Sous pression des Etats-Unis, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu doit aussi faire face à l’aile la plus radicale de sa coalition qui menace de quitter le gouvernement en cas de libération de prisonniers palestiniens.

Négociateurs israéliens et palestiniens ont poursuivi cette semaine, sous la houlette de l’émissaire américain Martin Indyk, les discussions tripartites pour tenter de sauver le processus de paix en profonde crise.

Parmi les points de discorde figure la libération d’un dernier contingent de détenus palestiniens, dont certains de nationalité israélienne, prévue lors du lancement en juillet de l’initiative de paix du secrétaire d’Etat John Kerry.

En échange de libérations de prisonniers supplémentaires et d’un gel de la colonisation, les Palestiniens accepteraient de poursuivre les négociations au-delà de la date butoir du 29 avril et les Etats-Unis relâcheraient l’espion juif américain Jonathan Pollard, deux demandes d’Israël, selon des médias israéliens.

La porte-parole de la diplomatie américaine Jennifer Psaki a toutefois qualifié les spéculations autour d’un tel accord de « prématurées ».

Mardi, John Kerry a critiqué les deux parties, mais s’en est pris plus particulièrement à Israël, déplorant une série de mesures et contre-mesures prises par les deux camps à la suite de la non-libération des prisonniers comme convenu le 29 mars.

Une source palestinienne proche des négociations a réaffirmé vendredi que la délégation palestinienne insistait sur les libérations prévues pour discuter d’une prolongation des pourparlers.

Le ministre israélien de l’Economie, Naftali Bennett, a réagi en agitant la menace de se retirer de la coalition gouvernementale en cas d’accord prévoyant la libération de détenus arabes israéliens.

« Si la proposition de libérer des meurtriers d’Israéliens est présentée au gouvernement, Habayit Hayehudi s’y opposera », a assuré M. Bennett peu après une nouvelle rencontre tripartite jeudi à Jérusalem.

« Et si la proposition est approuvée, Habayit Hayehudi quittera la coalition », a averti ce proche des colons.

En cas de départ des 12 députés, il manquerait à Netanyahu 4 sièges pour avoir la majorité au Parlement qui compte 120 députés. Il lui faudrait alors élargir ses alliances ou, en cas d’échec, convoquer des législatives.

Des responsables du Likud, le parti de Netanyahu, ont dénoncé la stratégie de M. Bennett qui consiste à « lancer des menaces en l’air tout en sachant qu’elles ne se matérialiseront pas ».

Ils ont souligné que c’est sur son insistance que M. Netanyahu a accepté en juillet les libérations de prisonniers, plutôt qu’un gel de la construction, catégoriquement rejeté par Habayit Hayehudi.

M. Bennett a pour attitude « d’être au gouvernement, de menacer d’en partir mais de ne jamais le faire », explique à l’AFP le commentateur politique Yossi Elituv, observant que M. Bennett ne quitterait la coalition que s’il en était « chassé ».

Divisions au sein du Likud

Netanyahu est surtout menacé par l’aile la plus radicale de son propre parti.

Le vice-ministre des Affaires étrangères, Zeev Elkin, a prévenu qu’un arrêt de la construction et la libération de prisonniers « pourraient bouleverser le système politique et conduire Israël vers de nouvelles élections ».

A gauche, la dirigeante du parti Meretz, Zehava Gal-On, a ironisé: « Il y a actuellement une seule chose de moins crédible que les menaces de M. Bennett de partir (…) Ce sont les négociations elles-mêmes ».

Le meilleur moyen pour M. Netanyahu de rester au pouvoir, en cas de défection de Habayit Hayehudi serait de s’allier le Parti travailliste (centre gauche), principale force de l’opposition.

M. Netanyahu et le leader travailliste Isaac Herzog « n’attendent qu’une chose : former une même coalition, mais « cela ne dépend pas d’eux », souligne M. Elituv.

Israéliens et Palestiniens ont multiplié les gestes d’hostilité ces derniers jours.

Israël a gelé jeudi le transfert des taxes aux Palestiniens, en représailles aux demandes d’adhésion de la Palestine à 15 traités et conventions internationaux.

Mais malgré les tensions, les Etats-Unis restent déterminés à faire avancer les négociations, sous peine de voir « une année entière de travail intensif partir en fumée », relève une éditorialiste du quotidien Yediot Aharonot.

« Il est trop tôt pour enterrer les négociations, et surtout, il est trop tôt pour parler d’élections anticipées », a-t-elle pronostiqué.