Les négociateurs du dossier nucléaire iranien se préparent à un nouveau week-end de pourparlers, des « obstacles » compromettant toujours la perspective d’aboutir à un accord historique après 14 jours de discussions acharnées à Vienne.

Le chef de la diplomatie britannique Philip Hammond l’a annoncé à la mi-journée vendredi : les pourparlers progressent mais restent « péniblement lents », et les ministres doivent se retrouver samedi pour tenter de « surmonter les derniers obstacles ».

Les principaux acteurs de la négociation, l’Américain John Kerry et l’Iranien Mohammad Javad Zarif, se sont rencontrés une nouvelle fois vendredi matin, après avoir l’un et l’autre laissé entendre qu’un accord n’avait rien d’imminent.

Interpellé par des journalistes à l’issue de cette réunion, lors d’une de ses apparitions sur le balcon du palais Coburg, où se tiennent les tractations, Zarif a indiqué penser devoir rester tout le week-end encore à Vienne. Et le lundi ? « Je n’espère pas », a-t-il souri.

L’Iran et les grandes puissances du P5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) sont réunis depuis deux semaines dans la capitale autrichienne pour tenter de conclure un accord dans ce dossier qui empoisonne les relations internationales depuis plus de douze ans.

Les négociations, engagées il y a près de deux ans et initialement censées aboutir pour la date butoir du 30 juin à Vienne, ont été déjà prolongées à deux reprises en raison de la persistance de désaccords fondamentaux, le dernier délai en date s’achevant théoriquement vendredi soir.

En pratique, trois scénarios s’offrent à terme aux négociateurs si aucun accord ne se profile : une nouvelle prolongation du round viennois, éventuellement assortie d’une « pause », une déclaration d’échec – jugée peu probable par les observateurs en raison des enjeux et des efforts déployés – ou un report des pourparlers, une hypothèse longtemps taboue.

Une poursuite des débats samedi ou au-delà nécessitera une nouvelle prolongation technique, vendredi, de l’accord intérimaire conclu en novembre 2013 et servant de cadre légal au processus. Cet accord a mis en place un gel partiel des sanctions en échange de la suspension de certaine activités nucléaires de Téhéran.

« Vu que les travaux sont extrêmement techniques et les enjeux très, très élevés, on ne se précipitera pas et on ne se laissera pas précipiter vers un accord », a indiqué jeudi Kerry, soulignant que les Etats-Unis ne resteraient toutefois pas « à la table de négociations pour toujours ».

« Si les décisions difficiles ne sont pas prises, nous sommes tout à fait préparés à mettre fin au processus », a-t-il prévenu.

Mais les responsables iraniens répondent qu’il revient « aux Occidentaux de prendre les décisions nécessaires ». Dans la nuit de jeudi à vendredi, Zarif a même fait monter d’un cran la tension en déplorant des « demandes excessives » et même « des changements de positions » de l’autre camp.

Selon la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, « les parties ont la marge de manœuvre politique pour prendre des décisions politiques ».

L’hypothèse d’une ‘pause’

L’accord est destiné à garantir la nature strictement pacifique du programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions internationales qui étouffent l’économie de ce pays.

« Si les points de désaccord restants ne sont pas réglés d’ici à la fin du week-end, une pause semble inévitable », estime l’analyste Ali Vaez, de l’International Crisis Group.

En dépit des progrès accomplis, que toutes les délégations s’accordent à reconnaître, plusieurs points restent non résolus.

Téhéran réclame notamment la levée des restrictions sur les armes et sur son programme balistique. Il s’agit d’une des mesures figurant parmi la série de sanctions adoptées depuis 2006 par le Conseil de sécurité de l’ONU, mais l’Iran argue que cet embargo n’a rien à voir avec le dossier nucléaire.

Moscou a apporté un soutien de poids aux demandes iraniennes en souhaitant la levée « dès que possible » de cet embargo, un des points de crispation de la négociation. Un responsable iranien a affirmé que la Chine soutenait également cette position.

Les Occidentaux, tout en convenant que chaque pays a un programme militaire conventionnel, jugent qu’une levée de l’embargo sur les armes maintenant serait difficile à faire passer politiquement, en raison du contexte régional.

Autres principaux points de désaccord : le rythme de levée des sanctions, l’inspection des sites militaires iraniens et la durée de l’accord.

Washington comme Téhéran refusent de se précipiter

Presque au même moment, son homologue iranien Mohammad Javad Zarif twittait : « nous travaillons dur, mais sans précipitation. On ne change de pas de cheval au milieu du gué ».

« Combien de temps allez vous rester à Vienne ? » ont hurlé, un peu plus tard, les journalistes à Zarif, apparu au balcon du palace. « Aussi longtemps que nécessaire », a répondu ce dernier.

Sorti quelques minutes avant Kerry pour parler à la presse, le Français Laurent Fabius avait lui annoncé que les discussions allaient se poursuivre dans la nuit.

« Les choses vont tout de même dans le bon sens. J’espère que nous allons parcourir les mètres qui restent », a-t-il déclaré, soulignant qu’il « y a encore du travail à faire ».

Accord encore insaisissable

Si le texte d’un accord n’est pas soumis au Congrès américain ce vendredi 10 juillet à 04H00, cela retardera d’au moins deux mois, vacances parlementaires obligent, sa mise en application.

En outre, vendredi à minuit, le cadre légal des négociations offert par l’accord cadre conclu en novembre 2013 entre les grandes puissances et l’Iran, expire. Les mesures prévues par cet accord cadre, qui instaure un gel de certaines activités nucléaires iraniennes en échange d’une levée partielle de sanctions ont déjà été renouvelées pour une semaine puis pour trois jours depuis le début de la négociation de Vienne, le 27 juin dernier.

Toutefois, « nous ne devrions pas nous lever et partir parce que l’horloge sonne minuit », a souligné Kerry, laissant entendre que les négociations n’étaient soumises à aucune échéance précise.

Treize jours après la reprise formelle à Vienne des négociations entre les grandes puissances et l’Iran, l’accord se dérobe toujours en dépit des progrès accomplis, que toutes les délégations s’accordent à reconnaître.

La communauté internationale veut placer le programme nucléaire iranien sous étroit contrôle, afin de s’assurer que Téhéran ne cherche pas à se doter de la bombe atomique, en échange d’une levée de sanctions imposées depuis une décennie.

Les négociateurs ont un texte sur la table, comprenant une centaine de pages dont cinq annexes techniques. Mais les choix les plus difficiles restent à faire.

Les discussions vont donc se poursuivre dans la nuit de jeudi à vendredi entre les chefs de la diplomatie.

Seuls manquent à l’appel le Russe Sergueï Lavrov et le Chinois Wang Yi, tous deux présents à Oufa, en Russie, pour le sommet des pays émergents des Brics.

Sommet auquel participe également le président iranien Hassan Rouhani, qui, lors d’une conférence de presse avec Vladimir Poutine, a remercié Moscou « pour ses efforts pour faire avancer la négociation ».

L’Iran accuse les Occidentaux de changer de position

Un haut responsable iranien a accusé jeudi soir les puissances occidentales de changer de position en cours de négociation, alors que la perspective d’un accord sur le nucléaire est toujours incertaine au treizième jour de discussions à Vienne.

« Nous constatons certains changements de position sur un grand nombre de questions malheureusement », a déclaré cette source, estimant que « cela rendait les choses plus difficiles ».

« Chaque pays a ses propres lignes rouges… Une ligne rouge pour les Etats-Unis, une autre pour la Grande-Bretagne, une autre pour la France ou l’Allemagne », a ajouté ce responsable, renvoyant la balle dans le camp des grandes puissances.

Téhéran et les pays du P5+1 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie Chine et Allemagne) sont engagés depuis des mois dans une négociation pour conclure un accord historique sur le nucléaire iranien.

Celle-ci était censée aboutir le 30 juin mais est repoussée de jour en jour, les discussions butant toujours sur des points clés.

Un accord était espéré pour le 9 juillet, échéance à laquelle un texte aurait pu être présenté au Congrès américain et examiné dans les 30 jours, mais cet objectif semblait hors d’atteinte, les discussions étant appelées à se poursuivre vendredi, voire au-delà.

« Nous aurions préféré ne pas rater la date butoir mais notre objectif prioritaire est d’obtenir un bon accord », a affirmé le haut responsable iranien, ajoutant que l’issue des pourparlers restait « ouverte » et dépendait des « choix politiques » que feraient les grandes puissances. En fonction de ces choix, « un accord est à portée de main », a-t-il assuré.

La communauté internationale veut placer le programme nucléaire iranien sous étroit contrôle pour s’assurer que Téhéran ne cherchera pas à se doter de la bombe atomique, en échange d’une levée des sanctions internationales.

un « compromis sera trouvé bientôt », déclare Poutine

Un « compromis » sur le programme nucléaire iranien « sera bientôt trouvé » aux discussions entre l’Iran et les grandes puissances, qui négocient depuis 14 jours à Vienne en vue d’aboutir à un accord historique, a estimé vendredi le président russe Vladimir Poutine.

« Un compromis doit être trouvé. A mon avis, il sera trouvé bientôt », a déclaré Poutine, lors d’une conférence de presse à Oufa, à l’issue d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS).