Défendant ce qu’il appelait les accords cadres « historiques » obtenus à Lausanne avec l’Iran sur son programme nucléaire secret, le président Barack Obama a mis dans les esprits une insinuation fausse et très déplaisante.

« Ce n’est pas un secret, a déclaré le président dans une allocution du 2 avril, le Premier ministre israélien et moi ne sommes pas d’accord quant à savoir si les Etats-Unis devraient avancer vers une résolution pacifique de la question iranienne ».

Et quelle est l’insinuation désagréable ? Cela laisse entendre que si l’Amérique favorise la diplomatie afin de contrecarrer la marche de l’Iran vers la bombe, Benjamin Netanyahu veut la guerre.

Mercredi, à la Chambre des communes du Royaume-Uni, un jour après que les puissances mondiales, les Etats-Unis en tête, aient signé un accord global avec les extrémistes islamiques qui dirigent l’Iran, le ministre de Affaires étrangères britannique Philip Hammond a élevé cette fausse histoire de quelques degrés supérieurs.

« La question que vous devez vous poser est : quel type d’accord aurait été bienvenu à Tel Aviv ? », a déclaré Hammond au Parlement, et il a ensuite continué, bassement : « la réponse est bien sûr qu’Israël ne veut aucun accord avec l’Iran ».

Finalement, tard vendredi, Obama a renforcé la fausse représentation de la position d’Israël.

« Il y a seulement deux véritables alternatives », a correctement déclaré le président lors d’une conférence de presse.

« Soit la question de la possibilité pour l’Iran d’obtenir une arme nucléaire est résolue diplomatiquement à travers les négociations ou c’est résolu par la force, avec la guerre. Voilà, les deux options ».

Pour l’instant, c’est exact. Mais il a ensuite prétendu que l’accord signé mardi était le meilleur qui pouvait être obtenu, et que les personnes critiques comme Netanyahu, avaient échoué à présenter des conditions alternatives viables. « Ce que je n’ai pas entendu, c’est quelle est votre alternative préférée ? » a déclaré le président avec une voix pleine de bonne intention blessée.

Le secrétaire d'Etat américaine, John Kerry, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 6 décembre 2013 (Crédit : Matty Stern / Ambassade américaine de Tel Aviv)

Le secrétaire d’Etat américaine, John Kerry, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 6 décembre 2013 (Crédit : Matty Stern / Ambassade américaine de Tel Aviv)

Et les conséquences de ces déclarations non sincères : les Etats-Unis et leurs partenaires ont conclu un accord terrible avec le régime traitre à Téhéran, un accord qui place Israël, mais pas seulement Israël, dans une situation très dangereuse.

Et maintenant, ils cachent leur échec en représentant de manière injuste ce qui s’est produit, et placent une partie de cet échec, de manière totalement injustifiable, sur ce qu’Hammond a appelé, avec tellement de charme, « Tel Aviv ».

Des éléments d’un meilleur accord alternatif et viable

Eh bien, voilà la vérité.

Premièrement, Israël n’est pas en faveur de l’option de la guerre par rapport à la diplomatie pour contrecarrer la patiente marche des ayatollahs vers la bombe.

La dernière chose que ce pays, ce petit espace de décence dans la zone brutale du Moyen-Orient, veut ou a besoin est un conflit supplémentaire. Ce qu’il voulait, ce qu’il veut, c’est une diplomatie qui arrêterait efficacement et renverserait la marche iranienne vers le nucléaire.

Non, président Obama, Netanyahu n’est pas en désaccord avec vous « quant à savoir si les Etats-Unis devraient avancer vers une résolution pacifique à la question iranienne ».

Deuxièmement, bien sûr qu’un meilleur accord pouvait être obtenu, et bien sûr que Netanyahu et Israël ont proposé des alternatives. Voici les trois principaux exemples :

– Les Etats-Unis n’auraient pas éloigné leurs partenaires du P5+1 s’ils avaient insisté que l’Iran, traîné à la table des négociations sous la pression économique, reconnaisse ses anciennes activités militaires nucléaires illégales comme la base cruciale pour tout accord.

Les Iraniens ont construit des installations secrètes complètes en violation de leurs obligations internationales, et pourtant ils n’ont pas été tenus pour responsables.

L’incapacité de tenir l’Iran responsable a eu un impact sur le processus entier des négociations en permettant à l’Iran d’affirmer qu’il état innoncent, bien intentionné et injustement persécuté, et qu’il ne devrait pas être soumis à des contraintes.

– Une négociation plus solide dirigée par les Etats-Unis aurait permis, comme des officiels de l’administration ont reconnu il y a encore peu de temps qu’il l’était nécessaire, que les inspecteurs de l’AIEA aient un accès immédiat de tout site suspect iranien, pas seulement les équipements nucléaires, comme un élément central pour empêcher toute duplicité future iranienne.

– Un meilleut accord n’aurait pas permis à l’Iran de continuer ses recherches et son développement pour tester des centrifugeuses encore plus avancées afin d’enrichir de l’uranium, des centrifugeuses pouvant fortement accélérer la percée de l’Iran vers la bombe.

« La recherche et le développement par l’Iran de l’enrichissement d’uranium pendant 10 ans inclura seulement les centrifugeuses IR-4, IR-5, IR-6 et IR-8 » stipule l’accord dans des termes qui veulent laisser entendre que cela représente une certaine forme de concession de la part de l’Iran face à la pression internationale.

Seulement les IR-4s, 5s, 6s, et 8s ? La IR-8, encore en train d’être améliorée, est la centrifugeuse la plus avancée dans l’appareil nucléaire de l’Iran. Il n’y a rien de plus sophistiqué. Et les conditions de l’accord permettent à l’Iran de la perfectionner en toute légitimité.

Après avoir été tancé par intermittence par le Secrétaire Kerry quand il critiquait l’accord à venir, malgré le fait qu’on lui ait dit qu’il ne savait pas de quoi il parlait et que ses objections spécifiques à plusieurs clauses étaient fondées sur des informations non précises, Israël a très certainement mis en lumière plusieurs problèmes dans un accord qui s’est révélé encore moins correct que prévu.

Israël a certainement détaillé des changements clés qui auraient rendu l’accord plus efficace. (En avril, le gouvernement israélien a rendu public un document soulignant les éléments clefs d’un intérêt vital. Il ne fait aucun doute que beaucoup plus d’éléments israéliens, certainement des éléments rejetés, ont été exprimés en privé).

Alors, Secrétaire Hammond, il est tout simplement faux de prétendre qu’aucun accord aurait été acceptable pour Israël. Et président Obama, il est faux de prétendre qu’il n’y avait pas de meilleur accord viable et qu’Israël n’a pas présenté des alternatives pertinentes.

La légitimation et le financement d’un régime vil et dangereux

Laissant de côté un moment la tentative du président et de certains de ses alliés du P5+1 de représenter faussement la position d’Israël, et laissant de côté les imperfections particulières de l’accord en lui-même, la catastrophe plus importante correspond ici à la légitimation et à l’aubaine économique accordée à un régime aussi rapace.

« L’Iran sera et devrait être une puissance régionale. Ils sont un grand pays sophistiqué dans la région », a déclaré le président au journaliste du New York Times Thomas L. Friedman, mardi.

Il a ensuite honorablement ajouté, « Ils n’ont pas besoin d’inciter l’hostilité et l’opposition de leurs voisins par leur comportement. Pour être grand, il n’est pas nécessaire de dénigrer ou de menacer Israël ou de participer à des activités de négation de l’Holocauste ou d’antisémitisme ».

Mais tout le problème est là. En tant que grand pays sophistiqué, l’Iran pourrait effectivement être une puissance régionale. Et tant que le régime actuel règne en Iran, le monde libre, conduit par le président des Etats-Unis, devrait s’assurer qu’il n’obtient pas ce statut.

Un pays dirigé par un régime qui cherche à obtenir des armes nucléaires, qui alimente les tensions dans la région, qui appelle à l’élimination d’Israël, qui finance, arme et entraîne des armées terroristes au Liban et à Gaza, qui organise le terrorisme dans le monde, qui travaille pour mettre l’Europe et l’Amérique du nord à portée de ses missiles, qui punit l’homosexualité, qui discrimine les femmes, qui emprisonne, torture et exécute les opposants politiues, qui exécute plus de jeunes délinquants que n’importe quel pays sur terre… cet Iran ne doit pas être autorisé à devenir une puissance régionale dominante.

Et pourtant, en concluant l’accord cette semaine, et en envoyant ainsi des centaines de milliards de dollars dans les coffres du régime, les négociateurs, avec à leur tête les Etats-Unis, ont assuré que c’est exactement ce qui va se produire maintenant.

Obama a ostensiblement abordé quelques unes des préoccupations du monde libre sur le régime iranien lors de sa conférence de presse de mercredi.

« Même avec cet accord, nous continuerons à avoir de profondes différences avec l’Iran, son soutien au terrorisme et ses utilisations de tierces parties pour déstabiliser des zones du Moyen-Orient, a-t-il déclaré.

Ainsi, l’embargo multilatéral sur les armes vers l’Iran restera en place pour cinq années supplémentaires et les restrictions pour les technologies de missiles ballistiques resteront en place pour huit ans. En outre, les Etats-Unis maintiendront leurs propres sanctions liées au soutien de l’Iran au terrorisme, à son programme de missiles ballistiques et à ses violations de droits de l’homme ».

Mais tout cela, ce sont des inepties. L’accord sur le nucléaire enlève la pression financière sur l’Iran. Les sanctions maintenues, parce que l’Iran soutient, le terrorisme deviennent impertinentes par le démantèlement injustifié et prématuré du régime de sanctions si difficilement mis en place à cause de la question nucléaire.

Ce régime, ce lugubre régime cauchemardesque, avec ses ambitions internationales pour une interprétation violente et révolutionnaire de l’islam, est maintenant de retour dans les affaires internationales, et va profiter de l’afflux colossal d’argent pour avancer plus encore ses ambitions.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (C) en train de rire au début d'une réunion sur le programme nucléaire de l'Iran avec le secrétaire d'Etat américain John Kerry à Vienne, en Autriche, le 30 juin 2015 (Crédit : AFP PHOTO / POOL / CARLOS BARRIA)

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (C) en train de rire au début d’une réunion sur le programme nucléaire de l’Iran avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry à Vienne, en Autriche, le 30 juin 2015 (Crédit : AFP PHOTO / POOL / CARLOS BARRIA)

Jour après jour, le message de Téhéran est « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël ».

La position déclarée du guide suprême de l’Iran, renouvelée samedi, est que l’Amérique, et tout ce que l’Amérique représente, est une incarnation de l’arrogance globale de ce que la Révolution islamique ne pourra jamais accepter.

Et pourtant les dirigeants américains continuent de passer sous silence le messsage diffusé par les dirigeants iraniens à leur propre peuple, et préfère serrer des mains et plaisanter avec le ministre de Affaires étrangères iranien.

L’Occident se laisse délibérément tromper parce que Mohammad Javad Zarif parle bien l’anglais et affecte un comportement agréable.

A quel point la vision d’un John Kerry, boitillant sur des béquilles, est mauvaise pour accorder une légitimité internationale à un régime qui seulement quatre jours plus tôt a incité son peuple à manifester en masse et à appeler à la destruction d’Israël et de l’Amérique.

Les représentants des puissances mondiales et de l'Iran posant avant l'annonce d'un accord sur pourparlers nucléaires de l'Iran à Lausanne  le 2 avril 2015. (AFP / FABRICE COFFRINI)

Les représentants des puissances mondiales et de l’Iran posant avant l’annonce d’un accord sur pourparlers nucléaires de l’Iran à Lausanne le 2 avril 2015. (AFP / FABRICE COFFRINI)

Obama a reconnu mercredi qu’il ne pouvait pas être sûr que son pas vers les ayatollahs allait fonctionner. « Mon espoir est qu’en mettant en place cet accord, nous puissions continuer à dialoguer avec l’Iran et les inciter à se comporter différemment dans la région, à être moins agressif, moins hostiles, plus coopératifs et à agir de la manière dont nous attendons que les nations se comportent dans la communité internationale, a-t-il déclaré. Mais nous ne comptons pas là-dessus. Alors cet accord n’est pas lié au changement de comportement de l’Iran. »

C’est, bien sûr, toute la tragédie de cet accord inconscient et erroné.

C’est une décision d’arrangement injustifiée avec un régime sombre, dangereux et irréformable, et cela va coûter très cher au monde libre. Nous voir représentés faussement et injustement critiqués par des dirigeants déloyaux alors que cette tragédie ce déroule, alors qu’en Israël nous nous préparons à nous battre contre les répercussions et leur incompétence patente, est une manière méprisable d’ajouter l’insulte aux blessures à venir.