Le Premier ministre Benjamin Netanyahu doit se rendre dans trois pays d’Amérique latine la semaine prochaine, dans le cadre de sa politique visant à se rendre là où aucun de ses prédécesseurs n’a jamais été.

Même si des présidents israéliens se sont déjà rendus sur le continent – la visite la plus récente étant celle de Shimon Peres en 2009 – le voyage de quatre jours de Netanyahu en Argentine, en Colombie et au Mexique est le premier d’un Premier ministre israélien en exercice en Amérique du Sud. Après son voyage en Amérique latine, il partira pour New York, où il doit s’adresser à l’Assemblée générale des Nations unies et rencontrer le président américain Donald Trump.

L’Amérique latine a eu une relation compliquée avec l’Etat juif, mais les responsables israéliens ont parlé cette semaine d’une « amitié historique », qui s’est réellement intensifiée ces dernières années en raison de l’arrivée de gouvernements de « même sensibilité ».

« Nous développons actuellement des relations avec l’Amérique latine. C’est un grand marché, avec un large bloc de pays importants. Il y a une révolution ici », a dit Netanyahu mercredi depuis le ministère des Affaires étrangères.

David Keyes, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédit : autorisation)

David Keyes, porte-parole du Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédit : autorisation)

« Le Premier ministre Netanyahu rencontrera ses homologues pour approfondir les alliances économiques et diplomatiques d’Israël et pour identifier de nouvelles opportunités de coopération », a dit son porte-parole, David Keyes, au Times of Israël.

Dimanche soir, Netanyahu et son entourage, dont une délégation d’hommes d’affaires, doivent décoller pour Buenos Aires, où il rencontrera le président argentin Mauricio Macri, et assistera à des cérémonies de commémoration de deux attentats du début des années 1990, qui ont visé des Juifs et des diplomates israéliens.

Le 17 mars 1992, un terroriste s’est fait exploser dans le complexe de l’ambassade israélienne, tuant 29 personnes, dont des Israéliens, et faisant 220 blessés.

La place Embajada de Israel de Buenos Aires, où se situait l'ancienne ambassade d'Israël en Argentine. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

La place Embajada de Israël de Buenos Aires, où se situait l’ancienne ambassade d’Israël en Argentine. (Crédit : Ilan Ben Zion/Times of Israël)

Deux ans après, le 18 juillet 1994, 85 personnes ont été tuées et 300 blessées dans le bâtiment du l’AMIA, l’Asociación Mutual Israelita Argentina, l’attentat le plus important de l’histoire de l’Argentine.

Des enquêteurs argentins ont accusé cinq anciens responsables iraniens d’avoir commandité auprès du groupe terroriste chiite du Hezbollah l’attentat contre le centre communautaire, le plus sanglant qu’ait connu l’Amérique du sud. L’Iran a démenti tout rôle dans cette attaque.

Netanyahu s’exprimera pendant des cérémonies au centre de l’AMIA et sur le site de l’ancienne ambassade.

Un homme marche dans les décombres après l'explosion d'une bombe à l'Association mutuelle israélite argentine (centre AMIA) à Buenos Aires, le 18 juillet 1994, tuant 85 personnes et en blessant environ 300 autres. (Crédit : Ali Burafi/AFP)

Un homme marche dans les décombres après l’explosion d’une bombe à l’Association mutuelle israélite argentine (centre AMIA) à Buenos Aires, le 18 juillet 1994, tuant 85 personnes et en blessant environ 300 autres. (Crédit : Ali Burafi/AFP)

Dans la capitale argentine, Netanyahu rencontrera également le président du Paraguay, Horacio Cartes.

Mercredi matin, la délégation du Premier ministre se rendra à Bogota pour une visite éclair de quelques heures, pour rencontrer le président colombien Juan Manuel Santos, signer une série d’accords bilatéraux, et rendre visite à la communauté juive locale.

« Le voyage en Colombie sera court, mais très intensif », a indiqué Modi Ephraïm, vice-directeur général du ministère des Affaires étrangères en charge de l’Amérique latine. Bogota a été ajouté au programme en signe de remerciement pour le « soutien inconditionnel pour Israël » du pays, et pour l’accord de libre marché, signé entre Jérusalem et Bogota et qui attend maintenant sa ratification par le Parlement colombien, a-t-il expliqué.

Mercredi toujours, Netanyahu partira pour le Mexique, le deuxième plus grand pays catholique au monde, pour rencontrer le président, Enrique Pena Nieto, et des représentants de la communauté juive locale.

En janvier, un tweet de Netanyahu soutenant le projet de Trump pour construire un mur à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis avait scandalisé la communauté juive locale et les dirigeants politiques mexicains, qui ont demandé des excuses et convoqué l’ambassadeur israélien.

Le tweet de Netanyahu, également publié sur sa page Facebook, avait déclenché une vague « alarmante » d’antisémitisme sur internet, avait alors signalé une association juive argentine.

Netanyahu a minimisé l’importance de son tweet, en déclarant qu’il soulignait simplement le succès de la barrière de sécurité israélienne, et qu’il ne s’exprimait pas sur les relations entre le Mexique et les Etats-Unis. Affirmant qu’il ne s’agissait que d’un « désaccord ou d’une incompréhension transitoire », il a souligné la « relation longue, fructueuse et très amicale » avec Pena Nieto et précisé qu’elle se poursuivrait sans relâche.

Le jour même, le président Reuven Rivlin avait appelé son homologue mexicain et s’était excusé des propos de Netanyahu, mais Pena Nieto avait maintenu que l’incident avait nui aux relations bilatérales.

Enrique Pena Nieto, président du Mexique, au cours d'une table ronde au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 22 janvier 2016. (Crédit : Jason Alden/Bloomberg via JTA)

Enrique Pena Nieto, président du Mexique, au cours d’une table ronde au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le 22 janvier 2016. (Crédit : Jason Alden/Bloomberg via JTA)

Selon Ephraïm, l’épisode malheureux a été oublié et pardonné.

« Ce tweet était un malentendu. Il est derrière nous », a-t-il dit mardi à des journalistes depuis le ministère des Affaires étrangères.

L’ « empressement et l’enthousiasme » avec lequel le gouvernement et la communauté juive du Mexique se préparent à accueillir Netanyahu en témoignent, a-t-il ajouté. « Les relations sont excellentes aujourd’hui. La coopération se poursuit dans tous les domaines. Comme toujours, des complications se dressent à l’occasion entre des amis, mais c’est clairement derrière nous. »

Le 15 septembre, Netanyahu partira pour New York, où il s’exprimera quatre jours après à l’Assemblée générale des Nations unies. Il doit aussi tenir plusieurs réunions dans la ville, notamment avec le président du Panama, Juan Carlos Varela. La date et le lieu de son rendez-vous avec Trump n’ont pas encore été annoncés.

Netanyahu, qui est aussi le ministre des Affaires étrangères, a effectué ces derniers mois plusieurs voyages dans des pays où des dirigeants israéliens ne s’étaient jamais rendus, ou très rarement, comme en Azerbaïdjan, au Kazakhstan, en Australie, à Singapour, au Rwanda, en Ethiopie, au Kenya, en Ouganda, et au Liberia. Il se rendra au Togo le mois prochain.

Le Premier ministre Netanyahu et le président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev à Astana, le 14 décembre 2016 (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le Premier ministre Netanyahu et le président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev à Astana, le 14 décembre 2016 (Crédit : Haim Zach/GPO)

En offrant le savoir-faire technologique et l’expertise sécuritaire d’Israël, il espère obtenir le soutien diplomatique de pays qui se tiennent traditionnellement du côté de la cause palestinienne.

Les états d’Amérique latine ont eu une attitude contradictoire face à Israël. En 1947, 13 pays d’Amérique latine ont voté en faveur du plan de partition des Nations unies et ont ensuite établi des relations diplomatiques avec l’Etat juif. Cependant, de nombreux pays du continent ont longtemps été dirigés par des gouvernements de gauche ayant adopté une approche critique, et parfois hostile, envers Israël.

« Ces dernières années, nous avons vu un changement politique sur le continent. Nous voyons beaucoup de gouvernements populistes de gauche disparaître de la carte, et aujourd’hui, nous avons des gouvernements de même sensibilité et très amicaux, a expliqué Ephraïm. Le Premier ministre va rencontrer quatre présidents amicaux, qui ont changé la position de leurs pays envers Israël. Nous voyons un développement incroyable des relations bilatérales. »

Même si les pays d’Amérique latine se sont pendant des décennies concentrés principalement sur eux-mêmes, a ajouté le diplomate expérimenté, ils ont récemment gagné de l’influence sur la scène internationale, ce qui est une autre raison pour laquelle le renforcement des relations pourrait être bénéfique à Israël.

Deux des pays où se rendra Netanyahu, le Mexique et la Colombie, n’ont pas reconnu d’état palestinien, ce qu’Ephraïm a salué comme une « victoire » de la diplomatie israélienne.

Un drone Hermes 900 du constructeur israélien Elbit Systems. (Crédits : autorisation d'Elbit Systems)

Un drone Hermes 900 du constructeur israélien Elbit Systems. (Crédits : autorisation d’Elbit Systems)

Le voyage du Premier ministre aura aussi une facette commerciale. Des représentants de 30 entreprises israéliennes, dont Cellcom, les Industries aérospatiales israéliennes, Elbit, Refael et Netafim, accompagneront Netanyahu à Buenos Aires et Mexico.

Israël est également un des principaux fournisseurs d’armes, avec 550 millions de dollars d’exportations en Amérique latine.

« Il y a environ 150 entreprises israéliennes actives au Mexique, une centaine en Colombie et un nombre croissant en Argentine », a expliqué Ephraïm.

« Les paroles de la diplomatie et du commerce se mélangent depuis un moment. C’est pour cela que le Premier ministre Netanyahu parle de diplomatie par la technologie », a dit Eli Groner, le directeur général du bureau du Premier ministre. « Nous incluons un nombre croissant de délégations commerciales dans nos voyages diplomatiques, parce que c’est la manière dont marche le monde, et que c’est l’un des avantages compétitifs d’Israël : notre technologie, et nos capacités. »

Netanyahu a fait de l’ouverture des marchés étrangers aux corporations israéliennes l’une de ses priorités, a dit Groner mercredi au Times of Israël. « Nous le faisons avec l’Afrique, l’Inde et la Chine, et ce voyage est une étape importante pour le faire avec l’Amérique du Sud. »

L’AFP a contribué à cet article.