Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a défendu les femmes soldats dans la matinée de mercredi, dénonçant les propos d’un rabbin à la tête d’une Yeshiva pré-armée qui avait qualifié le service militaire des femmes de « folie ». Ce discours avait suscité une vague de condamnations.

S’exprimant lors d’une réunion de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense mercredi, Netanyahu a expliqué qu’Israël était « fier » de son passé d’intégration des femmes au sein des forces de combat, qui remonte à l’ère biblique.

“Les femmes juives, depuis l’héroïne Yael jusqu’à aujourd’hui – avec Hannah Senesh et les combattantes du Etzel, du Palmach et du Lehi et de l’armée israélienne, avec les guerrières héroïques qui appartiennent aux forces de l’ordre ou à la police des frontières et que nous voyons dans la rue ici – sont très actives et parfois très chevronnées, elles font partie de notre défense nationale », a dit le Premier ministre.

“Nous en sommes fiers et nous irons plus loin. Et c’est important de le dire le plus clairement possible », a-t-il ajouté.

Si Netanyahu n’a pas mentionné le nom du rabbin Yigal Levinstein, ses propos, sans nul doute, ont été prononcés à l’intention du chef de l’académie religieuse Eli. Ce dernier a dit mardi soir – des paroles qui ont été diffusées sur la base d’un enregistrement – à des centaines de diplômés d’une autre yeshiva de l’implantation de Bnei Atzmon que le service militaire au sein de l’armée israélienne avait « rendu nos filles folles ».

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a annoncé depuis Washington qu’il réfléchirait à des sanctions contre Levinstein.

« Nous reconsidérerons le maintien à son poste du rabbin Levinstein et son adéquation à un poste de préparation des jeunes pour le service au sein des forces israéliennes », a expliqué Liberman actuellement en visite d’état aux Etats Unis.

Au cours de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense qui s’est tenue mercredi, un certain nombre de législateurs ont rejoint le nombre croissant de voix condamnant les commentaires de Levinstein.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le parlementaire du Likud  Avi Dichter, à droite, se rendent à une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset, le 8 mars 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le parlementaire du Likud Avi Dichter, à droite, se rendent à une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset, le 8 mars 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le président de la Commission et ancien chef de l’agence sécuritaire du Shin Bet, Avi Dichter (Likud) a expliqué que « la Commission continuera à lutter contre les éducateurs qui salissent les femmes d’Israël », sans toutefois spécifier comment la commission pourrait combattre le problème.

Le parlementaire issu de l’Union sioniste et ancien ministre de la Défense Amir Peretz a déclaré que le financement de l’académie religieuse pré-militaire d’Eli devrait être interrompu jusqu’à ce que Levinstein démissionne.

“Le rabbin Levinstein doit immédiatement quitter ses fonctions », a dit Peretz, affirmant que le gel des financements du ministère de la Défense à la Yeshiva serait « une réponse appropriée à la façon dont [Levinstein] corrompt les étudiants en préparation ».

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev en conférence de presse à Jérusalem, le 31 août 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem/Pool)

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev en conférence de presse à Jérusalem, le 31 août 2015 (Crédit : Marc Israël Sellem/Pool)

La ministre de la Culture Miri Regev (Likud), qui avait le grade de brigadier-général au sein de l’armée israélienne lorsqu’elle en était la porte-parole, a dénoncé les propos tenus par Levinstein au cours d’un entretien avec la radio militaire, disant qu’ils « ne me représentent pas, ils ne représentent pas les autres rabbins et ils ne représentent pas la Droite » en Israël.

Dans l’enregistrement qui a été diffusé mardi, Levinstein dénigre les femmes soldats.

“On les recute dans l’armée où elles entrent en tant que juives, mais elles ne sont plus juives au moment où elles en partent », dit-il. « Pas dans le sens génétique, mais toutes leurs valeurs et leurs priorités ont été bouleversées et nous ne devons pas le permettre ».

Le rabbin Yigal Levinstein pendant la conférence  "Sion et Jérusalem", en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran Youtube)

Le rabbin Yigal Levinstein pendant la conférence « Sion et Jérusalem », en juillet 2016. (Crédit : capture d’écran Youtube)

“Que se passe-t-il s’il y a un commandant d’unité qui est une femme ? C’est une question folle qui relève de l’asile de fous », ajoute Levinstein. « Je parle d’une orthodoxe. Mettez de côté celles qui sont laïques. Ils rendent nos filles folles ».

Concernant les femmes soldats dans les unités de camouflage, Levinstein a spéculé qu’il ne s’agissait que d’une pratique de préparation à quelque chose de bien plus important.

“Quelqu’un m’a dit récemment : ‘Ne t’inquiète pas. Elles ne font que s’entraîner pour se maquiller le jour de leur mariage’. Je ne sais pas qui pourra les épouser. Elles raconteront à leurs grosses des histoires de guerre pour les endormir. C’est ce qu’on appelle la nouvelle famille, pas vrai ? Deux pères. C’est de la folie. Simplement de la folie ».

Puis Levinstein a parlé des avantages de se marier jeune, avant de qualifier toutes les jeunes femmes servant au sein du bataillon Caracal mixte comme étant peu attirantes.

Le brigadier général à la retraite Rachel Tevah-Wiesel, ancienne conseillère de la fanfare militaire dans les questions relatives aux femmes, a déclaré que ces commentaires étaient « exaspérants » et « lâches », expliquant que les rabbins partageant le même point de vue que Levinstein étaient simplement « effrayés » parce qu’ils avaient « raté le train de la modernité » et que les jeunes filles religieuses rejoignent dorénavant les rangs de l’armée.

Ces dernières sont environ 4 000 au sein de l’armée israélienne à l’heure actuelle, a ajouté Tevah-Wiesel.

Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l'armée israélienne/Flash90)

Des Israéliennes servant dans le bataillon Caracal, en novembre 2007. (Crédit : Yoni Markovitzki/unité des porte-paroles de l’armée israélienne/Flash90)

Levinstein avait déjà suscité la controverse l’année dernière après un discours durant lequel il avait qualifié les homosexuels de « déviants ».