Selon les dires d’un dirigeant d’une implantation au Times of Israel, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, retarde la construction de la barrière de sécurité dans le sud de Jérusalem, car il est persuadé que la seule façon de garantir la sécurité d’Israël est d’avoir une présence armée en Cisjordanie.

Davidi Perl, le chef du Conseil régional de Gush Etzion, affirme que lui et d’autres résidents d’implantations ont fait appel à l’arbitrage de Netanyahu contre la décision du ministre de la Défense Yaalon de reprendre la construction de la barrière qui va physiquement séparer les 80 000 résidents du bloc d’implantations d’Etzion de l’Etat d’Israël.

« La défense d’Israël passe par la présence de l’armée israélienne dans les implantations en Judée et en Samarie », explique Perl. « Le Premier ministre partage cette opinion ».

La reprise de la construction devait être décidée par le cabinet le 21 septembre mais le vote a été reporté après l’intervention du secrétaire du cabinet, Avichai Mandelbit, et les députés du Likud Zeev Elkin et Yariv Levin, précise Perl.

Depuis 2006, une coalition, d’une extrême rareté, composée de Palestiniens, de résidents d’implantations et d’écologistes se battent contre le tracé de la barrière qui doit être construite près du village palestinien de Battir.

Perl a indiqué à la radio militaire le 18 septembre qu’il était surpris d’apprendre que le sujet avait été présenté au gouvernement, dans la mesure où Netanyahu avait promis aux résidents que la construction de la barrière était « gelée ».

« Subitement, Bibi [Netanyahu] se rend compte qu’il n’a pas besoin de prendre une décision maintenant au sujet de la construction de la barrière mais doit uniquement rendre des comptes à la Haute Cour [de justice] au regard du tracé de la route de cette barrière », explique Perl. « Je ne pense pas que cela mène quelque part ».

Le gouvernement a précisé à la Haute Cour de justice qu’il ne changera pas le tracé de la barrière, mais a proposé de changer sa hauteur et sa largeur pour nuire au minimum à l’environnement.

L’ancien Premier ministre Ariel Sharon a commencé la construction de la barrière en juin 2002, pendant la deuxième Intifida pour empêcher les infiltrations de terroristes en Israël.

A ce jour, seuls 62 % des 708 kilomètres de barrière ont été construits. Son coût est estimé à près de 11 milliards de shekels à la fin 2013, selon le ministère des Finances qui s’appuie sur des données publiées par l’organisation non-gouvernementale B’Tselem. On a très peu prolongé la barrière depuis 2007.

En réponse aux affirmations de Perl, un haut-responsable du gouvernement précise que « la décision de construire la barrière dans la région n’a pas changé, mais avant qu’elle ne soit appliquée, il faudra que le sujet soit soulevé encore une fois par le gouvernement ».

Perl explique qu’il ne peut pas imaginer que l’on finisse de construire la barrière « à moins que la situation sécuritaire en Cisjordanie ne s’empire ».

Netanyahu avait expliqué au Pape, après sa visite controversée au mur en béton de Bethléem en mai, que la barrière de sécurité – « qui a sauvé des milliers de vies » – est essentielle à la sécurité d’Israël. Son porte-parole, Mark Regev, a affirmé en 2013 que ce n’était pas une frontière politique, reprenant la position traditionnelle des gouvernements israéliens depuis Sharon au sujet de la barrière.

Mais Perl insiste sur le fait que l’argument sécuritaire n’a plus aucune valeur depuis l’opération de Gaza de cet été et l’argument politique est tout simplement « un mensonge » contredit par les déclarations faites dans le passé par la ministre de la Justice Tzipi Livni, qui a admis avoir planifié avec Sharon la construction de la barrière comme une frontière politique.

« Nous avons tous vu le résultat à Gaza [qui est entourée d’une barrière – E.M.] », précise Perl. « Une barrière ne contribue pas [à la sécurité] ; elle nous empêche, au contraire, d’opérer à l’intérieur des villes palestiniennes, de protéger l’Etat d’Israël, d’empêcher le terrorisme. En Judée et en Samarie il n’y a presque pas de terrorisme, parce que l’armée israélienne y est présente, mais nous nous prenons beaucoup de coups de Gaza ».

En construisant la barrière de sécurité à l’ouest du Gush Etzion, analyse Perl, Netanyahu tracerait de manière effective les futures frontières d’Israël. Ce tracé se ferait au détriment des résidents des implantations, une mesure pour laquelle il ne manifeste aucun intérêt.

« La barrière n’a aucun but », conclut Perl.