Les négociations ce week-end à Genève sur le programme nucléaire iranien controversé ont enregistré des progrès mais il reste des questions « très difficiles » à régler, selon les deux délégations, américaine et iranienne, qui doivent se revoir lundi prochain en Suisse.

« Les discussions ont été sérieuses, utiles et constructives. Nous avons accompli quelques progrès mais nous avons encore un long chemin à parcourir », a souligné un haut responsable américain. « Il y a encore des questions très difficiles », a-t-il dit sous couvert d’anonymat .

Il reste « encore un long chemin » avant un accord final, a affirmé de son côté le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif après une série de rencontres avec son homologue américain John Kerry.

« Des progrès ont été réalisés sur certains sujets, mais il y a encore un long chemin pour arriver à un accord final », a déclaré Zarif, cité par les médias iraniens.

Selon le responsable américain, « une réunion au niveau des directeurs politiques se tiendra lundi » élargie par la suite aux vice-ministres. Selon lui, elle pourrait se tenir non pas à Genève mais à Lausanne en raison du Salon de l’automobile de Genève.

Zarif a qualifié les négociations de « sérieuses, utiles et constructives avec les pays du 5+1, en particulier avec la partie américaine ». Il a ajouté qu’il reviendra la semaine prochaine en Suisse pour participer à la prochaine session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, qui débutera lundi. « Je serais présent à cette réunion et certains ministres (des pays du groupe 5+1) seront là aussi », a-t-il précisé sans dire si de nouveaux entretiens avec ses homologues auront lieu.

Selon le responsable américain les discussions lundi prochain débuteront entre Américains et Iraniens, rejoints ensuite par les représentants des grandes puissances du groupe des 5+1 (Russie, Chine, France, Royaume-Uni Grande-Bretagne, l’Allemagne) et de l’Union Européenne.

L’annonce d’une nouvelle rencontre intervient après une série de réunions depuis vendredi à Genève entre Iraniens, Américains et représentants des 5+1, rejoints dimanche soir par Kerry et Zarif.

Ces derniers ont eu trois longs entretiens lors des dernières 48 heures.

A Washington, la Maison Blanche a une nouvelle fois estimé les chances d’aboutir à un accord « au mieux à 50/50 », selon l’expression du porte-parole de l’éxecutif, Josh Earnest lors de son point de presse quotidien lundi. « C’est une estimation honnête de la situation actuelle », a-t-il ajouté.

‘Des différences existent’

Lundi matin le principal négociateur iranien et vice-ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a souligné, cité par la télévision iranienne, que « le fossé existe toujours, les différences existent, toutes les parties négocient avec sérieux et détermination (…) mais nous n’avons pas encore de solutions complètes sur les questions clés ».

M. Zarif a, lui, quitté Genève lundi soir pour Bagdad, selon les médias iraniens, alors que M. Araghchi devait rejoindre Vienne pour rencontrer mardi le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukya Amano. L’agence onusienne enquête depuis plusieurs années sur « une possible dimension militaire » du programme iranien.

L’Iran et le groupe des 5+1 tentent de s’entendre sur un accord politique d’ici le 31 mars, qui autoriserait certaines activités nucléaires civiles, mais empêcherait Téhéran de se doter de l’arme atomique. En échange, les sanctions internationales qui pèsent sur l’économie iranienne seraient progressivement levées.

Les détails techniques devraient être finalisés avant le 1er juillet. Mais Téhéran réclame désormais un seul accord comprenant à la fois l’aspect politique et les détails.

Un des points clés de l’accord final sera la quantité d’uranium que l’Iran sera autorisé à enrichir et le nombre et type de centrifugeuses dont il pourra disposer. Conformément à un accord intérimaire signé en novembre 2013, l’Iran a dilué la moitié de son stock d’uranium enrichi à 20% dans de l’uranium enrichi à 5 %.

Le procédé d’enrichissement à 20 % est techniquement proche de celui qui permet d’enrichir au niveau nécessaire pour fabriquer la bombe atomique (90 %).

Téhéran a toujours nié vouloir se doter de l’arme atomique, assurant que son programme nucléaire ne vise qu’à fournir de l’électricité et à servir dans la recherche médicale et scientifique.

« Aujourd’hui personne ne peut prétendre que le programme nucléaire de l’Iran est de nature non pacifique », a réaffirmé pour sa part le président Hassan Rouhani, lors d’un discours devant les ministres des Sciences du mouvement des pays non-alignés (NAM), selon le site internet du gouvernement.

« Les Iraniens ont subi les pires pressions au cours des douze dernières années pour avoir cherché à exercer leurs droits en matière de science et de technologie nucléaires », a-t-il ajouté, en référence à la révélation en 2002 de l’existence en Iran d’un programme d’enrichissement d’uranium et aux négociations internationales et sanctions engagées pour stopper ce programme.

La Russie confiante quant à un accord

La Russie s’est montrée confiante mardi sur la conclusion d’un accord sur le programme nucléaire controversé de l’Iran avant la date-butoir des négociations fixées au 30 juin, selon des propos du principal négociateur russe sur le dossier iranien.

« On est de plus en plus confiant sur le fait qu’un accord sera atteint d’ici à la date limite assignée, c’est-à-dire le 30 juin », a assuré à l’agence de presse Ria-Novosti le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov.

« Nous sommes satisfaits de voir que chaque rencontre permet de progresser davantage », a également déclaré le vice-ministre, principal négociateur pour la Russie dans le groupe 5+1 qui réunit aussi les Etats-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne.

M. Riabkov s’exprimait peu après une réunion dimanche et lundi à Genève, en Suisse, entre le secrétaire d’Etat John Kerry et de son homologue iranien Mohammad Javad Zarif, et les négociateurs des autres pays du groupe 5+1.