Les premiers commentaires publics tenus par le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’annonce très attendue de Washington sur le statut de Jérusalem évoquaient une « forte expression » de l’identité nationale, « spécialement aujourd’hui ».

Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, Netanyahu a déclaré qu’il s’exprimait plus tard sur les démarches du président américain Donald Trump.

« Notre identité historique nationale est fortement exprimée tous les jours, et spécialement aujourd’hui », a-t-il dit. « Bien évidemment, j’en dirais plus sur Jérusalem plus tard dans la journée. »

Un peu plus tôt, dans un discours de 22 minutes adressé aux diplomates étrangers, il n’a pas fait mention de l’annonce attendue par Trump. Au lieu de cela, Netanyahu a choisi de parler, durant la conférence du Jerusalem Post, des relations diplomatiques bourgeonnantes, saluant une augmentation sans précédent de la popularité d’Israël auprès des pays arabes, pour reprendre ses termes. Il a même évoqué l’opinion publique américaine sur Israël, qui, dit-il, a évolué positivement au cours des dernières décennies.

Il n’a pas dit un mot sur l’annonce de Trump, pourtant très attendue. Netanyahu a donné comme consigne aux ministres de son cabinet de ne pas s’exprimer sur le sujet, sans doute à la demande de l’administration Trump.

Dans son discours, Netanyahu a déclaré aux diplomates que « les relations diplomatiques d’Israël ont prospéré » ces dernières années, soulignant que 300 dignitaires et 1 800 « influenceurs » ont visité Israël en 2017.

Il a évoqué, comme il l’a fait plusieurs fois cette semaine, une enquête en ligne commandée par le ministère des Affaires étrangères, qui vise à montrer que de nombreux citoyens des pays arabes souhaitent voir l’établissement de liens avec Israël. Les détracteurs de cette enquête et certains analystes ont affirmé que la présentation de l’enquête était biaisée.

« C’est un changement dramatique. Qu’est-ce qui motive ce changement ? Deux choses principales : l’économie et la sécurité », a déclaré Netanyahu, avant de se lancer dans une tirade au cours de laquelle il a salué l’industrie automobile, l’industrie laitière et l’industrie de cyber-sécurité d’Israël.

« Si vous voulez des voitures, du lait, de la santé, de la cyber-sécurité, Israël est un acteur clef », a-t-il dit. « Tout le monde veut un avenir. Israël se saisit de l’avenir. »

Netanyahu a également évoqué les défis géo-stratégiques d’Israël, notamment les tentatives de l’Iran de s’implanter militairement en Syrie. Le Premier ministre a réaffirmé sa promesse de ne pas laisser l’Iran prendre position à la frontière nord d’Israël.

« Nous ne les laisserons pas s’établir en Syrie. Nous pesons nos mots. Et nous ferons ce qui est nécessaire pour ne pas que cela se produise », a-t-il dit.

L’Iran est le seul régime du monde à appeler à ouvertement à la destruction d’Israël, a-t-il ajouté. « C’est déjà un changement dans le monde arabe. Cela ne veut pas dire que nous avons des traités de paix dans le monde arabe. Mais avant d’en arriver là, il se passe déjà des choses. »

Naftali Bennett, ministre de l’Éducation, a salué la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël attendue par Trump, et a rejeté l’idée que le président américain demandera une contrepartie.

« Quand vous faites ce qui est juste, il n’y a pas de prix. Nous nous sommes conditionnés au fait que lorsque ce qui est juste est fait, il y a un prix à payer, mais c’est faux », a-t-il dit, assurant que la revendication de Jérusalem par le peuple juif était bien plus forte que celle des musulmans, parce que la ville n’est mentionnée nulle part dans le Coran.

Il a appelé d’autres pays à emboîter le pas à Washington, et à reconnaitre Jérusalem comme « capitale juive d’Israël indivisible ».

Yair Lapid, député et chef du parti Yesh Atid, a également pris la parole dans cette conférence, appelant la communauté internationale à emboiter le pas à Washington, mais également à reconnaitre la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan.

« La nouvelle réalité en Syrie est que l’Iran intensifie sa présence. C’est pour cela qu’en aucun cas, Israël n’a à rendre le plateau du Golan », a-t-il dit. « Si nous l’avions rendu à la Syrie, comme le monde le souhaitait, nous aurions des soldats iraniens implantés avec vue sur la Galilée, et une artillerie iranienne pointée sur nos villes. Il est temps de reconnaître la totale souveraineté israélienne sur le plateau du Golan. »

Lapid a poursuivi : « Il est également temps que le monde entier reconnaisse Jérusalem comme capitale d’Israël. Les politiques ne doivent pas être dictées par les menaces et l’intimidation. Si la violence est le seul argument pour empêcher le transfert de l’ambassade à Jérusalem, alors cela prouve que c’est la bonne chose à faire. C’est le moment de faire ce qui est juste. »

Le président israélien Reuven Rivlin a déclaré, pour sa part, durant cette même conférence, que les voisins arabes d’Israël doivent se faire à l’idée que Jérusalem est la capitale d’Israël.

« Nous sommes voisins. Nous avons toujours su que la chose la plus importante était Jérusalem. Nous sommes des Hyérosolomitains », a-t-il dit, en anglais. « Mais je pense vraiment, et je sais que mes voisins depuis 200 ans le savent, que nous ne sommes pas condamnés à cohabiter, nous sommes destinés à cohabiter. »

« Nos cousins doivent le réaliser, que cela leur plaise ou non, nous sommes ici », a-t-il dit.

Il a esquivé la question sur les éventuelles violences qui feraient suite à la reconnaissance de Jérusalem par Washington, disant simplement que la ville est le siège du gouvernement israélien. « Mon mentor politique, Menachem Begin, m’a appris que ce qui est évident doit être dit. L’évidence, c’est que Jérusalem est la capitale d’Israël. »

A la fin de son discours, Rivlin a été interrogé sur la grâce d’Yigal Amir, le meurtrier de Yitzhak Rabin, ce à quoi il a répondu : « je pense qu’Yigal Amir ne sera jamais gracié ».