Au cours des premiers jours de l’opération « Bordure Protectrice », le Premier ministre Benjamin Netanyahu a défini l’objectif de la campagne comme « la restauration du calme pour les citoyens d’Israël tout en infligeant un coup sévère aux infrastructures terroristes dans la bande de Gaza ». Il a formulé délibérément ses objectifs de manière vague afin de pouvoir crier victoire et arrêter l’opération à un moment donné.

Mais depuis le début de l’opération terrestre, alors que les tunnels terroristes se sont révélés plus étendus que prévu, et que de plus en plus de soldats israéliens ont été tués, il a modifié son objectif d’une manière qui le rend beaucoup plus difficile. L’opération a évolué vers la démilitarisation de la bande de Gaza.

Conscient de la réaction internationale prévisible, et guidé par sa nature prudente et frileuse, Netanyahu ne cherche pas à réoccuper la bande ou à renverser le Hamas. Il est difficile, par conséquent, de voir comment Israël peut réussir dans ce nouvel objectif. Comment, sans évincer le Hamas, peut-on démilitariser un territoire fortement militarisé, gouverné par une organisation terroriste impitoyable et bien ancrée, de surcroît soutenue par l’Iran et dont la raison d’être est la destruction d’Israël ?

Netanyahu a parlé explicitement d’un objectif de démilitarisation partielle pour la première fois le 15 juillet : « Nous avons convenu de la proposition égyptienne [de cessez-le-feu] afin de disposer d’une opportunité de démilitariser Gaza – de ses missiles, de ses roquettes et de ses tunnels – par des moyens diplomatiques », a-t-il déclaré dans un communiqué.

S’adressant au public israélien lundi soir, le 28 Juillet, il a réitéré son appel : « La prévention du réarmement de l’organisation terroriste et la démilitarisation de la bande de Gaza doivent faire partie de n’importe quelle solution», a-t-il affirmé.

Plus tôt dans la journée, dans une conversation téléphonique avec le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, Netanyahu a indiqué que les besoins de sécurité d’Israël comprenaient la démilitarisation de la bande de Gaza – « selon le principe qui a été énoncé dans les accords intérimaires avec les Palestiniens ».

Netanyahu faisait allusion à l’accord intérimaire israélo-palestinien de 1995 sur la Cisjordanie et la bande de Gaza « Oslo 2 ». L’article XIV prévoit que, sauf pour les armes de la police palestinienne et celles des forces de défense israéliennes, « aucune organisation, groupe ou individu en Cisjordanie et dans la bande de Gaza n’a le droit de fabriquer, de vendre, d’acquérir, de posséder, d’importer ou d’introduire en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza des armes à feu, des munitions, des explosifs, de la poudre ou tout matériel connexe ».

Au cours de la dernière semaine, Netanyahu a réitéré son appel à la démilitarisation de la bande de Gaza au cours d’entrevues et de réunions avec les leaders mondiaux. Cette démarche a pu avoir un certain succès : la communauté internationale a généralement approuvé sa demande. L’ambassadeur du Canada aux Nations Unies Guillermo Rishchynski, par exemple, a appelé jeudi à un complet « désarmement du Hamas et des autres groupes terroristes palestiniens opérant à Gaza, y compris le Jihad islamique palestinien ».

L’Autorité palestinienne doit respecter son engagement à éliminer « les stocks existants de milliers de missiles largement fournis par l’Iran, nichés au milieu des blindés et des maisons, des épiciers et des écoles palestiniennes », a déclaré Rishchynski au Conseil de sécurité des Nations Unies. « Cela signifie que les combattants du Hamas mettent bas les armes et acceptent le processus de paix ».

L’objectif est louable, mais pas vraiment réaliste…

Même le secrétaire d’Etat américain John Kerry, après avoir été sévèrement critiqué par les Israéliens pour ses récents efforts en vue de négocier un cessez-le feu, a déclaré lundi que la démilitarisation du Hamas doit faire partie de tout cadre qui mette fin au conflit actuel. « Nous pensons également que tout processus de résolution de la crise dans la bande de Gaza de façon durable et significative doit conduire au désarmement du Hamas et de tous les groupes terroristes. Et nous allons travailler en étroite collaboration avec Israël, ses partenaires régionaux et la communauté internationale à l’appui de cet objectif », a-t-il déclaré à Washington.

La déclaration de Kerry signifie une concession importante envers Jérusalem. La proposition de cessez-le-feu (ou son ébauche comme le Département d’Etat l’a décrit plus tard) présentée au cabinet israélien vendredi dernier ne comportait pas la moindre allusion à la démilitarisation du Hamas.

Le patron de Kerry – le président Barack Obama – n’avait pas été aussi loin en demandant que le Hamas soit dépouillé de ses armes dans le cadre d’une solution à la crise actuelle. Le dimanche, au cours d’un appel téléphonique à Netanyahu au cours de laquelle il a appelé à un cessez-le-feu humanitaire immédiat et inconditionnel, Obama a simplement dit que, « en fin de compte, toute solution durable au conflit israélo-palestinien doit assurer le désarmement des groupes terroristes et la démilitarisation de la bande de Gaza ».

Maintenant que l’acceptation de la démilitarisation de Gaza ait fait son chemin, la question est de savoir comment.

Netanyahu semble bien peu enclin à choisir la voie militaire. Trop de soldats israéliens sont déjà morts à Gaza, et « finir le travail » coûterait beaucoup plus de vies humaines. « Israël ne terminera pas l’opération « Bordure Protectrice » sans neutraliser les tunnels », a-t-il expliqué lundi. La démilitarisation de Gaza « doit faire partie de toute solution», a-t-il affirmé, mais en laissant entendre que c’était plus le devoir du monde que celui d’Israël. « La communauté internationale doit exiger cela explicitement ».

Le Premier ministre a fait allusion à plusieurs reprises à des efforts diplomatiques pour démilitariser la bande de Gaza, mais jusqu’à présent, il n’a pas réussi à expliquer exactement comment cela pourrait fonctionner. Il n’existe aucun mécanisme diplomatique qui convaincrait le Hamas et le Jihad islamique à simplement « déposer les armes et à accepter le processus de paix », comme l’a souhaité l’ambassadeur du Canada à l’ONU.

Le député Shaul Mofaz, ancien ministre de la Défense, a proposé une approche intéressante. Dans un document de travail publié plus tôt ce mois-ci, il a fait valoir que, tout comme la Syrie a été contrainte de renoncer à son arsenal d’armes chimiques, la communauté internationale doit pousser le Hamas à renoncer à ses armes. Le plan prévoit un investissement de 50 milliards de dollars à Gaza en accord avec le Hamas et cherche à impliquer un grand nombre de leaders régionaux et mondiaux.

Dans le document intitulé La démilitarisation de la bande de Gaza : comment arriver au bout de l’opération « Bordure Protectrice », Mofaz qui est également un ancien chef d’état-major de Tsahal, a écrit que des mois de démarches diplomatiques seraient nécessaires pour rallier la Jordanie, l’Arabie saoudite et les États-Unis dans le cadre d’un tel accord. Le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, écrit-il, « donnerait probablement un coup de main à ce genre d’initiative et doit être impliqué dans le processus ».

Mofaz a présenté son plan à la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset ainsi qu’à Yossi Cohen, le conseiller de Netanyahu pour la sécurité nationale. Mais jusqu’à présent, ni le premier ministre ni aucun autre dirigeant n’a publiquement adopté le plan. Ils n’ont pas fait non plus d’autre proposition concrète de la façon dont la démilitarisation de la bande de Gaza pourrait être atteinte dans un avenir proche.

Essayer d’enlever le gigantesque arsenal du Hamas d’armes et de drones, Kassam, Grad, Fajr-3, Fajr-5, M-75 et autres roquettes M302, ne représentera certainement pas une partie de plaisir, que vous choisissiez l’option militaire ou diplomatique. « Nous le redisons encore pour la millionième fois, a averti lundi Izzat Al-Rishq, un responsable du Hamas, répondant à l’appel d’Obama à démilitariser la bande de Gaza, « ceux qui tenteront de prendre nos armes, nous leur prendrons leur vie ».

Mitch Ginsburg a contribué à cet article.