Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a estimé lundi que la mise en garde envoyée à Téhéran par des sénateurs républicains, très sceptiques quant aux négociations sur le nucléaire iranien, n’avait « pas de valeur juridique ».

Dans une lettre ouverte, 47 des 54 sénateurs républicains du Congrès américain ont prévenu Téhéran qu’un éventuel accord avec le président Barack Obama sur le nucléaire ne deviendrait permanent qu’avec l’aval du Congrès.

« Nous estimons que cette lettre est sans aucune valeur juridique et constitue de la propagande », a déclaré M. Zarif, selon les médias iraniens.

« Les sénateurs doivent savoir que selon le droit international, le Congrès ne pourra pas changer le contenu de l’accord et toute action du Congrès visant à empêcher l’application d’un éventuel accord sera une violation des engagements internationaux du gouvernement » américain, a ajouté M. Zarif.

« Le monde ne se résume pas à l’Amérique. Les relations internationales se régissent selon les lois internationales, les engagements et les devoirs des gouvernements (qui en découlent, ndlr) et non selon les lois américaines », a-t-il encore souligné.

Les républicains, et plusieurs démocrates, sont ouvertement hostiles à l’accord qui se dessine entre Téhéran et le groupe 5+1 (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et l’Allemagne) par lequel l’Iran garantirait la dimension exclusivement civile et pacifique de son programme nucléaire, en échange d’une levée des sanctions qui étouffent son économie.

A trois semaines de l’échéance théorique pour un règlement politique, ils ont adressé leur lettre ouverte lundi aux « dirigeants de la République islamique d’Iran ».

Contournant le président américain, ils ont prévenu les Iraniens que le Congrès disposait, seul, du pouvoir de lever définitivement les sanctions économiques américaines contre l’Iran, adoptées sous la forme de lois ces dernières années.

Pour la Maison Blanche, l’initiative républicaine s’assimile à « un effort partisan visant à affaiblir la capacité du président à mener la politique étrangère », a déclaré le porte-parole Josh Earnest, en affirmant que les républicains tentaient une nouvelle fois de « saper les négociations » internationales.

Ils soulignent une évidence : si Barack Obama a le pouvoir, par décret, de suspendre les sanctions américaines contre l’Iran, son successeur pourra les rétablir d’un « simple trait de plume », a fortiori si un républicain est élu.

Pour les annuler de façon permanente, le Congrès devra voter, martèlent-ils.

Une telle lettre à un dirigeant étranger est exceptionnelle. « Pour un étranger, Washington est pleine de surprises… », a commenté l’ambassadeur de France aux Etats-Unis, Gérard Araud, sur Twitter.

Elle illustre les tensions croissantes entre l’administration Obama et les républicains, qui dominent la totalité du Congrès depuis janvier. Jusqu’à présent, la Maison Blanche a réussi à contenir le Congrès.

Les négociations doivent reprendre le 15 mars, après une session à Montreux (Suisse) la semaine dernière.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif se reverront à partir du 15 mars à Lausanne, dans la dernière ligne droite des négociations internationales sur le programme nucléaire iranien, a annoncé lundi le département d’Etat.

Kerry, qui vient de rentrer d’Europe et qui a vu M. Zarif la semaine dernière à Montreux (Suisse), doit repartir jeudi vers l’Egypte avant de se rendre de nouveau en Suisse dimanche 15 mars pour rencontrer M. Zarif, à trois semaines de la date butoir pour boucler un accord politique entre les grandes puissances et l’Iran sur le nucléaire.

Le département d’Etat n’a pas dit combien de jours dureraient ces nouvelles discussions ni à quelle date son ministre John Kerry serait de retour à Washington.

Ces nouveaux entretiens bilatéraux au sommet entre les Etats-Unis et l’Iran, qui avaient été déjà évoqués par un diplomate américain la semaine dernière à Montreux, se tiendront dans le cadre des négociations plus larges entre le groupe 5+1 (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) et Téhéran, sous l’égide de l’Union européenne, a précisé Washington dans un communiqué.

Au terme de plus de 18 mois de pourparlers, les parties sont censées sceller un règlement, ou une « entente », politique avant le 31 mars, les détails techniques d’un accord complet seraient alors bouclés d’ici le 30 juin/1er juillet.

« Les prochaines semaines seront cruciales », a constaté la porte-parole du département d’Etat Jennifer Psaki.

Un projet de sanctions préventives, qui entreraient automatiquement en vigueur à partir de juillet en cas d’échec des négociations, est en suspens au moins jusqu’au 24 mars, une date qui coïncide plus ou moins avec l’échéance fixée pour une « entente » (fin mars, avec finalisation technique avant le 30 juin).

Mais de plus en plus d’élus des deux partis apportent leur soutien à une autre proposition de loi, initiée par le président de la commission des Affaires étrangères Bob Corker, qui obligerait Barack Obama à soumettre au Congrès tout accord, et donnerait 60 jours aux parlementaires pour éventuellement s’y opposer. L’examen de cette mesure doit commencer prochainement.

Pour Barack Obama, ces deux propositions de loi risquent de faire capoter les discussions.