Il reste cinq mois à l’Iran et aux grandes puissances pour conclure un accord nucléaire, mais les obstacles s’amoncellent devant des négociateurs de moins en moins optimistes face aux blocage des discussions et aux opposants dans les deux camps.

« Ceux qui s’opposent à toute forme de diplomatie entre l’Iran et les Occidentaux cherchent déjà à mettre fin au processus », explique à l’AFP Ellie Geranmayeh, spécialiste de l’Iran au sein d’un centre de recherche, le Conseil européen des affaires étrangères.

« Plus le temps passe, plus ils amassent des munitions », insiste-t-elle.

Après plus d’un an de discussions, les responsables iraniens dénoncent le manque de « flexibilité » et de « volonté politique » de leurs interlocuteurs occidentaux, mais offrent peu de solutions pour boucler un compromis d’ici la date butoir du 1er juillet.

Les négociateurs butent notamment sur la taille du programme d’enrichissement d’uranium que Téhéran pourra à terme exploiter dans le cadre d’une filière nucléaire dont la nature pacifique sera garantie.

Mais de nouveaux obstacles sont récemment apparus.

A Washington, le Congrès à majorité républicaine presse pour imposer de nouvelles sanctions économiques, malgré les appels de la Maison Blanche à laisser du temps à la diplomatie.

En réponse, les députés iraniens menacent de voter deux textes, l’un abrogeant l’accord intérimaire signé en novembre 2013 à Genève, l’autre relançant le programme d’enrichissement d’uranium à grande échelle.

Sans compter l’invitation du Congrès à Benjamin Netanyahu : convié à la tribune début mars, le Premier ministre israélien devrait plaider contre tout accord avec Téhéran.

Israël considère les ambitions nucléaires de Téhéran comme une menace pour son existence et dénonce les concessions accordées à la République islamique depuis l’accord de Genève, qui gèle certaines activités nucléaires iraniennes en échange d’une levée partielle des sanctions occidentales.

« Nous avons un accord intérimaire qui ouvre la possibilité d’atteindre un accord général. Si quelqu’un devait le torpiller, il se retrouverait isolé par la communauté internationale, que ce soit le Congrès américain ou n’importe qui », a averti le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, lors du récent forum de Davos.

Coup de pouce

Il peut compter sur le soutien d’autres membres du groupe des 5+1, qui rassemble, outre les Etats-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, la Russie et l’Allemagne.

« Ajouter de nouveaux obstacles à ce stade critique des négociations (…) nuirait aux efforts que nous menons en ce moment décisif », ont écrit les ministres allemand, français et britannique des Affaires étrangères et la chef de la diplomatie de l’UE dans une tribune publiée par le Washington Post.

Deux sénateurs américains, le Républicain Mark Kirk et le Démocrate Robert Menendez, ont annoncé qu’ils attendraient le 24 mars pour présenter leur texte prévoyant de nouvelles sanctions. Mais d’ici là, « Menendez pourra d’autant plus récolter des suffrages qu’il n’y aura pas de progrès dans les discussions », dit Mme Geranmayeh.

Et à Téhéran, l’atmosphère s’est alourdie depuis que 21 députés ont demandé à Zarif de s’expliquer sur sa balade dans les rues de Genève avec son homologue américain John Kerry, en marge d’une récente séance de négociations.

« L’opposition à cet accord a toujours eu des soutiens puissants et bruyants à Téhéran et à Washington, mais les deux gouvernements doivent être au-dessus de la mêlée s’ils veulent conclure », souligne Siavush Randjbar-Daemi, spécialiste de l’Iran à l’Université de Manchester.

Les deux ministres, qui doivent se retrouver en fin de semaine à Munich, « doivent en discuter directement, espérons-le avec des balades moins polémiques », ajoute-t-il.

L’analyste iranien Amir Mohebbian, un temps proche des conservateurs, considère toutefois que ces menaces pourraient finalement « donner un coup de pouce » aux discussions.

Le président iranien Hassan Rouhani doit reprendre l’initiative pour parvenir à un accord final et à la levée des sanctions, des promesses faites lors de sa campagne en 2013, s’il ne veut pas décevoir son électorat, impatient de voir le retour de la prospérité.

Son discours prévu le 11 février, pour le 36e anniversaire de la Révolution islamique, « pourrait être le bon moment pour envoyer un message positif à la population », selon Mohebbian.