Pour la première fois, des représentants américains et iraniens vont officiellement se rencontrer en bilatéral lundi à mardi à Genève pour discuter du programme nucléaire iranien controversé.

L’annonce de cette rencontre surprise a été faite samedi par les Iraniens. Washington a confirmé laconiquement la rencontre sans commentaire, en ajoutant toutefois qu’il n’y aura aucun point presse.

C’est la première fois que Téhéran mène des discussions bilatérales officielles hors des séances des négociations avec le groupe 5+1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne).

Des négociations secrètes s’étaient cependant déjà tenues pendant de longs mois à Oman entre Téhéran et Washington en 2013, dans l’espoir de relancer les discussions officielles.

Ni le lieu ni le programme des rencontres de Genève n’ont été annoncés. Dans les milieux diplomatiques, on s’attend cependant que les rencontres aient lieu à l’hôtel Intercontinental, prisé par les Iraniens.

Les discussions seront focalisées sur la levée des sanctions américaines en cas d’accord définitif sur le nucléaire iranien, que les deux parties souhaitent conclure d’ici le 20 juillet.

En janvier dernier, un accord préliminaire est entré en vigueur sur la levée des sanctions, en échange de la limitation de l’enrichissement d’uranium. L’accord, valable 6 mois le temps d’élaborer un texte définitif, se termine en principe le 20 juillet. Il peut cependant être prolongé.

La diplomate en chef de l’Union européenne, Catherine Ashton, qui mène les négociations au nom des pays du groupe 5+1 (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne), sera représentée à Genève lundi et mardi par son adjointe, Mme Helga Schmid.

L’accord global que les 5+1 cherchent à conclure avec l’Iran devrait régler une crise entre Téhéran et la communauté internationale, qui dure depuis plus de 10 ans.

Côté américain, la délégation qui viendra lundi à Genève sera conduite par le sous-secrétaire d’État William Burns, qui avait déjà participé aux négociations secrètes à Oman.

Après les discussions genevoises, une rencontre bilatérale est également prévue par les Iraniens avec la Russie, mais à Rome cette fois-ci, soit mercredi et jeudi.

La levée des sanctions point clef

« L’Iran aura des négociations avec tous les membres du groupe 5+1 mais les Etats-Unis sont le principal et le plus important interlocuteur car ce sont les Américains qui ont créé tout ce brouhaha à propos du programme nucléaire pacifique de l’Iran », a déclaré à l’AFP Cyrus Nasseri, membre de l’équipe de négociateurs nucléaires entre 2003 et 2005 lorsque l’actuel président Hassan Rouhani était en charge des négociations.

« Toute la question est de savoir si les Etats-Unis sont désormais prêts à faire le pas et accepter une solution raisonnable gagnant-gagnant pour les deux parties. Autrement dit à avaler les couleuvres après dix ans d’accusations sans fondement contre le programme nucléaire iranien », a-t-il ajouté.

Les dirigeants iraniens, y compris le président Rouhani ont répété ces dernières semaines que l’Iran ne renoncera pas à ses droits nucléaires, notamment posséder un « programme de production de combustible nucléaire » pour ses futures centrales et réacteurs.

Mais pour Téhéran, il s’agit aussi de discuter des modalités de la levée des sanctions économiques.

« L’un des principaux sujets de discussions (avec les Etats-Unis, ndlr) est comment défaire la toile d’araignée des sanctions pour permettre à l’Iran de rétablir ses relations économiques avec le reste du monde », estime encore M. Nasseri, qui se dit en tout cas optimiste sur les négociations.

Officiellement, Téhéran a indiqué que les réunions bilatérales ont pour but de préparer la prochaine session avec les 5+1, prévue du 16 au 20 juin à Vienne, et ajouté que des bilatérales avec d’autres membres du groupe étaient en préparation.

Selon une source diplomatique française, la réunion de Genève évoquera des « aspects spécifiquement américains concernant la levée des sanctions en cas d’accord ». Cette réunion est « concertée » avec l’ensemble du 5+1.

Depuis le 20 janvier, plusieurs séries de discussions ont été menées entre l’Iran et les grandes puissances pour mettre fin à dix ans de crise sur la question nucléaire, mais la dernière séance, en mai à Vienne, s’est achevée sans résultat.

L’étendue du programme d’enrichissement (nombre de centrifugeuses et niveau de la production d’uranium enrichi), le réacteur à eau lourde d’Arak, capable de produire du plutonium, et le site d’enrichissement de Fordo, souterrain et difficile à détruire, sont les principaux sujets de discorde.