L’Iran n’aura jamais le droit de posséder la bombe atomique parce qu’il est signataire du Traité de non-prolifération (TNP), a affirmé mercredi le chef de la diplomatie américaine John Kerry, à cinq semaines de la date butoir des négociations sur le nucléaire iranien.

« L’Iran a interdiction pour toujours de fabriquer une arme nucléaire, c’est la nature de l’adhésion au Traité de non-prolifération dont il est membre », a déclaré le secrétaire d’Etat devant une commission du Congrès des Etats-Unis.

La République islamique est en effet signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, un texte multilatéral du 1er juillet 1968. Téhéran a toutefois été accusé de ne pas respecter ce traité fondamental du droit international, en dissimulant une partie de son programme d’enrichissement d’uranium.

Mardi, John Kerry avait averti l’Iran que le moment de vérité approchait pour prouver au monde qu’il ne cherche pas à acquérir la bombe.

Téhéran et les grandes puissances du groupe 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) ont de fait jusqu’au 31 mars pour sceller un accord historique sur le programme nucléaire iranien controversé.

Les négociateurs doivent encore se retrouver en début de semaine en Suisse, probablement en présence une nouvelle fois de John Kerry et de son homologue iranien Mohammad Javad Zarif.

Sur la base d’un accord provisoire de novembre 2013, le 5+1 et Téhéran tentent d’élaborer un texte définitif qui autoriserait Téhéran à mener certaines activités nucléaires civiles mais qui l’empêcherait de se doter de la bombe atomique. En échange, les Iraniens obtiendraient la levée des sanctions internationales.

La République islamique revendique son droit à une filière nucléaire civile complète et assure que son programme ne recèle pas de dimension militaire. Les grandes puissances exigent qu’elle limite ses capacités techniques de façon à rendre cette option militaire impossible.

La conseillère à la sécurité nationale de la Maison Blanche Susan Rice a réaffirmé mardi soir que tout éventuel accord s’appliquerait « par étapes » : l’Iran « ne va pas pouvoir convaincre quiconque dès le premier jour qu’il a mis fin à l’enrichissement », a-t-elle déclaré sur la télévision américaine PBS.

« Ils vont devoir prouver au fil du temps, par leurs actions qui seront validées, qu’ils tiennent bien leurs engagements. Ce sera donc un processus par étapes, quelle que soit la manière dont vous le découpez », a expliqué la conseillère du président Barack Obama.

Les Etats-Unis et l’Iran « ont un intérêt commun » contre l’Etat islamique

Les Etats-Unis et l’Iran ont de facto « un intérêt commun » à lutter contre le groupe radical sunnite Etat islamique, a admis mercredi le secrétaire d’Etat John Kerry, même s’ils ne coopèrent pas militairement contre cette organisation.

« Nous avons au moins un intérêt commun, mais pas de coopération », a déclaré M. Kerry devant une commission du Congrès américain, à propos de la lutte contre l’EI en Irak et en Syrie.

Les Etats-Unis avaient déjà reconnu le « rôle » que l’Iran, puissance chiite, jouait militairement contre l’EI mais c’est la première fois qu’un aussi haut responsable américain parle explicitement d’un « intérêt commun ».

L’Iran estime que la sécurité de l’Irak est d’une importance vitale, les djihadistes de l’EI considérant les chiites comme des hérétiques.

Le chef de la diplomatie américaine a passé deux jours complets mardi et mercredi à rendre compte des priorités de la diplomatie américaine, au premier rang desquelles la perspective d’un accord international sur le programme nucléaire controversé de l’Iran, les opérations militaires de la coalition internationale contre l’EI en Syrie et en Irak ou encore le conflit en Ukraine.

Répondant à une question sur les relations entre Washington et Téhéran, Kerry a déclaré : « Ils ont fait des choses qui nous aident, comme par exemple combattre l’EI, mais nous ne nous coordonnons pas avec eux, nous n’y travaillons pas et nous ne leur avons pas demandé de le faire ».

Les Iraniens « sont totalement opposés à l’EI et ils combattent et éliminent des membres de l’EI le long de la frontière avec l’Irak, près de l’Iran et ont de graves inquiétudes sur ce qui va se passer pour la région », a expliqué John Kerry.

Les deux gouvernements n’ont plus de relations diplomatiques depuis 35 ans.

Yémen : l’Iran dénonce les accusations américaines sur son rôle

L’Iran a nié mercredi avoir contribué à la prise du pouvoir par les rebelles chiites au Yémen, comme l’en a accusé le secrétaire d’Etat américain, John Kerry.

Kerry « rejette le blâme » sur l’Iran alors que ces déclarations « sont en complète contradiction avec de précédents commentaires faits par les responsables américains », a déclaré la porte-parole de la diplomatie iranienne, Marzieh Afkham, citée par l’agence officielle Irna.

« L’approche fondamentale de l’Iran est que les nations devraient déterminer leur avenir par eux-mêmes », a-t-elle ajouté, rejetant une intervention de Téhéran dans la crise yéménite.

« Toute intervention étrangère compliquerait encore plus la situation dans ce pays », a souligné Mme Afkham.

L’appui que Téhéran a fourni aux Houthis, les milices chiites yéménites, s’est avéré « crucial », avait déclaré mardi Kerry devant des parlementaires américains. Selon lui, il n’y a « aucun doute » que l’Iran « a contribué » à la chute du gouvernement de Sanaa.

La capitale du Yémen est contrôlée par la milice chiite des Houthis qui y sont entrés en septembre 2014.

En janvier, cette milice a renforcé son emprise sur Sanaa en poussant les chefs de l’Etat et du gouvernement à la démission.

La plupart des pays occidentaux, dont les Etats-Unis et la France, ont depuis fermé leurs ambassades et appelé leurs ressortissants à quitter le pays, où sévit toujours Al-Qaïda.

Les six monarchies sunnites du Golfe -Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman, Qatar, Koweït-, voisins immédiats du Yémen, ont rejeté « le coup d’Etat » des Houthis, accusés d’entretenir des liens avec l’Iran chiite.

Les chiites représentent environ un tiers de la population yéménite.

Le Conseil de sécurité de l’ONU avait sommé le 16 février les Houthis de « retirer leurs forces des institutions de l’Etat ».