Chacun aborde avec une bonne dose de prudence ces négociations, susceptibles de mettre un terme à une bataille de plus de dix ans entre l’Iran et la communauté internationale.

Le régime islamique est soupçonné de vouloir se doter de l’arme atomique sous couvert de son programme civil, ce qu’il nie farouchement.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a dit s’attendre à des négociations « difficiles ». Pour le président américain Barack Obama, les chances de conclure un accord définitif se situent à 50-50.

La réunion, prévue pour durer trois jours, est la première d’une série dont le calendrier et le cadre restent à fixer. M. Zarif y fera face à des diplomates de haut rang des pays membres du conseil de sécurité des Nations unies -Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France- et de l’Allemagne, le groupe des 5+1. Le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, y participera également.

Catherine Ashton (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Catherine Ashton (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Toute la complexité d’un accord « global » sera de trouver des solutions permettant à l’Iran de poursuivre certaines activités nucléaires -y compris peut-être un enrichissement d’uranium auquel le pays refuse catégoriquement de renoncer – tout en s’assurant que cette technologie ne sera pas détournée à des fins militaires, selon des diplomates.

S’il veut obtenir la levée de l’ensemble des sanctions internationales, l’Iran devra probablement fermer son site d’enrichissement de Fordo, enfoui sous une montagne, réduire le nombre de ses centrifugeuses, qui servent à enrichir l’uranium, et enterrer définitivement son projet de réacteur à eau lourde d’Arak, dont il pourrait tirer du plutonium utilisable dans la mise au point d’une bombe.

« Nous leur disons : vos capacités d’enrichissement sont incompatibles avec votre parc nucléaire civil qui est déjà approvisionné, elles sont démesurées étant donné que vous affirmez ne pas avoir  d’objectifs militaires », explique un diplomate occidental.

Conjuguées à des inspections plus fréquentes de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ces mesures entraveraient considérablement la capacité de l’Iran à se constituer un arsenal nucléaire.

L’un des négociateurs iraniens, Hamid Baïdinejad, a toutefois averti dimanche que l’Iran refuserait d’être privé du droit d’utiliser les centrifugeuses de nouvelle génération actuellement en phase de test.

Concernant Arak, Téhéran est prêt a étudier « des mesures techniques pour le combustible produit afin de lever les inquiétudes » occidentales, a précisé M. Baïdinejad.

La tâche des négociateurs est encore compliquée par le fait qu’ils doivent composer avec les pressions des farouches opposants à tout compromis, à Washington, à Téhéran et en Israël, considéré comme la seule puissance nucléaire du Moyen Orient.

« Le problème est que les deux parties ont des partisans de la ligne dure qui ne participent pas aux négociations et qu’il faudra satisfaire », déclare Richard Dalton, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne à Téhéran, désormais membre du think-tank Chatham House.

Si l’accord de Genève, rendu possible grâce à l’offensive diplomatique du président modéré Hassan Rohani, avait permis de sortir d’une impasse interminable, toute les plaies ne sont pas pour autant pansées.

« La plus grande difficulté vient de l’absence de confiance » envers les Etats-Unis, a récemment déclaré M. Zarif, après que Washington eut étoffé sa liste noire de personnes ou entités soupçonnées de contourner les sanctions contre Téhéran.

Les récentes déclarations du secrétaire d’Etat américain John Kerry sur des options militaires « prêtes et préparées » si Téhéran ne respectait pas l’accord de Genève ont aussi contribué à refroidir l’ambiance. « L’option d’une action militaire contre l’Iran n’existe sur aucune table du monde », avait répliqué Hassan Rouhani.