Au milieu de rapports sur lesquels travaille actuellement le Procureur général, se trouve le transfert de centaines de millions de shekels destinées aux implantations, un transfert décidé lors d’une réunion chaotique de la commission des Finances de la Knesset, au début du mois.

Un membre de la commission a déclaré que les députés qui ont approuvé ce financement ne savaient pas pour quoi ils votaient.

Dans une interview au Times of Israel, le député Dov Lipman, du parti Yesh Atid, a expliqué que la réunion du 8 décembre de la commission a marqué le moment où il est devenu clair pour lui que le gouvernement conduit par Netanyahu était déterminé à allouer autant d’argent que possible pour la cause des implantations, et de le faire, si nécessaire, sans la moindre transparence.

Le quotidien Yedioth Aharonot a rapporté lundi que le Procureur général Yehuda Weinstein a commencé à enquêter sur les allocations qui ont été approuvées par la commission à la suite du limogeage par Benjamin Netanyahu de Yair Lapid, le ministre des Finances et de la ministre de la Justice Tzipi Livni.

Lipman, qui définit le déroulement de cette séance comme un abus de la démocratie, a décrit en détails, comment les votes ont été obtenus, et a confié avoir essayé en vain d’arrêter le processus.

Il a expliqué que le président de la commission Nissan Slomiansky du parti HaBayit HaYehudi, avait poussé article après article même si les membres de l’opposition ont protesté en affirmant qu’ils ne savaient pas où allait l’argent et qu’on ne leur donnait même pas le temps de voter.

Durant la réunion chaotique il y a eu une série de confrontations amères. Stav Shaffir, du parti travailliste, a été expulsée de la salle à trois reprises.

Seul membre de la Knesset sortante né aux Etats-Unis, le rabbin Lipman a été nommé au printemps dernier à l’influente commission des Finances. Il a déclaré que les membres « reçoivent le jeudi une énorme quantité de documents pour tous les transferts d’argent qui doivent passer la semaine suivante, le lundi, mardi, mercredi, lors de nos réunions ».

« Nous avons le temps de les examiner. Nous pouvons poser des questions. Les fonctionnaires concernés sont tenus de répondre aux questions. C’est une très bonne politique que le ministre des Finances [Yair Lapid, chef de Yesh Atid] a mise en place avec le président de la commission, Nissan Slomiansky. Cela a marché pendant un an et huit mois. »

Cependant, après que Netanyahu a limogé Lapid le 2 décembre « nous nous sommes réveillés le matin pour la prochaine réunion de la commission et il y avait d’énormes quantités de documents, y compris d’immenses sommes devant aller vers les implantations. Je suis prêt à tout analyser et examiner à quoi sont attribuées ces sommes. Est-ce pour des besoins de sécurité ? ».

« Mais cette fois il n’y avait pas de temps pour de telles vérifications. «Je me suis réveillé à 6 heures le matin et le vote était à 9 heures du matin. Il n’y avait aucun moyen d’être prêt. Ils ont changé l’approche – ce que j’appelle la transparence, la gouvernance propre – et attribué d’énormes quantités d’argent aux implantations ».

Et Lipman d’ajouter : « Je ne savais pas où allait passer tout cet argent. »

« Je ne suis pas contre, mails il faut que l’argent serve à des besoins réels. Les gens ont des besoins. Il y a des écoles et il y a la sécurité. Mais nous pouvons pas analyser tout cela en trois heures. »

« Et c’était la première fois que je me rendais compte de mes propres yeux qu’il y a certainement un ordre du jour pour essayer d’obtenir autant d’argent que possible pour les implantations, mais aussi sans transparence. Vous ne savez pas où l’argent va, vous ne savez pas à quoi il sert, et c’est inquiétant. »

Lipman a affirmé que des centaines de millions ont été alloués aux colonies. « Il n’y avait pas moyen de l’arrêter. J’ai continué en disant: ‘Je n’ai même pas voté.’ J’ai continué à poser des questions Le peuple israélien a besoin d’avoir une meilleure compréhension de ce qui se passe ici. Parce qu’on vote sur des choses sans même savoir pour quoi. »

A la question de savoir comment les allocations ont été décrites dans les documents distribués à la Knesset, Lipman a repondu : « Il y avait juste écrit ‘pour les implantations’ sans vraiment expliquer pour quoi précisément. J’ai continué à demander à demander plus d’informations, mais je n’ai pas obtenu plus d’informations. Et ils continuaient de voter. »

Les allocations ont été placées sur l’ordre du jour par le ministre des Finances, « qui à ce moment-là était Netanyahu », a déclaré Lipman. « D’après ce que je comprends, c’étaient des choses que Yair Lapid avait précédemment retenu jusque-là. Elles n’avaient jamais été présentées en commission. Le ministre des Finances n’avait jamais autorisé que cela aille en commission en raison du processus à déterminer ».

A la question de savoir s’il considérait le processus de vote comme un abus de la démocratie, Dov Lipman a répondu: « Tout a fait. Ce qui me dérange, c’est que si vous aviez demandé aux gens autour de la table s’ils savaient où l’argent allait, ils n’auraient pas su répondre… Le président de la commission a présenté les votes ainsi ‘Article numéro 697, 791…’ et ils ont voté pour. »

Interrogé sur ce que cette expérience signifiait pour lui sur l’orientation de Netanyahu, Lipman a affirmé : « Je dirais que c’est assez clair que ça se déplace extrêmement vers la droite. Il gère cela en disant ici et là certaines choses qui vont dans la bonne direction mais au final cela ne nous mène nulle part. Et je crois que c’est dangereux pour la sécurité d’Israël. Oui, dangereux pour la sécurité d’Israël. Ce n’est pas ce que nous voulons. »

Sans en aucune façon compromettre ses besoins de sécurité, déclare Lipman, Israël doit « avoir une vision de vers quoi nous nous dirigeons ».

« C’est pourquoi les gens m’attaquent, en particulier dans la communauté religieuse, et je leur dis : ‘Et vous quel est votre plan ? Quel est votre plan pour faire face à la situation ?' »

« Nous avons une situation. Des Palestiniens vivent ici. Nous sommes sur la même terre. Et si votre réponse est : « Continuons de cette façon, nous avons le contrôle sur tout le pays et ce sont des citoyens de seconde zone », je dis juste que ce n’est pas un Etat juif. Ce n’est pas un Etat juif. »