Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a maladroitement tenté de faire preuve d’empathie à l’égard des résidents d’Amona qui seront expulsés incessamment sous peu. Il a déclaré qu’il savait ce qu’on ressentait de perdre sa maison, après qu’il s’est vu contraint de séjourner dans un luxueux hôtel de Jérusalem suite à sa défaite aux élections de 1999.

« Je comprends ce que signifie perdre sa maison », a déclaré Netanyahu selon le tabloïd Yedioth Ahronot. « Après les élections de 1999, sans préavis, ils nous ont tout simplement expulsés, ma famille et moi, de la maison sur Balfour. Comme ça, nous étions à la rue. Nous avons dû aller au Sheraton Plaza. C’est un sentiment terrible. »

Cette déclaration a eu lieu lors d’une rencontre entre Netanyahu et d’autres membres du gouvernement, et les dirigeants d’Amona samedi soir. Cette rencontre était la rencontre de la dernière chance, pour tenter de parvenir à un compromis ; les résidents devant s’engager à quitter pacifiquement leur avant-poste, construit illégalement sur des terres palestiniennes privées, et déménager sur le terrain voisin avant la date butoir définie par la Cour.

Les résidents et des milliers de sympathisants avaient juré de résister à l’évacuation, mais ont fini par accepter le compromis proposé par le gouvernement.

L’article de Yedioth ne détaille pas l’origine des propos de Netanyahu. Le bureau du Premier ministre a refusé de confirmer ou d’infirmer ces propos et l’un des dirigeants de l’implantation, qui était présent lors de la réunion a affirmé que ces propos ont été sortis de leur contexte.

Les dirigeants de l’avant-poste ont également affirmé que Netanyahu ne pensait pas mal faire.

Cependant, selon Yedioth, après que Netanyahu a fait cette comparaison, les résidents d’Amona, incrédules, ont fait remarquer que les circonstances actuelles étaient « un tant soit peu différentes ».

Imperturbable, Netanyahu a continué à murmurer que « c’est difficile, très difficile », selon l’article.

En 1999, Netanyahu était en lice pour le poste de Premier ministre, mais a perdu face à Ehud Barak, alors chef du parti travailliste israélien.

Netanyahu prétend avoir dû quitter la résidence officielle, située sur la rue Balfour à Jérusalem dans un délai très court.

Le Sheraton Plaza, un hôtel de luxe aujourd’hui connu sous le nom de Leonardo Plaza, est situé moins de 200 mètres de la résidence du Premier ministre, sur Balfour Street. À l’époque, Netanyahu possédait également un appartement sur la rue Azza, à 500 mètres de la résidence officielle.

Le Leonardo Plaza Hotel à Jerusalem, le 24 août 2011. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Le Leonardo Plaza Hotel à Jerusalem, le 24 août 2011. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Le Times of Israel a demandé au bureau du Premier ministre de confirmer les propos de Netanyahu, mais le Bureau n’a pas souhaité commenter.

Dans une déclaration mercredi matin, les dirigeants de l’implantation ont affirmé que Netanyahu ne pensait pas à mal.

« Contrairement aux médias, le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’a pas été irrespectueux ni insensible à notre douleur, au contraire, le Premier ministre a fait preuve d’empathie et d’un désir sincère de faire de son mieux pour soulager la douleur et le chagrin d’avoir à détruire nos maisons », ont-ils affirmé dans un communiqué. « Les propos publiés sont bien éloignés de la réalité, et sont une transformation d’une partie des éléments qui ne reflète en rien l’esprit de cette rencontre et de cette conversation. »

Netanyahu a ensuite publié sur Twitter une capture d’écran de la réponse, exhortant le public à le lire.

La radio israélienne a cité une autre personne présente lors de la rencontre, qui, sous couvert d’anonymat a confirmé que Netanyahu a bien tenu des propos semblables à ce qui a été relayé par Yedioth.

Mais Avi Naim, maire de l’implantation de Beit Aryeh, qui a également participé au meeting, a qualifié la citation de « médisance diabolique », et a affirmé que la citation a été sortie de son contexte, et a été prononcée en marge de la rencontre, et sans lien avec Amona.

« Il ne s’est pas comparé aux résidents de l’implantation », a déclaré Naïm à la radio israélienne.

Les députés de l’opposition ont réagi à l’article en ridiculisant Netanyahu.

« Une déclaration de la sorte montre à quel point Netanyahu est déconnecté », a écrit la députée Tzipi Livni, (Union sioniste) sur Facebook.

« C’est pour cela que nous avons besoin d’une limite à deux mandats », a écrit sa collègue Merav Michaeli.

Zehava Galon, chef du parti de gauche Meretz, a ridiculisé le Premier ministre sur son compte Twitter : « Moi aussi, j’ai été contrainte de séjourner au Sheraton Plaza. Le lit grince, le bar à salade était sec et prétentieux et il fallait payer pour les petits pains. »

La députée Ksenia Svetlova (Union sioniste) s’est souvenue de son propre vol depuis son appartement à un couloir dans un centre d’intégration en Israël et a parodié les prétendues difficultés de Netanyahu.

« Je vous imagine en train de marcher d’un bon pas vers une immense suite, plongé dans le chagrin et la colère, mais plein de détermination ; Sara allongée sur un lit queen-size en train de faire le deuil de la maison que vous avez perdue, les enfants contraints de partager une chambre, avec juste une seule télévision et une seule console Nintendo pour deux. Une expérience horrible, troublante, une vraie tragédie », a-t-elle écrit.

En 2015, le Premier ministre et sa femme Sara, souvent critiquée pour son mode de vie haut de gamme, souvent sur le compte du contribuable, ont été la risée d’une émission de télévision, qui voulait montrer l’humilité de la résidence du Premier ministre, en montrant de la peinture écaillée et des tapis élimés.

Neria, à gauche, Tova, à droite, et leurs deux enfants devant l'entrée de leur habitation dans l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 16 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Neria, à gauche, Tova, à droite, et leurs deux enfants devant l’entrée de leur habitation dans l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 16 décembre 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Amona est le plus grand de la centaine d’avant-postes, érigés sans autorisation du gouvernement mais généralement tolérés, qui parsème la Cisjordanie. En décembre 2014, après de multiples appels et reports, la cour a ordonné que l’avant-poste soit évacué dans les deux années suivantes, et pas plus tard que le 25 décembre 2016.

L’État a demandé à la cour un délai de 45 jours supplémentaires pour procéder à l’évacuation, qui devrait pour l’instant avoir lieu samedi. Cette extension devrait permettre de préparer les logements temporaires des familles sur le point d’être évacuées, selon une déclaration du bureau du Procureur général.

Si cette requête est accordée par la Cour, la nouvelle date butoir pour l’évacuation sera fixée au 8 février 2017.

Les autorités espères que l’accord évitera que la violence qui a suivi la destruction de plusieurs logements permanents dans l’avant-poste en 2006 ne se reproduise.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.