-Maliki, a déclaré que Netanyahu avait dévoilé son « vrai visage ».

Le leader de droite n’est pas certain d’arriver en tête, les derniers sondages d’opinion accordaient vendredi à l’Union sioniste de centre-gauche dirigée par Isaac Herzog une avance de 3 à 4 sièges sur Netanyahu.

Mais les mêmes enquêtes montraient également que Netanyahu pourrait bénéficier d’un avantage pour constituer une coalition avec ses plus petits alliés de droite.

Un certain nombre de petits partis pourraient jouer le rôle de faiseur – ou de défaiseur- de rois. Ainsi de Koulanou, dirigé par le ministre transfuge du Likud, Moshe Kahlon, qui pourrait emporter jusqu’à 10 sièges et pourrait faire pencher la balance de chaque côté.

Les sondages montrent également un grand intérêt pour la Liste arabe)commune, un premier effort d’unité par les partis arabes d’Israël qui les a poussés sous les projecteurs pour la première fois.

Les analystes prédisent que des électeurs traditionnels du Likud iront tenter leurs chances cette fois avec les autres partis de droite ou centristes – avec la certitude que Netanyahu sera élu, dans tout cas de figure, puisqu’il dirige le bloc de droite.

Dans un effort pour ramener à lui ces électeurs, Netanyahu a averti à plusieurs reprises que la victoire du Likud est loin d’être acquise et que les votes pour les autres partis alliés pourrait en fait mener à une victoire de l’Union sioniste et de la gauche.

Le parti HaBayit HaYehudi – qui, selon les experts, attire des électeurs de droite mécontents du Likud – a réagi aux propos de Netanyahu, par la voix de son chef Naftali Bennett lançant malicieusement dimanche : « nous avons besoin d’un grand bloc [de droite], pas d’un grand parti [de droite] ».

Bennett, qui a joué de la guitare lors du rassemblement de droite dimanche soir, était visiblement en état d’alerte, si on en juge par l’envoi massif d’un texto du parti appelant les militants à « stopper l’hémorragie de votes revenant au Likoud ».

Herzog craint aussi un passage similaire des électeurs de l’Union sioniste vers le parti centriste Yesh Atid de Yaïr Lapid.

« Nous sommes en concurrence avec Yesh Atid. Un vote pour Yesh Atid, est un vote qui aidera Netanyahu » a affirmé lundi le chef de l’Union sioniste aux informations de la Dixième chaîne.

Un résultat probable dans lequel le plus grand parti ne sera pas celui qui sera choisi pour former un gouvernement ne constitue pas un précédent.

Même si le parti centriste Kadima dirigé par Livni avait remporté 28 sièges aux élections de 2009,  Netanyahu, qui disposait de 27 sièges, qui devint Premier ministre parce qu’il a pu compter sur le soutien d’Yisrael Beitenu et d’autres partis de droite.