L’Ukip europhobe britannique semblait également en passe de réaliser un score historique, d’après ses résultats aux élections locales qui se déroulaient jeudi en même temps que le scrutin européen.

En Allemagne, qui envoie le plus fort contingent d’élus au Parlement européen (96), les conservateurs (CDU/CSU) de la chancelière Angela Merkel sont en revanche arrivéS en tête, d’après de premiers sondages effectués à la sortie des urnes.

Mais le nouveau parti anti-euro AFD, créé au printemps 2013, qui plaide pour une dissolution de la monnaie unique européenne, fera son entrée au Parlement avec un score de 6,5%. Les sociaux-démocrates enregistrent une forte progression, à 27,5 %.

En Grèce, pays très durement touché par l’austérité, le parti de la gauche radicale Syriza d’Alexis Tsipras arrivait en tête, légèrement en avance sur la Nouvelle-Démocratie (droite, au pouvoir). A l’autre bout de l’échiquier politique, le parti néonazi Aube dorée obtiendrait entre 8 et 10 % des voix.

En Autriche, le parti d’extrême droite FPÖ, qui espère constituer un groupe avec le FN, progresserait nettement et arriverait en troisième position, avec 19,9 % des suffrages, en hausse de plus de cinq points par rapport à 2009, derrière les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates au pouvoir.

Si le parti anti-islam PVV a subi un échec aux Pays-Bas, en n’obtenant que 12% des voix contre près de 18% il y a cinq ans, la défiance vis-à-vis de l’Europe pourrait aussi s’exprimer à travers le populiste Beppe Grillo en Italie (73 élus).

La Roumanie (32 élus) semblait de son côté se singulariser, avec une très large victoire de l’alliance de centre gauche créditée de 41 % des voix.

Les citoyens de 21 pays de l’UE étaient appelés aux urnes dimanche pour désigner près de 600 eurodéputés sur un total de 751. Les élections avaient commencé jeudi par le Royaume-Uni et les Pays-Bas, avant cinq autre pays vendredi et samedi.

L’euroscepticisme ambiant est « renforcé par le vote contestataire contre les partis de gouvernement », souligne Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman.

Une autre bataille se profile déjà pour la présidence de la Commission européenne.

Pour tenter de motiver les électeurs, les principaux partis ont présenté des candidats à cette présidence, qui devra être approuvée par le Parlement européen. Sur le bâtiment de la Commission à Bruxelles, une grande bannière proclame: « Cette fois, c’est différent, votre vote compte ».

Mais plusieurs dirigeants, à commencer par l’allemande Angela Merkel et le britannique David Cameron, refusent cette logique parlementaire et ne veulent pas adouber par avance les postulants, que ce soit le chrétien-démocrate Jean-Claude Juncker, le social-démocrate Martin Schulz ou le centriste Guy Verhofstadt.

« Je voudrais que l’on tienne compte des résultats finaux » de l’élection, a plaidé dimanche M. Juncker, jugeant que les chefs d’Etat et de gouvernement devraient « respecter la démocratie européenne ». Il a dit s’attendre à ce que le centre-droit du Parti populaire européen (PPE), malgré une sévère érosion, arrive en tête avec une vingtaine de sièges d’avance sur les sociaux-démocrates de Martin Schulz.

Mais un Parlement plus fragmenté que jamais pourrait inciter les dirigeants européens à tenter de trouver une autre personnalité acceptable par les députés. Ils se réuniront dès mardi soir à Bruxelles.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a rappelé que le candidat devra disposer, certes « d’une majorité au Parlement européen », mais aussi d’une « large majorité au Conseil » et prévenu que les négociations allaient durer « des semaines ».

A l’issue du scrutin européen, a insisté une source européenne, « il n’y aura pas de fumée blanche » sur la future Commission.