Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a assuré mercredi que l’Iran et les grandes puissances pouvaient « entrer dans l’Histoire » en signant un accord nucléaire alors que les négociations entrent dans leur phase critique.

Après des mois de dialogue intense, les délégations de l’Iran et du 5+1 ((Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) se retrouvent à Vienne jeudi matin pour trouver un accord garantissant que Téhéran n’aura pas l’arme atomique, en échange d’une levée des sanctions internationales contre son économie.

L’accord de novembre 2013, qui a relancé la discussion nucléaire, prévoit que celle-ci doit s’achever le 20 juillet. Il réserve aussi la possibilité, d’un commun accord, d’une prolongation du dialogue pour six mois.

« Durant les trois prochaines semaines, nous avons une occasion unique d’entrer dans l’Histoire », affirme M. Zarif dans un message posté sur YouTube (http://www.youtube.com/watch?v=16VIQ6LJCt8).

L’Iran « essaie de conclure un accord. Ni un bon, ni un mauvais accord, mais un accord faisable et durable » sur la base d’une « compréhension mutuelle », explique-t-il.

Il assure que Téhéran « veut prendre des mesures concrètes pour garantir que notre programme nucléaire reste pacifique » affirmant, que « nous avons encore le temps de mettre fin au mythe selon lequel l’Iran cherche à fabriquer une bombe ».

Dans ce message de quatre minutes et demie, le chef de la délégation iranienne rappelle que le dossier nucléaire de Téhéran aurait pu être réglé dès 2005, lors des négociations avec la troïka européenne. Mais « l’administration (américaine du président George W.) Bush a torpillé l’accord » en demandant l’arrêt total du programme d’enrichissement iranien.

Les sanctions internationales n’ont pas ralenti le programme nucléaire, « bien au contraire », rappelle-t-il.

Filmé devant les bâtiment du ministère, dans le centre de Téhéran, il avertit « que continuer à jouer au jeu de la poule mouillée pour tenter d’arracher des concessions de dernière minute ne pourra pas mieux réussir qu’en 2005 ».

Les sanctions internationales « n’ont pas mis le peuple iranien à genoux en signe de soumission », assure le diplomate, affirmant qu’il reste « du temps pour sortir de cette spirale de l’escalade ».

Ce message est publié le même jour qu’une tribune de M. Zarif dans le quotidien français Le Monde, où il affirme que la République islamique « n’a rien à cacher » de son programme atomique.

Mardi, le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait appelé les dirigeants iraniens à ne pas « gâcher une chance historique de mettre fin à l’isolement économique et diplomatique de l’Iran, et d’améliorer la vie de leur population. »

le marathon des négociations finales est lancé

Le marathon final des négociations sur le nucléaire iranien a commencé mercredi à Vienne, chaque partie affirmant ses positions, avant d’entrer dans deux semaines au moins de discussions qui pourraient déboucher sur « une chance historique » d’accord.

La République islamique « n’a rien à cacher » de son programme atomique, « mais nous ne braderons pas nos avancées technologiques », a averti dans Le Monde le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

M. Zarif a retrouvé mercredi après-midi en tête-à-tête Catherine Ashton, la représentante diplomatique de l’Union européenne, qui mène la discussion au nom du 5+1 (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie), a rapporté un porte-parole européen dans la capitale autrichienne.

Après des mois de dialogue intense, il reste une quinzaine de jours aux deux parties pour trouver un accord garantissant que Téhéran n’aura pas l’arme atomique, en échange d’une levée des sanctions internationales contre son économie.

Dans sa tribune au quotidien français, M. Zarif refait l’historique de ce dossier qui empoisonne depuis dix ans les relations internationales. Il rappelle en détail les efforts consentis par l’Iran pour faire la transparence sur ses activités, et plaide à nouveau que son pays, pour des raisons « morales », « religieuses » et « stratégiques », ne veut pas la bombe.

Il tente enfin de démontrer que les sanctions infligées à l’Iran n’ont pas empêché la poursuite d’un programme nucléaire civil, et met les grandes puissances en garde contre « l’illusion » que l’Iran pourrait renoncer à celui-ci.

Les limites du débat sont ainsi fermement rappelées, avant même que les négociateurs de l’Iran et du 5+1 n’entament, en principe jeudi matin, leur marathon final.

Les grandes puissances ont répliqué aux « lignes rouges » iraniennes -selon l’expression du vice-ministre des Affaires étrangères Majid Takht-Ravanchi- en désignant le calendrier.

L’accord de novembre 2013, qui a relancé la discussion nucléaire, prévoit que celle-ci s’achève au 20 juillet. Il réserve aussi la possibilité, d’un commun accord, d’une prolongation du dialogue pour six mois.

– « Le temps est compté » –

« Le temps est compté », a souligné mardi le secrétaire d’Etat américain John Kerry, et « les Etats-Unis et leurs partenaires n’accepteront aucune prolongation si c’est pour faire traîner les négociations en longueur. »

Le rendez-vous de Vienne offre « un choix aux dirigeants de l’Iran », a-t-il insisté dans le Washington Post: « Ils peuvent accepter les mesures nécessaires » pour rassurer le monde sur leurs intentions, ou bien « ils peuvent gâcher une chance historique de mettre fin à l’isolement économique et diplomatique de l’Iran, et d’améliorer la vie de leur population. »

La capacité d’enrichissement d’uranium que conserverait l’Iran après un accord est l’un des principaux points de divergence.

Le ministre français Laurent Fabius jugerait acceptable que Téhéran conserve « quelques centaines » de centrifugeuses, les machines qui réalisent l’enrichissement. L’Iran en possède environ 20.000 aujourd’hui, dont la moitié sont opérationnelles, selon le décompte de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’organe spécialisé de l’ONU.

L’Iran a confirmé, de son côté, être prêt à modifier les plans de son réacteur à eau lourde en construction à Arak, près de Téhéran, en vue de garantir qu’il ne pourra pas produire de plutonium – l’autre combustible possible d’une bombe nucléaire, au côté de l’uranium hautement enrichi.

Téhéran refuse en revanche de mettre sur la table son programme de missiles -les vecteurs possibles d’une bombe-, en arguant que cette capacité balistique est une question de défense nationale, et non de politique nucléaire.

« Côté iranien, il y a une tendance à placer la barre très très haut pour fatiguer l’adversaire », a estimé François Nicoullaud, un ancien ambassadeur de France à Téhéran, lors d’une table ronde mardi: « Mais le point qui va coincer, c’est bien sûr la capacité d’enrichissement accordée à l’Iran ».

Après d’autres, le ministre britannique William Hague a souligné mercredi que les grandes puissances ne voulaient pas « accepter un accord à tout prix ».

Face à l’intransigeance apparente des deux parties, M. Nicoullaud, un analyste expérimenté, souligne qu’un accord, « même imparfait, peut enclencher de nouvelles dynamiques », et « créer de la confiance, de la détente, de l’apaisement. »