Le président iranien Hassan Rouhani a insisté jeudi sur la nécessité d’annuler toutes les sanctions internationales dans le cadre d’un accord sur le nucléaire au cours d’entretiens séparés avec les présidents français et russe et le Premier ministre britannique, selon le site internet de la présidence iranienne.

« Le caractère pacifique des activités nucléaires (de l’Iran) et la nécessité d’annuler toutes les sanctions injustes peuvent nous mener à un règlement final » du dossier nucléaire iranien, a déclaré M. Rohani pendant ses discussions avec le Premier ministre britannique David Cameron.

« L’annulation totale des sanctions est le principal élément des négociations pour avancer vers un règlement définitif », a insisté Rouhani dans des entretiens séparés avec le président français François Hollande et le président russe Vladimir Poutine.

Il a également réaffirmé l’importance du « respect mutuel » dans ces pourparlers qui ont repris jeudi matin à Lausanne pour tenter d’arracher un accord d’ici à la fin du mois.

« Nous agissons dans le sens des intérêts nationaux et internationaux et il ne faut pas perdre cette occasion exceptionnelle fondée sur la fatwa du Guide suprême qui insiste sur le caractère pacifique du programme nucléaire de l’Iran », a déclaré Rouhani au cours de son entretien avec M. Cameron.

M. Poutine et son homologue iranien « ont exprimé l’espoir que le nouveau cycle de contacts qui commence aujourd’hui à Lausanne sera couronné de succès », a de son côté fait savoir le Kremlin dans un communiqué.

Pendant cette conversation téléphonique qui s’est déroulée à l’initiative de la partie iranienne, MM. Rohani et Poutine ont également exprimé leur « satisfaction » après les « progrès » réalisés ces dernières semaines au cours des négociations entre les grandes puissances et l’Iran.

L’Iran insiste sur le caractère pacifique de son programme nucléaire, alors que les grandes puissances et Israël estiment que l’Iran pourra utiliser son programme nucléaire, en particulier d’enrichissement d’uranium, à des fins militaires s’il n’est pas étroitement contrôlé par la communauté internationale. L’Iran ne laisse pas le personnel de l’AEIA entrer dans certains sites d’enrichissement pour les vérifier.

Le ministre britannique Philip Hammond à Lausanne ce week-end

Le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond se rendra « ce week-end » à Lausanne, en Suisse, où ont repris les négociations internationales sur le nucléaire iranien censées aboutir avant la fin du mois, a indiqué vendredi le Foreign Office.

Un porte-parole du ministère a confirmé à l’AFP la venue du ministre à Lausanne sans préciser le jour de son arrivée.

Jeudi, Philip Hammond a souligné que l’obtention d’un accord nécessiterait « des décisions difficiles » de toutes les parties concernées, mais que tous devaient faire tous les efforts possibles pour y parvenir.

« C’est à présent le moment, avec nos principaux alliés, de profiter de l’élan récent, de faire pression sur l’Iran sur les points où des divergences persistent, et de tendre toutes nos forces pour obtenir un accord sur la ligne d’arrivée », a dit le ministre britannique.

M. Rouhani a appelé un par un ses homologues français François Hollande, russe Vladimir Poutine, chinois Xi Jinping, et le Premier ministre britannique David Cameron, mettant tout son poids dans la balance à J-5 de la date du 31 mars, fixée par les négociateurs pour aboutir au minimum à un accord de principe sur le nucléaire iranien.

Il a également envoyé des lettres aux dirigeants de tous les pays du groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) pour évoquer les négociations nucléaires. La Maison Blanche a confirmé l’envoi de cette lettre, remise à la délégation américaine à Lausanne.

Ces appels exceptionnels du président iranien interviennent alors que des discussions intenses ont repris jeudi dans la ville suisse de Lausanne, où se sont retrouvés le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif.

Moscou et Téhéran espèrent que ces négociations « seront couronnées de succès », a indiqué le Kremlin dans un communiqué après l’entretien entre MM. Rouhani et Poutine.

La France a répété pour sa part ses exigences d’un « accord durable, robuste et vérifiable garantissant que l’Iran n’aura pas accès à l’arme nucléaire », selon un communiqué de l’Elysée suite à la conversation entre MM. Rouhani et Hollande.

Paris est réputé comme l’un des pays les plus intransigeants dans ces négociations sur le nucléaire iranien, un dossier qui empoisonne les relations internationales depuis 12 ans.

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius est d’ailleurs attendu samedi à Lausanne pour participer aux négociations, selon son ministère.

Le Sénat menace les Iraniens en cas de violation de l’accord

Les sénateurs américains ont eux approuvé jeudi à l’unanimité une mesure non-contraignante appelant au rétablissement immédiat de sanctions contre l’Iran en cas de violation de tout accord sur le nucléaire.

Cet amendement n’a pas force de loi, mais son adoption à 100 voix contre zéro, vise à démontrer la détermination des parlementaires américains à agir rapidement au moindre écart iranien dans l’application de l’accord intérimaire actuellement en place, ou d’un éventuel accord final.

« Si nous découvrons que l’Iran a continué à développer son programme nucléaire, je pourrai rappeler à 100 sénateurs qu’ils ont voté avec moi aujourd’hui », a dit Mark Kirk à l’AFP.

Tous les sénateurs démocrates ont approuvé la mesure, après d’intenses tractations et la modification d’une phrase reconnaissant le rôle du président américain.

La commission des Affaires étrangères du Sénat votera le 14 avril sur une proposition de loi, dite Corker-Menendez, qui obligerait Barack Obama à passer par le Congrès pour appliquer tout éventuel accord final conclu entre le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) et l’Iran. Selon ce texte, les parlementaires disposeraient de 60 jours pour éventuellement bloquer l’entrée en vigueur de l’accord. La Maison Blanche y est opposée et estime que la signature présidentielle suffit.

Mark Kirk et le démocrate Robert Menendez ont élaboré une proposition de loi distincte qui imposerait des sanctions graduelles contre l’Iran en cas d’échec des négociations internationales. Ce texte de sanctions est aujourd’hui mis entre parenthèses, mais le chef de la majorité sénatoriale s’est engagé à le mettre aux voix si les pourparlers échouaient.

Les négociations internationales, reprises jeudi en Suisse, doivent aboutir avant la fin du mois à un accord politique, ou au minimum une entente, avant un accord final englobant tous les aspects techniques d’ici le 30 juin.

Encensant le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, le sénateur Kirk s’est décrit comme « un allié très fort du gouvernement Hollande » dans le dossier iranien, Paris étant réputé tenir une ligne plus dure que ses partenaires du groupe 5+1.

« La France continue à être un pays réaliste et qui voit clair dans ce processus », a noté le sénateur républicain.