Les négociations sur le programme nucléaire iranien risquent d’aboutir à « un mauvais accord », a déclaré un ministre israélien en visite à Paris au quotidien français Le Monde, précisant qu’il partage avec la France « les mêmes soupçons » sur l’Iran.

« Nous avons le sentiment que ce sera un mauvais accord, avec de sévères lacunes », a déclaré au journal le ministre israélien chargé des services de renseignement, Yuval Steinitz, qui a rencontré lundi à Paris le conseiller diplomatique du président François Hollande, Jacques Audibert.

« C’est peut-être la dernière occasion qu’il nous est donnée d’influencer ces négociations avant qu’un mémorandum d’entente soit signé. Nous avons le sentiment que ce sera un mauvais accord avec de sévères lacunes. Si l’Iran est autorisé à poursuivre son programme de recherche et développement pour construire des centrifugeuses plus performantes, ce sera très dangereux. Le seuil d’obtention de l’arme nucléaire pourrait être ramené à trois ou quatre mois contre douze actuellement, » a affirmé le ministre israélien au journal.

Téhéran et les grandes puissances sont censés aboutir à un accord de principe sur le programme nucléaire iranien d’ici le 31 mars.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif doivent reprendre leurs discussions jeudi à Lausanne, en Suisse.

Celles-ci ont lieu dans le cadre plus large des négociations sur le nucléaire menées par le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) et l’Iran.

« Si l’Iran devient un pays ‘du seuil'[nucléaire], beaucoup de pays sunnites de la région s’engageront dans la course au nucléaire », a-t-il mis en garde, en référence à la rivalité entre le régime iranien chiite et les pays majoritairement sunnite.

« Avec la France, nous voyons les choses de la même façon. Nous avons les mêmes soupçons sur l’Iran, ses intentions au Moyen Orient et la possibilité qu’il ne respecte pas l’accord », a-t-il ajouté.

Selon des sources proches des discussions en cours, la France considère que les Etats-Unis montrent trop d’empressement à signer un accord avec Téhéran, et réclame plus de garanties selon lesquelles l’Iran ne se dotera jamais de la bombe atomique.

En échange de telles garanties, les sanctions internationales qui frappent l’Iran seraient graduellement levées.

Le chef de la diplomatie saoudienne, Saoud Al-Fayçal, a déclaré lundi qu’il ne fallait pas donner à l’Iran « des accords qu’il ne mérite pas » dans les négociations en cours avec les grandes puissances sur son programme nucléaire controversé.

« Il n’est pas possible de donner à l’Iran des accords qu’il ne mérite pas », a dit le prince Saoud lors d’une conférence de presse après des entretiens avec son homologue britannique, Philip Hammond, qui effectuait une visite dans le royaume.

Le ministre saoudien a exigé « des garanties que ce programme ne se transforme en arme nucléaire, menaçant ainsi la sécurité régionale et le monde ».

D’autant, a-t-il ajouté, que « l’Iran poursuit dans la région des politiques agressives, interfère constamment dans les affaires des pays arabes et cherche à susciter des conflits confessionnels » au Moyen-Orient.

A l’issue de discussions sur ce même dossier en Suisse la semaine dernière, MM. Kerry et Zarif avaient fait état de « progrès » pour arriver à un accord, mais avaient qualifié les négociations de « difficiles », dans un dossier qui empoisonne depuis 12 ans les relations internationales.