Vers la fin de janvier, Efrat Tawil était assise dans sa caravane, dans la grande ville d’Ariel au Nord de la Cisjordanie, au milieu de piles de draps et de caisses de livres.

Elle et son mari, le rabbin Zion Tawil, se préparaient à emménager dans leur maison nouvellement construite sur une colline surplombant l’université d’Ariel.

Le jour du déménagement était venu juste à temps ; le toit de la remorque dans laquelle ils vivaient avec leur grande famille ces neuf dernières années venant de s’effondrer en raison d’une forte chute de neige.

Zion Tawil est le rabbin de Netzer-Ariel, une communauté d’environ 100 familles sionistes religieuses – dont 20 ont été évacuées de l’implantation de Netzarim au Gush Katif au cours du désengagement unilatéral d’Israël de la bande de Gaza à l’été 2005. Pendant la dernière décennie, le groupe a vécu dans des logements temporaires.

Avec leur demenagement actuel dans des maisons confortables, spacieuses et permanentes qu’ils ont construites pour eux-mêmes à Ariel, ces familles sont devenues la seule communauté d’évacués de Gaza à se réinstaller de façon permanente – en tant que communauté – en Cisjordanie, au-delà de la Ligne verte.

Même si elle est heureuse d’emmenager dans sa nouvelle maison, Mme Tawil a dit que cela ne l’avait pas vraiment dérangé de vivre dans une caravane pendant neuf ans.

« C’est vrai que, avec sept filles et 15 petits-enfants, c’était un peu problématique, mais je n’ai pas vraiment fait attention aux conditions de vie, parce que dès que nous sommes arrivés ici, nous nous sommes attelés à notre mission », a-t-elle indiqué au Times of Israel. .

La mission dont parle la femme du rabbin est le travail d’œuvre sociale et de sensibilisation religieuse envers la population d’Ariel, majoritairement laïque, que la communauté-Netzer Ariel a entrepris depuis son arrivée dans la ville immédiatement après le désengagement de Gaza.

De Netzarim à Ariel

Les Tawils se sont installés à Netzarim, une enclave juive israélienne au sein de la ville de Gaza, quatre ans avant le retrait israélien.

Pendant les dernières années – au moment de la seconde Intifada – le transport de et vers l’implantation était autorisée uniquement en compagnie d’escortes militaires armées.

Arik Yefet, le directeur exécutif de Netzer-Ariel a vécu à Netzarim trois ans de plus que la famille du rabbin et s’en souvient comme d’ « un endroit très spécial, tant pour sa beauté, que pour les gens ».

Fondé à l’origine en 1972 comme un avant-poste laïc du HaShomer HaTzair, Netzarim est devenue un kibboutz religieux en 1984. Quelques années plus tard, son statut a été modifié, passant de kibboutz à village agricole.

Selon Yefet, les relations avec les Palestiniens étaient bonnes jusqu’à ce que le terrorisme de la deuxième Intifada ne commence.

Netzarim était la dernière implantation de Gaza à être évacuée par l’armée israélienne, et ses habitants avaient refusé de reconnaître à l’avance le fait qu’ils allaient devoir partir. Ils ont planté, construit et prié jusqu’à la dernière minute.

« Nous ne pensions pas que cela arriverait, donc nous n’avions rien préparé. Nous avons quitté notre maison avec la vaisselle dans l’évier », déclare Yefet, qui compare le traumatisme de l’expulsion à celui de la perte d’un membre.

N’ayant pas fait de plans pour savoir où aller, les anciens habitants de Netzarim ont été heureux d’accepter une invitation à rester dans les dortoirs du Collège académique de Judée et de Samarie, qui est aujourd’hui l’université d’Ariel.

Le regretté Ron Nachman, fondateur et ancien maire d’Ariel, a également salué chaleureusement les personnes évacuées.

On the outside looking in at home, the West Bank city of Ariel (photo: Yossi Zamir/Flash 90)

Vue sur Ariel (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Dès le début de l’année scolaire 2005-2006, alors que le collège devait récupérer ses dortoirs pour ses étudiants, les expulsés avaient été divisés en deux groupes. La plupart des familles ont décidé de s’établir dans un moshav dans le sud d’Israël, près de la frontière avec l’Egypte, qu’ils ont appelé Bnei Netzarim (les enfants de Netzarim).

Vingt familles ont cru que la divine providence les avaient amenés à Ariel et ont choisi de rester et de renforcer la présence sioniste religieuse dans la ville et la région environnante.

Depuis lors, environ 80 autres familles avec le même état d’esprit sont venues de tous les coins d’Israël pour se joindre à la communauté.

Alors que la plupart des familles restantes ont emménagé dans des maisons préfabriquées installées juste à côté de la rue Ramat Hagolan, quelques-unes se sont installées dans les communautés à proximité d’Ariel.

La famille Fogel, dont cinq des membres ont été assassinés en 2011 par des terroristes palestiniens dans leur maison de l’implantation d’Itamar, à une demie-heure de route au Nord-Est d’Ariel, faisait partie de ces évacués de Netzarim.

Des orthodoxes qui influences les laïques

Parallèlement au logement temporaire, le groupe a édifié une synagogue, une yeshiva, une garderie et une école maternelle.

La communauté offre des cours de judaïsme aux étudiants de l’université d’Ariel et aux résidents locaux et est active dans des projets de protection sociale et de charité qui incluent des soupes populaires et des conseils aux jeunes à risque.

Selon Eliyahu Shaviro, le maire d’Ariel, la communauté de Netzer-Ariel a été un ajout très positif pour sa ville.

« Ils sont une communauté étonnante. Ils sont bien intégrés dans Ariel et ils font un travail fantastique avec différents groupes au sein de notre population, en particulier avec les jeunes », a déclaré Shaviro au Times of Israel.

Le maire a déclaré qu’il soutenait pleinement la prise de contrôle par la communauté Netzer-Ariel de la direction de l’école élémentaire religieuse locale, la transformant en un Talmud Torah régional.

Le groupe a augmenté le taux d’inscription de l’école de 37 à 230 élèves en seulement deux ans, et on s’attend à 300 inscriptions pour l’automne 2015.

« Nous sommes la capitale de Samarie et nous aimons offrir des services à l’ensemble de la région. Ariel fournit des solutions régionales, et l’école-Netzer Ariel fait partie de cela », a déclaré Shaviro.

Les 90 filles et 140 garçons actuellement inscrits à l’école sont entassés dans des installations surpeuplées, séparées par sexe. Ils étudient un programme qui comprend plus d’études religieuses que dans les cursus des écoles religieuses de l’Etat.

Alors que les garçons apprennent les mathématiques, les sciences et la menuiserie en plus de la Torah, ils n’apprennent pas l’anglais (les filles bénéficient de cours d’anglais).

« Les familles envoient leurs enfants ici en raison de l’éducation de Torah non-mixte et de l’orientation ultra-sioniste », explique le directeur de l’école Yoni Sacks.

Il fut un temps les familles de Netzer-Ariel devaient amener leurs enfants en bus à l’école dans l’implantation d’Eli à 18 km d’ici.

Maintenant, presque tous les enfants de la communauté fréquentent l’école de Netzer-Ariel, et ce sont les écoliers des implantations autour d’Ariel qui viennent en autobus.

Sacks porte au crédit de la communauté de Netzer-Ariel d’avoir créé une atmosphère telle que Ariel et son écrasante majorité laïque s’est ouverte aux familles religieuses.

« Ariel était très laïque il y a une décennie, et il y avait très peu de soutien à la vie religieuse. Depuis que les familles de Netzarim sont venues, la communauté religieuse globale est passée de 20 familles à plus de 250 familles », a-t-il dit.

« La yeshiva Netzer-Ariel a été à l’avant-garde de la création d’une forte communauté influencée par la Torah et d’une ambiance qui a attiré les familles qui trouvent trop coûteux de vivre dans le centre du pays. »

Alors qu’Efrat Tawil rangeait les affaires de sa famille dans la maison en préfabriqué avec le toit effondré, son mari était occupé à balayer les débris de construction dans leur nouvelle maison de cinq pièces sur la rue Beit El.

Il a pris quelques minutes pour faire faire le tour du propriétaire à l’auteur de ces lignes, en soulignant les personnalisations que son épouse et lui ont apportées.

La maison du Tawils est l’une des 48 maisons déjà construites dans le quartier nouvellement construit pour les membres de la communauté de Netzer-Ariel.

Il est prévu un total de 98 maisons sur la parcelle de terrain que, selon Yefet, la communauté a collectivement achetée il y a cinq ans à un riche Arabe israélien qui vit à l’intérieur de la Ligne verte.

Les questions foncières

« La ville avait apparemment tenté à de nombreuses reprises d’acheter le terrain de cet personne, mais les conditions étaient trop difficiles. Alors que Netzer-Ariel cherchait une parcelle de terrain à acheter pour construire notre quartier permanent, le vendeur a vendu une option (ce qui signifie qu’en échange d’une mise de fonds, il serait prêt à attendre un certain temps pour que le reste de la somme puisse être rassemblé et transféré). Lorsque cette option s’est enfin présentée, la communauté est allé de l’avant et la zone devint apte à la construction », a déclaré Benjamin Schwartz, qui est responsable des travaux de développement pour Netzer-Ariel et qui a montré à l’auteur de ces lignes les différents sites dans Ariel qui sont liés à la communauté.

Shaviro a confirmé au Times of Israel que l’accord pour acheter ce lopin de terre particulier a effectivement été longtemps retardé pour des raisons économiques.

Depuis l’acquisition du terrain, il a été mis à la disposition des familles de Netzer-Ariel , qui avaient reçu une compensation du gouvernement pour avoir été évacuées de la bande de Gaza. Le coût de chaque maison est évalué à environ 1,3 millions de shekels (300 000 euros).

Selon Dror Etkes de Kerem Navot, une organisation qui fait des recherches pour contester les politiques et les pratiques qui permettent la dépossession des Palestiniens de leurs terres en Cisjordanie, le récit de Netzer-Ariel à propos de l’achat du terrain ne tient pas debout.

Etkes prétend que, selon les informations à sa disposition, le terrain en question avait très probablement déclaré terre domaniale par Israël au début des années 1980 sur la base d’une interprétation d’une loi ottomane encore appliquée, qui permet l’appropriation par l’Etat d’un terrain insuffisamment cultivé. L’estimation d’Etkes est que la terre appartenait aux agriculteurs du village palestinien voisin de Salfit.

« Il y eu des cas de ‘déclarations d’État’ faites afin de cacher des transactions foncières douteuses. Je ne suis pas au courant de telles pratiques à Ariel, mais pour autant que je sache, ce n’est pas le cas ici », a affirmé Etkes au Times of Israel.

Néanmoins, d’après lui, la version de Netzer-Ariel des événements ne tient pas la route. « L’histoire me semble illogique en se basant sur les informations que j’ai sur le statut des terres à Ariel. »

Il semblerait que, se préparant pour son grand déménagement, les questions juridiques n’étaient pas la principale préocuppation Efrat Tawil. Elle a dit que ce qui la rendait heureuse, c’est qu’elle et les autres familles de Netzer-Ariel avait « réussi à conquérir la montagne ».

« Nous achetons et construisons la Terre d’Israël. C’est beaucoup plus que d’emmenager dans une nouvelle maison « , dit-elle avant de s’excuser de revenir à son emballage.