L’Union européenne (UE) a contacté de manière informelle l’équipe de Donald Trump pour dissiper tout « malentendu » au sujet de l’accord sur le nucléaire iranien, vivement critiqué par le président élu américain, a indiqué mardi une source diplomatique européenne.

Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l’UE, avait insisté lundi sur le fait que les Européens se conformeraient à cet accord « extrêmement important », démontrant à ses yeux que la diplomatie était efficace.

Signé en juillet 2015 par Téhéran et six grands pays (Etats-Unis, Chine, Russie, Allemagne, France et Royaume-Uni), l’accord est fragilisé par les critiques récurrentes de Donald Trump.

Dans un entretien à deux quotidiens européens, Trump avait dit y voir « un des pires accords jamais conclus, […] un des plus stupides », tout en refusant de dire s’il allait ou non le remettre en question.

Son futur ministre de la Défense, le général James Mattis, a cependant souligné la semaine dernière que l’accord était certes « imparfait » mais que « quand l’Amérique donne sa parole, nous devons la respecter et travailler avec nos alliés ». Il demandera toutefois au Congrès de surveiller une éventuelle triche de Téhéran.

Les contacts pris par l’UE avec la future administration américaine visaient à expliquer « la valeur ajoutée de l’accord », selon la source diplomatique européenne, qui n’a pas souhaité être identifiée.

La chef de la politique étrangère de l'UE Federica Mogherini répondant aux journalistes à l'ONU, le 30 septembre 2015.  (Crédit : Raphael Ahren)

La chef de la politique étrangère de l’UE Federica Mogherini répondant aux journalistes à l’ONU, le 30 septembre 2015. (Crédit : Raphael Ahren)

« Il y a eu beaucoup de malentendus. Il s’agit d’un accord multilatéral : donc si une partie s’en écarte, les autres peuvent faire de même », a-t-elle ajouté, précisant que l’UE « travaillait main dans la main avec la Chine et la Russie » sur ce dossier.

« Nous considérons cet accord comme très important, comme ayant permis d’éviter une potentielle crise majeure dans la région », a-t-elle aussi souligné.

Le 16 janvier 2016, une grande partie des sanctions internationales frappant l’Iran ont été levées en échange de la limitation de son programme nucléaire, comme l’avait prévu l’accord signé six mois plus tôt.

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, a confirmé lundi que Téhéran avait bien transféré « toutes les centrifugeuses et équipements excédentaires de son site d’enrichissement de Fordo » au site de Natanz, pour « stockage ».

Cet élément crucial de l’accord – les centrifugeuses permettant d’enrichir de l’uranium à des fins civiles mais aussi potentiellement militaires – devait être appliqué un an au plus tard après son entrée en vigueur.

Le réacteur nucléaire d'Arak en Iran, en 2012. (Crédit : Nanking2012/CC BY/WikiCommons)

Le réacteur nucléaire d’Arak en Iran, en 2012. (Crédit : Nanking2012/CC BY/WikiCommons)

Le président américain sortant Barack Obama a lui aussi défendu lundi l’accord sur le nucléaire iranien, et adressé une mise en garde voilée à son successeur contre son éventuel démantèlement.

« Les Etats-Unis doivent se souvenir que cet accord fut le résultat d’années de travail et représente un accord entre les grandes puissances mondiales, pas seulement entre les Etats-Unis et l’Iran », a déclaré Barack Obama dans un communiqué.

« En outre, l’accord iranien doit être comparé aux options alternatives ; une résolution diplomatique qui empêche l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire est de loin préférable à un programme nucléaire iranien libre, ou une autre guerre au Moyen Orient », a ajouté le président démocrate.

Barack Obama, qui passera le pouvoir vendredi au républicain Donald Trump à Washington, estime que l’accord « a produit des résultats significatifs et concrets » et amélioré la sécurité dans le monde.

Enumérant les engagements iraniens, il estime que « l’Iran respecte ses engagements, prouvant que la diplomatie fonctionne ».

Le président américain Barack Obama pendant sa conférence de presse annuelle à la Maison Blanche, le 16 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/AFP)

Le président américain Barack Obama pendant sa conférence de presse annuelle à la Maison Blanche, le 16 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/AFP)

Rappelant que l’Iran restait sanctionné pour des violations de droits de l’homme, le « soutien de groupes terroristes » et son programme de missiles balistiques, Obama a souligné : « il n’y a aucun doute que les défis auxquels nous faisons face avec l’Iran seraient bien pires si l’Iran était au seuil de production d’armes nucléaires. »

Le président iranien Hassan Rouhani a annoncé mardi que l’Iran refusera de « renégocier » l’accord nucléaire si Trump en faisait la demande.

« L’accord nucléaire est terminé, il a été approuvé au Conseil de sécurité de l’ONU et est devenu un document international. C’est un accord multilatéral et cela n’a pas de sens de vouloir le renégocier », a déclaré Rouhani en réponse à une question sur une éventuelle demande de Trump en ce sens.

« M. Trump, le président élu, a eu différentes déclarations disant que l’accord nucléaire ne le satisfaisait pas, que ce n’était pas un bon accord ou encore que c’était le pire accord, a déclaré Rouhani. Ce sont plutôt des slogans. »

« Et je ne pense pas que lorsqu’il entrera à la Maison Blanche, il se passera quelque chose », a ajouté le président iranien.