Dans la guerre autour de la circoncision, cette dernière a remporté plusieurs grandes batailles.

Une nouvelle étude médicale, s’appuyant sur des cas des deux décennies, démontre que les avantages pour la santé de la circoncision l’emportent largement sur les risques.

La publication de l’article le 4 avril par la revue médicale Mayo Clinic Proceedings constitue le dernier développement en date dans la lutte acharnée qui oppose les défenseurs de la circoncision à ses adversaires scientifiques, culturels et politiques. Une nouvelle victoire en faveur de la pratique.

D’aucuns diront que cette série de victoire a porté largement atteinte aux efforts des militants américains anti-circoncision.

« Ils sont dans le désarroi. Ils étaient très organisés, collectaient des fonds… », a déclaré Edgar Schoen, professeur émérite de pédiatrie clinique à l’Université de Californie, à San Francisco, et militant de longue date en faveur des avantages médicaux de la circoncision.

« Les gens ne sont plus vraiment à leur écoute »

Les auteurs de la nouvelle enquête ont examiné quelque 3 000 études sur la circoncision, publiées depuis 1988, et ont trouvé de nouvelles preuves indiquant que la circoncision réduit de façon significative les chances de contracter un certain nombre de maladies, y compris les infections par voie urinaire, le virus du papillome humain et le VIH.

« La circoncision néonatale devrait logiquement recevoir un fort soutien et se voir encouragée en tant qu’importante intervention basée sur des preuves, à l’instar de la vaccination des enfants », notent les auteurs de l’étude, Brian Morris, Stefan Bailis et Thomas Wiswell.

Morris, chef de file de l’étude et professeur émérite de médecine à l’Université de Sydney, a longtemps défendu les avantages pour la santé de la circoncision masculine, et publié un livre sur la question en 1999, intitulé En faveur de la circoncision.

Les adversaires de la pratique ont globalement rejeté les conclusions de la nouvelle étude.

« Il est très aisé pour les chercheurs de concevoir des études en fonction des conclusions qu’ils souhaitent faire apparaitre », a déclaré Ronald Goldman, auteur de La circoncision : Le traumatisme caché. « Ainsi, ils découvrent ce qu’ils veulent découvrir, en d’autres termes. Il n’y a aucune objectivité ici. »

La « guerre de la circoncision », surnommée ainsi dans les médias, a investi la sphère politique américaine en 2011 quand des militants anti-circoncision ont décidé de soumettre plus de 12 000 signatures afin d’interdire cette pratique à San Francisco. La mesure a soulevé de vifs débats entre défenseurs et adversaires de la pratique.

Les premiers accusant les seconds d’antisémitisme et les seconds assimilant la pratique à de la maltraitance des enfants.

L’État de Californie a par la suite interdit toute interdiction locale de la circoncision.

Le corps médical a pris position contre les militants anti-circoncision en 2012, quand l’American Academy of Pediatrics a publié des directives révisées concernant la pratique, en indiquant pour la première fois que « les avantages pour la santé de la circoncision masculine néonatale l’emportaient sur les risques ». Une décision qui met fin à la neutralité de l’académie sur cette question sensible.

Si les activistes opposés à la circoncision réfutent l’idée selon laquelle leurs efforts auraient échoué, certains reconnaissent en revanche que le terrain juridique et politique est devenu bien moins favorable.

« Tout projet de loi visant à protéger les enfants de sexe masculin aux États-Unis rencontrait une opposition considérable et des représailles », a déclaré Lloyd Schofield, un militant anti-circoncision.

Cependant, Schofield et ses acolytes considèrent l’Europe comme un territoire plus réceptif.

Les tentatives de limitation ou d’interdiction de la circoncision non médicalisée pratiquées sur des garçons de moins de 18 ans se sont multipliées en Europe au cours des dernières années. Des efforts qui ont gagné en intensité suite à la décision d’un tribunal allemand rendue en 2012, jugeant que la circoncision causait des lésions corporelles.

Au mois d’octobre dernier, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté une résolution non contraignante condamnant la pratique de la circoncision pour les garçons en tant que « violation de l’intégrité physique des enfants. » De même, plusieurs partis politiques scandinaves et associations médicales militent pour une interdiction, au Danemark, en Finlande, au Groenland, en Islande, en Norvège et en Suède.

Des initiatives rejetées en bloc par les organisations juives.

La différence de perception entre l’Europe et les Etats-Unis sur la pratique s’explique en partie par les pratiques culturelles respectives. Selon l’étude de la Mayo Clinic, seuls 10 % des individus de sexe masculin sont circoncis dans le Vieux continent. Aux États-Unis, toujours selon la même étude, le taux de circoncision néonatale s’élevait à 83,2 % dans les années 1960 avant de chuter à 77,1 % en 2010. En cause, des évolutions démographiques et politiques.

L’une des principales raisons, citées par les auteurs, expliquant la baisse du taux de circoncision aux Etats-Unis, est la proportion croissante des Hispaniques dans la population américaine. Ces derniers ont tendance à circoncire leurs enfants dans des proportions bien moins élevées que le reste de la population.

Selon le rapport, seuls 44 % des nourrissons de sexe masculin américano-mexicains ont été circoncis, contre 76 % des hommes noirs et 91 % des hommes blancs. Cependant, le rapport a également noté que le taux de circoncision au sein de ces trois groupes semblait s’inscrire à la hausse.

Un autre facteur important, cité dans le rapport, expliquant cette baisse des taux est la réduction du nombre d’Etats assurant la couverture Medicaid de la circoncision. Actuellement, 18 Etats ne couvrent pas la procédure médicale via Medicaid, contre seulement six en 1999. Les activistes opposés à la pratique ont exhorté les autres Etats à cesser d’assurer la couverture médicale de la circoncision.

De son côté, l’American Academy of Pediatrics a exhorté explicitement en 2012 les fournisseurs d’assurance, y compris Medicaid, à couvrir les circoncisions néonatales. Si de nombreuses initiatives en ce sens ont été signalées dans plusieurs Etats pour rétablir la couverture Medicaid, à ce jour, aucun de ces bastions n’a opéré de changements.

Douglas Diekema, professeur de pédiatrie à l’Université de Washington et membre du groupe de travail de l’académie de pédiatrie sur la circoncision, invite à la prudence quant à l’interprétation des résultats de l’étude.

Selon lui, le nombre de circoncision reste difficile à estimer en raison du taux de pratique en dehors des hôpitaux.

« Ce document n’est pas aussi significatif que veut bien le présenter la presse », a déclaré Diekema. « La couverture de presse attire l’attention des parents. »