La législation gouvernementale visant à séparer les Arabes chrétiens des quartiers à majorité musulmane sera combattue, a affirmé mercredi au Times of Israel un député chrétien de la Knesset.

Basel Ghattas, membre du parti Balad, a déclaré qu’Israël cherchait à profiter du climat d’incertitude régnant au sein des minorités chrétiennes du Moyen-Orient.

La stratégie israélienne viserait à contraindre les Arabes chrétiens à s’engager dans l’armée, comme cela fut le cas avec la communauté druze, il y a plus de 60 ans.

« C’est très dangereux », estime Ghattas. « C’est une attitude colonialiste. C’est la mentalité de l’homme blanc qui explique aux indigènes ce qui est bon pour eux. »

En début de semaine, la Knesset a voté une loi, soumise par le président de la coalition Yariv Levin (Likoud), qui contraint le comité consultatif pour un accès égal au marché de l’emploi à inclure autant de membres Arabes chrétiens que de membres Arabes musulmans.

Aussi insignifiante que semble la loi, Levin a confié en janvier à Maariv qu’il envisageait d’élaborer une série de textes visant à séparer les Chrétiens (qu’il refuse de qualifier d’Arabes) des sociétés à dominante musulmane dans lesquelles ils vivent.

L’une de ces lois les autorisera à inscrire le terme de « Chrétien » plutôt que celui d’« Arabe » pour définir leur nationalité sur leurs cartes d’identité.

De manière plus significative, le vice-ministre de la Défense Danny Danon (Likud) souhaite demander au gouvernement qu’il impose la conscription obligatoire aux Arabes chrétiens comme il l’a fait avec les Druzes en 1951, a révélé le site Internet Walla.

Danny Danon dans son bureau de la Knesset (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Danny Danon dans son bureau de la Knesset (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

300 Arabes chrétiens sont actuellement volontaires au sein de l’armée tandis que 429 femmes sont volontaires pour le service civil.

Le deputé Ghattas confie que la conscription forcée sera combattue, non seulement par les Arabes chrétiens, mais par la société arabe dans son ensemble.

« Aujourd’hui déjà, de nombreux jeunes se mobilisent contre le projet en organisant des festivals, des conférences ou en ouvrant des pages Facebook », annonce-t-il. « Il y a une lutte intense autour de la conscience et de la mémoire collective de notre peuple. Nous ne resterons pas silencieux. »

C’est dans cet esprit que Ghattas a envoyé une lettre au pape François la semaine dernière, lui demandant d’intervenir pour empêcher la conscription des Chrétiens.

Toutefois, les actions populaires de lutte contre la conscription des Chrétiens ne sont pas toutes aussi pacifiques que Ghattas le prétend. Certains volontaires chrétiens de l’armée se sont plaints de harcèlement et d’intimidations au sein de leurs communautés.

Lorsque le Père Gabriel Nadaf, un prêtre orthodoxe grec qui milite en faveur de la conscription des Chrétiens, a organisé une réunion sur le sujet dans la ville de Shfaram au début du mois, des jeunes se sont rendus sur place et lui ont demandé de quitter les lieux, a relaté Haaretz.

En décembre, le fils de Nadaf a été attaqué physiquement par un jeune en raison des positions de son père.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le Père Gabriel Nadaf dans son bureau à Jérusalem, le 5 août 2013 (Crédit : Moshe Milner/Flash90/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le Père Gabriel Nadaf dans son bureau à Jérusalem, le 5 août 2013 (Crédit : Moshe Milner/Flash90/GPO)

Pour Ghattas, le tollé suscité par le Forum pour la conscription des chrétiens, organisé par Nadaf, s’explique par l’implication dans l’événement d’organisations de droite comme Im Tirtzu et du bureau du Premier ministre.

« Il y a clairement une volonté gouvernementale à l’œuvre », estime Ghattas, qui fait remarquer que Nadaf a été reçu en août dernier dans le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu. « S’il ne s’agissait que des quelques chrétiens qui s’engagent volontairement chaque année, personne n’aurait rien remarqué ou fait d’histoires. »

Ghattas a récusé l’idée selon laquelle les chrétiens ne peuvent prétendre à l’égalité des droits en Israël qu’à condition d’assumer certaines obligations au sein de la société israélienne.

« Que s’est-il passé avec les Druzes au cours des 60 dernières années ? », s’interroge-t-il. « Ont-ils obtenu plus de droits ? Leurs terres n’ont-elles pas été confisquées ? Leurs infrastructures sont-elles en meilleur état ? Les ordres de démolition de leurs maisons ont-ils cessé ? Leur situation est pire que la nôtre [celle des chrétiens]. Visitez une ville druze et une ville chrétienne et dites-moi quelles sont les différences. »

La communauté druze, poursuit Ghattas, a été manipulée par le gouvernement en 1951. A l’époque, de nombreuses villes arabes israéliennes étaient encore sous autorité militaire et la société arabe était faible et fragmentée, suite à la guerre de 1948. D’abord volontaire, la conscription est rapidement devenue obligatoire pour les Druzes.

« La société druze s’y est opposée, mais elle était isolée. Aujourd’hui, nous ne sommes pas seuls. »

« Plus de 60 ans plus tard, nous sommes dans une situation différente. Nous ne sommes pas une petite communauté comme les Druzes en 1951, qui ne comptaient que 12 000 membres », indique-t-il. « 140 000 chrétiens arabes vivent au sein d’une société arabo-palestinienne, où les moyens de communication sont beaucoup plus évolués qu’à l’époque. »