Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirigera le panel interministériel qui étudiera la question de la pénurie d’actifs qualifiés dans le secteur du high-tech, a déclaré Avi Simhon, directeur du Conseil national économique la semaine dernière lors d’une conférence.

La pénurie de ressources humaines pourrait impacter la croissance du secteur qui fait la force d’Israël depuis plus de 10 ans, craignent les chefs de l’industrie, les analystes et les politiques.

« La force de l’économie dépend du secteur technologique », affirme Simhon. « Nous manquons d’ingénieurs. C’est impressionnant de voir comment tout le monde est de notre côté. Ils sont tous à 100 % investis dans ce problème », dit-il, en indiquant que le ministère des Finances est également prêt a allouer un budget pour ce problème.

Le panel sera prochainement constitué, a confirmé le bureau du Premier ministre dans un SMS au Times of Israel. Le site économique TheMarker a indiqué au début du mois que le gouvernement prévoyait d’accorder près de 750 millions de shekels pour augmenter le nombre d’ingénieurs de 40 % d’ici 5 ans.

La pénurie d’ingénieurs et de programmeurs informatiques est l’une des questions les plus récurrentes gérées par les représentants de l’industrie du high-tech et les multinationales du secteur qui opèrent en Israël durant la conférence annuelle de l’IATI (Israel Advanced Technology Industries Forum ) à Tel Aviv la semaine dernière.

Avec 250 000 actifs directement employés dans l’industrie israélienne du high-tech, soit 10 % de la population active, le pays a besoin de 8 000 nouveaux actifs chaque année, selon les données présentées lors de la conférence. Et bien que l’enseignement supérieur produise environ 4 500 diplômés chaque année, l’industrie fait face à une pénurie de 3 500 employés expérimentés, a expliqué Sharar Bar-Or, chef du groupe de travail sur l’instruction pour l’IATI et gérant du site de Sandisk Israel. Il a ajouté que cela se reflète dans les salaires élevés proposés dans le secteur.

Les salaires moyens dans le secteur du high-tech en Israël ont augmenté de 5 % en 2016, par rapport à l’année précédente, selon un rapport d’Ethiosia, une société de ressources humaines. La demande d’actifs a grimpé de 8,6 %.

Dans un rapport du mois de juin, l’ancien scientifique en chef au ministère de l’Économie et de l’Industrie (bientôt remplacé par le PDG d’Apple Israël)Avi Hasson a mis en garde contre la pénurie de plus de 10 000 ingénieurs et programmeurs dans la décennie à venir si le gouvernement ne prenait pas de mesures dans l’immédiat. Cette pénurie s’explique par le fait que les étudiants boudent l’informatique, les sciences, les maths et les statistiques. Et cette pénurie menace l’industrie du high-tech, qui est une force motrice pour l’économie israélienne.

Les participant la conférence de l'IATI Multinational Company Forum 2016 (Crédit : Nir Shmul)

Les participant la conférence de l’IATI Multinational Company Forum 2016 (Crédit : Nir Shmul)

Le ministère des Finances a averti en février que le secteur israélien du high-tech avait cessé d’agir en force motrice de l’économie, car de moins en moins d’étudiants ne se forment aux sciences. Entre 1998 et 2009, le secteur du high-tech a été alimenté par l’arrivée d’immigrants hautement qualifiés d’ex-URSS, et il a augmenté plus que le PIB quasiment chaque année. Ces cinq dernières années, il n’a dépassé le PIB qu’en 2012, indique le rapport.

Ce manque d’actifs qualifiés est mis en avant par le bond d’activités dans le secteur qui a vu le nombre de ses entreprises doubler en une décennie.

Environ 1 000 start-ups ouvrent chaque année en Israël et les actifs cherchent à relever le défi de créer leur propre entreprise au lieu de rejoindre les sociétés existantes et les entrepreneurs qui réussissent rejoingent le marché avec de nouvelles initiatives.

De plus, les sociétés internationales, notamment Google, Apple, Deutsche Telecom et Bosch ont ouvert des centres de recherche et de développement en Israël, et 278 multinationales font tourner 327 centres de recherche et de développement dans le pays actuellement, contre 250 centres il y a 3 ans, selon des données rassemblées par IVC Research Center à Tel-Aviv.

Le gouvernement a déjà mis en place de nouvelles mesures pour relever ce défi, a déclaré Eli Groner, directeur général du bureau du Premier ministre à Tel Aviv, lors de la conférence.

Eli Groner, directeur général du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, devant le Sommet des journalistes juifs, à Jérusalem, le 4 décembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Eli Groner, directeur général du bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu, devant le Sommet des journalistes juifs, à Jérusalem, le 4 décembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Il s’agit d’augmenter le nombre de matières à l’université, d’accorder de plus gros budgets à ces établissements, d’encourager davantage de lycées à choisir des filières mathématiques ou scientifiques, et de prévoir une stratégie qui permettrait d’exploiter la réserve de talents sous-utilisée dans la population active arabe et ultra-orthodoxe.

De plus, Groner a déclaré que le gouvernement a facilité les conditions d’obtentions de visas de travailleurs pour les travailleurs étrangers qualifiés, et prévoit d’attirer encore davantage d’actifs du secteur high-tech depuis l’étranger.

L’un des exemples est la mobilisation de Masa-Israel, un programme financé par le gouvernement qui encourage l’immigration des juifs en Israël et qui entretient des relations entre Israël et la Diaspora au moyen des études, des internats et du volontariat.

Il y a près de 10 000 ultra-orthodoxes employés dans le secteur du high-tech, avec 90 % de femmes, a déclaré Michal Tzuk, directrice de la régulation de l’emploi au ministère du Travail. Ce chiffre ne représente que 3 % des actifs du high-tech, dit-elle, et il y a moyen d’employer encore davantage de personnes dans ce secteur.

Chaque année, environ un millier d’étudiants ultra-orthodoxes obtiennent un diplôme en ingénierie, dit-elle, mais la plupart des directeurs des ressources humaines ne prennent pas en considération leurs candidatures, car ils ne sont pas diplômés d’universités, mais d’écoles harédi spécifiques. « Ils ne passent pas les épreuves de sélection classique », déplore-t-elle. « Et c’est un obstacle. »

Les DRH devraient recevoir l’ordre d’étudier leurs candidatures avec un regard neuf, dit-elle.

Des percées ont également été tentées pour exploiter le secteur arabe, même s’il ne représente qu’un tout petit pourcentage des actifs du secteur, a expliqué Ziyad Hanna, vice présidente d’un centre de recherche et développement pour Cadence et coprésidente du Public Council for Promoting High-Tech in the Israeli Arab society.

« Le potentiel est immense et l’importance du high-tech dans les familles arabes est croissant, et ils sont de plus en plus nombreux à investir dans l’instruction. »

Depuis 2012, le gouvernement israélien a mis en place un certain nombre de programmes pour aider les arabes israéliens à intégrer le marché du travail et le secteur high-tech, afin de doper la croissance économique et de réduire les inégalités. Seuls 5,7 % des arabes israéliens sont employés dans le high-tech et parmi eux, 2 % seulement travaillent dans la recherche et le développement, selon le rapport de 2016 de l’Autorité israélienne de l’Innovation.