Un « embarras » pour les Etats-Unis : Donald Trump a eu des mots durs la semaine dernière à l’ONU contre l’accord nucléaire iranien, qu’il veut « déchirer », renégocier, ou au moins compléter. Mais le flou persiste sur la stratégie américaine et ses chances de réussite.

D’autant que l’Iran et les autres signataires (Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) défendent cet accord historique conclu en 2015 pour garantir le caractère pacifique du programme nucléaire iranien, contre une levée de sanctions.

Que critiquent les Américains ?

Le président américain accuse l’ex-administration démocrate de Barack Obama d’avoir fait preuve de faiblesse, acceptant que certaines restrictions tombent progressivement à partir de 2025. Cela « ne fait que remettre le problème à plus tard », peste-t-on côté américain.

Le contrôle du respect du texte est aussi en cause, bien qu’il soit globalement jugé très strict : pour les Etats-Unis, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) devrait pouvoir étendre ses inspections à plusieurs sites militaires. Du coup, l’AIEA a beau certifier constamment que Téhéran tient ses engagements, Washington n’y voit qu’un respect « technique » voire « tactique ».

Car les Américains accusent les Iraniens de violer « l’esprit » du pacte, à savoir le vœu qu’il contribue à « la paix et à la sécurité régionales ».

La liste de leurs griefs est longue, détaille un haut responsable du département d’Etat, Brian Hook : essais de missiles – le dernier annoncé samedi -; « soutien au terrorisme » ou « à l’extrémisme » qui « déstabilisent » le Moyen Orient (Syrie, Liban, Yémen, Bahreïn) ; « hostilité implacable envers Israël » ; cyber-attaques ; violations des droits de l’Homme…

L'Iran a annoncé, le samedi 23 septembre 2017, avoir testé avec succès un nouveau missile, ayant une portée de 2 000 km, capable d'atteindre les bases israéliennes et américaines dans le Golfe. (Crédit : capture d'écran / PressTV)

L’Iran a annoncé, le samedi 23 septembre 2017, avoir testé avec succès un nouveau missile, ayant une portée de 2 000 km, capable d’atteindre les bases israéliennes et américaines dans le Golfe. (Crédit : capture d’écran / PressTV)

Que va faire Donald Trump ?

Une loi oblige le président américain à dire au Congrès, tous les 90 jours, si l’Iran respecte l’accord, et si la levée des sanctions est bien dans l’intérêt national des Etats-Unis. Il a jusqu’ici « certifié » l’accord mais a fait savoir que l’échéance cruciale serait la prochaine, le 15 octobre.

A l’ONU, Donald Trump a dit avoir pris sa décision mais sans la dévoiler.

Les alliés européens et les autres puissances s’inquiètent : en cas de « non-certification », les parlementaires américains auront 60 jours pour éventuellement réimposer des sanctions levées contre l’Iran.

Une « non-certification » serait-elle fatale pour l’accord ?

Le département d’Etat américain veut croire qu’il n’y aura aucun impact « automatique » sur l’accord lui-même, et fait valoir que personne ne sait ce que fera le Congrès. Mais un retour des sanctions serait vu par Téhéran comme une violation du pacte, que les Iraniens pourraient donc juger caduc.

« Certains pensent que Trump devrait ‘dé-certifier’ l’accord car cela rendrait les Européens tellement nerveux qu’ils seraient sous pression » pour accéder aux demandes américaines, explique Robert Einhorn, du centre de réflexion Brookings Institution. « Mais en fait on ne sait pas quelles seraient les conséquences d’une non-certification. »

Et même s’il re-certifie mi-octobre, ce sera « le même psychodrame tous les trois mois », prévient un diplomate européen.

Que faire ensuite ?

Les Etats-Unis ont été clairs sur un point : ils veulent « revisiter » l’accord pour remédier à ses « carences » et prendre en compte les « autres activités néfastes non-nucléaires » de l’Iran.

Mais comment ? « A l’ONU, le président Trump a fait dans la grandiloquence mais pas dans la clarté », déplore Jeff Prescott, conseiller du groupe de pression Diplomacy Works qui défend l’accord.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Donald Trump au Palace Hotel, lors de la 72e Assemblée générale de l'ONU à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

Le président français Emmanuel Macron et son homologue américain Donald Trump au Palace Hotel, lors de la 72e Assemblée générale de l’ONU à New York, le 19 septembre 2017. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

« Je lui ai demandé la position de substitution qui était la sienne » en cas de dénonciation, « je ne l’ai pas comprise », a avoué le président français Emmanuel Macron après un entretien avec Donald Trump.

Interrogé sur la stratégie américaine, le diplomate Brian Hook a expliqué que Washington n’en était qu’au début de ses consultations internes et avec ses alliés, ne contribuant pas à la clarifier.

Renégocier ou compléter ?

Les Européens ne veulent pas rouvrir un texte âprement négocié pendant plus d’une décennie. Opposé à toute renégociation, le président iranien Hassan Rouhani a aussi mis en garde : « Retirer une seule brique ferait s’effondrer tout l’édifice. »

Mais l’idée qui a semblé émerger à l’ONU, côté américain avec un soutien plus ou moins clair de Paris, est d’apporter des « compléments » à l’accord. Ajouter « deux ou trois piliers » sur les missiles, l’après-2025 et le rôle de Téhéran au Moyen Orient, a dit Emmanuel Macron.

« Il est possible de compléter l’accord sans le renégocier entièrement », « même si ce sera difficile », estime Behnam Ben Taleblu, du groupe de pression conservateur Foundation for Defense of Democracies, hostile à l’accord actuel.

Problème : « Vouloir tout mélanger, c’est prendre le risque de tout perdre » alors que l’accord interdit à l’Iran de se doter de la bombe atomique, relève un diplomate français. Moscou a aussi appelé à ne pas « mélanger les torchons et les serviettes. »

Pour Behnam Ben Taleblu, Washington doit avant tout « trouver une position commune avec les autres grandes puissances ». « La clé pour l’administration Trump serait de convaincre les Européens de soutenir sa position », renchérit Robert Einhorn. A l’ONU cette semaine, cette perspective semblait très lointaine.