Donner des médicaments agissant contre le cancer à des cellules malignes est le meilleur moyen de combattre la maladie mortelle.

Des scientifiques israéliens travaillent à une amélioration de ce principe en associant plusieurs médicaments au procédé chimique qui les conduit directement où ils doivent aller.

Le processus, uniquement validé pour l’instant sur des cellules de souris, utilise des molécules minuscules appelées peptides pour transporter les médicaments anti-cancer dans des cellules cancéreuses spécifiques.

Dans une étude publiée par la Revue européenne de chimie médicale, les scientifiques ont montré que le traitement peut délivrer deux types de médicament en une seule fois, tuant les cellules leucémiques tout en laissant les cellules saines intactes.

Aucune thérapie contre le cancer sur le marché ne peut délivrer plus d’un médicament à la fois. Les scientifiques expliquent que le traitement expérimental semble aussi être plus ciblé que ceux déjà existants. Avec ces avantages, expliquent-ils, le traitement pourrait rendre les médicaments contre le cancer encore plus efficaces tout en réduisant les effets secondaires.

Pas d’essais cliniques avant deux ans

« Nous parlons d’une technologie d’apport ciblé de médicament qui consiste en une plateforme spéciale et des médicaments multiples qui sont liés à la plateforme », déclare le professeur Gary Gellerman, biochimiste, qui a créé les « assemblages de médicaments peptidiques » avec le professeur Michale Firer, biotechnologiste à l’université d’Ariel, qui a développé le médicament.

La professeur Gary Gellerman, un biochimiste de l'Université d'Ariel, qui a co-rédigé l'étude (Crédit : Autorisation)

La professeur Gary Gellerman, un biochimiste de l’Université d’Ariel, qui a co-rédigé l’étude (Crédit : Autorisation)

« Les avantages pour le patient sont que nous pouvons diriger plus de médicaments où ils sont supposés aller, sans effets secondaires. Pour la première fois, nous pouvons cibler le cancer avec des médicaments multiples en une seule fois ».

Pour l’instant, les scientifiques se concentrent sur la leucémie, le cancer de la prostate, mais ils expliquent que le traitement devrait fonctionner pour n’importe quel type de cancer.

Le professeur Robert Langer, ingénieur biomédical et chercheur de pointe dans le domaine de l’apport des médicaments contre le cancer au MIT, a qualifié l’étude de « très intéressante ». Il a déclaré qu’une prochaine étape clef est de voir comment cela fonctionne in vivo [avec des animaux] d’un point de vue de la sécurité et de l’efficacité ».

La chimiothérapie, le traitement médicamenteux pour de nombreux cancers, fonctionne en tuant toutes les cellules qui se divisent activement. Puisque les cellules cancéreuses se divisent très rapidement, elles sont principalement affectées.

Mais les cellules saines sont également endommagées, particulièrement celles qui se divisent rapidement, comme la moelle osseuse, le sang et les follicules pileux. Le résultat des effets secondaires comme la perte de cheveux, un affaiblissement de l’immunité ou une anémie peuvent être mortels. Les options de traitement sont limitées.

Au cours de vingt dernières années, des thérapies ciblées du cancer ont été développées pour agir spécifiquement sur les molécules impliquées dans le développement du cancer. Parmi ces traitements, on retrouve « les assemblages de porteur de médicament », des molécules porteuses liées chimiquement aux médicaments contre le cancer.

Les assemblages sont créés chimiquement pour se lier et pour entrer seulement dans des cellules cancéreuses spécifiques où elles libèrent les médicaments. Le porteur, le médicament et le pont d’attache peuvent chacun correspondre au cancer qu’ils veulent cibler, un exemple de médicament très personnalisé.

Une variété de molécules peut être utilisée comme porteur. Une grande partie des recherches est maintenant concentrée sur les assemblages avec des porteurs d’anticorps, mais certains chercheurs considèrent que les peptides seront meilleurs à l’avenir.

Le professeur Michael Firer, un bio-technologiste de l'Université d'Ariel, qui a co-écrit l'étude (Crédit : Autorisation)

Le professeur Michael Firer, un bio-technologiste de l’Université d’Ariel, qui a co-écrit l’étude (Crédit : Autorisation)

« Nous avons ce cargo de médicaments que nous voulons faire entrer dans la cellule, et nous voulons le mettre dans ce camion qui va aller à cette adresse précise », explique Firer. « La question est de savoir quel est le camion le plus efficace. Nous pouvons les adapter au cancer que nous ciblons ».

Disposant d’une grande précision et d’effets secondaires réduits, les assemblages pourraient rendre les médicaments contre le cancer déjà sur le marché plus efficaces et donner une nouvelle vie aux médicaments anti-cancéreux qui ont été abandonnés parce que trop toxiques.