L’annonce d’un accord cadre avec Téhéran va assurément le conforter dans sa méthode: donner sa chance au dialogue, même avec les ennemis de l’Amérique.

S’il transforme l’essai d’ici fin juin, à moins de deux ans de son départ de la Maison Blanche, le 44e président des Etats-Unis aura marqué des points face à ses rivaux qui dénoncent son indécision –voire sa naïveté– et son absence de résultats tangibles sur la scène internationale.

Dans un monde en « grand désordre », selon ses termes à la tribune de l’ONU, Obama est contraint de constater les déraillements, blocages ou revers sur des dossiers sur lesquels son administration nourrissait de réels espoirs, de l’Irak au Yémen, en passant par le processus de paix israélo-palestinien, complètement à l’arrêt.

Mais il peut encore espérer aboutir, d’ici trois mois, à un accord international inédit visant à s’assurer que l’Iran ne se dote pas de la bombe atomique. Un tel texte marquerait le début d’un nouveau chapitre 35 ans après la rupture des relations diplomatiques entre Washington et Téhéran.

Répondant par avance aux critiques jeudi dans les jardins de la Maison Blanche, il a une nouvelle fois fait sienne la célèbre phrase de John F. Kennedy : « Ne négocions jamais sous l’emprise de la peur. Mais n’ayons jamais peur de négocier ».

Il a mis en application ce principe de façon spectaculaire –et inattendue– avec Cuba en annonçant mi-décembre un rapprochement avec La Havane, constatant l’échec d’un demi-siècle d’isolement du régime communiste.

En juillet 2007, au début de sa première campagne présidentielle, marquant sa différence avec George W. Bush, le jeune candidat démocrate affirmait déjà être prêt à engager un dialogue direct avec l’Iran, le Venezuela, Cuba ou encore la Corée du Nord, en dépit de désaccords profonds, en particulier sur les droits de l’homme.

« L’idée selon laquelle ne pas parler avec certains pays est une punition pour eux est ridicule », lançait-il. « Les sanctions sans main tendue et les condamnations sans discussions » sont vouées à l’échec, déclinait-il deux ans plus tard en recevant, le 10 décembre 2009 à Oslo, un prix Nobel de la paix controversé.

Nixon et Reagan

Sur l’Iran, Obama a poussé loin cette logique. Le 27 septembre 2013, il franchissait un cap longtemps impensable: une conversation téléphonique avec son homologue iranien Hassan Rouhani, une première depuis la révolution islamique de 1979.

C’est précisément ce que lui reproche ses adversaires, sur l’Iran comme sur nombre d’autres dossiers : en martelant son attachement à la politique de la main tendue, le président place, de facto, les Etats-Unis dans une position de faiblesse, arguent-ils.

Le conservateur John Bolton, ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies sous George W. Bush, a ainsi dénoncé avec force « la fascination » d’Obama pour un accord sur le nucléaire iranien et les « concessions toujours plus importantes » de Washington.

Conscient de l’âpre opposition à laquelle il va se heurter au Congrès, Obama a cité jeudi l’exemple de deux prédécesseurs républicains. Richard Nixon et Ronald Reagan, ont, au coeur de la Guerre froide, conclu des accords historiques sur le désarmement avec l’Union soviétique « un adversaire beaucoup plus dangereux », a-t-il souligné.

« Ces accords n’étaient pas parfaits. Ils n’ont pas mis fin à toutes les menaces. Mais ils ont rendu notre monde plus sûr. Il en sera de même d’un bon accord avec l’Iran ». Reste à savoir s’il s’agit bien d’un bon accord…

Et face aux nombreux élus du Congrès opposés à son approche, le président américain entend jouer la carte de l’opinion publique. Selon un sondage réalisé par le Pew Center juste avant la fin des négociations à Lausanne, en Suisse, 49 % des Américains sont favorables à des négociations directes avec l’Iran (40 % sont contre).

Il sait aussi qu’il devra, dans les semaines à venir, tenter de rassurer ses alliés dans la région, Israël et Arabie Saoudite en tête, peu enclins à faire confiance à Téhéran.

Pour Dennis Ross, ex-conseiller d’Obama pour le Proche-Orient, « même un mauvais accord pourrait être mieux que toutes les alternatives disponibles ».

Cependant, écrit-il dans une tribune publiée par le Washington Institute, plutôt que de mettre en doute les motivations de ceux qui s’interrogent sur la valeur d’un tel accord, l’administration Obama devrait répondre aux inquiétudes légitimes qu’il suscite.

Ce faisant, il renvoie aussi à une critique récurrente adressée à la « méthode Obama » : un président sûr de son fait, plus proche du « professeur de droit » que du leader politique, qui va de l’avant mais fait peu d’efforts pour convaincre ses adversaires et rassembler autour de ses convictions.