Des « actes héroïques » qui doivent être source d’inspiration: Barack Obama a rendu un hommage appuyé jeudi à Lassana Bathily, jeune Malien musulman qui a aidé des juifs à se cacher lors de la prise d’otages dans un supermarché casher à Paris en janvier.

« Le monde entend beaucoup parler des attaques terroristes contre Charlie Hebdo à Paris, mais le monde doit aussi se souvenir du policier parisien, un musulman, qui est mort en essayant de les arrêter », a déclaré le président américain au dernier jour d’un sommet à Washington consacré à la lutte contre les groupes djihadistes.

« Le monde sait que des juifs ont été attaqués dans un supermarché casher à Paris. Nous devons nous souvenir de l’employé de ce supermarché, un musulman, qui a caché des clients juifs et leur a sauvé la vie », a-t-il poursuivi. « Et quand on lui a demandé pourquoi il avait fait cela, il a répondu: ‘Nous sommes frères' ».

« Nous venons de pays différents, de différentes cultures et de différentes religions, mais il est important de nous inspirer des actes héroïques de ce modeste employé », a encore dit Obama devant les représentants d’une soixantaine de pays rassemblés dans la capitale fédérale américaine.

Lassana Bathily, musulman pratiquant, travaillait au sous-sol du supermarché casher lors de la prise d’otages menée par Amédy Coulibaly le 9 janvier.

Entendant les coups de feu tirés par Coulibaly, le jeune homme avait ouvert la porte de la chambre froide aux otages qui descendaient au sous-sol, et débranché le système de réfrigération.

Après avoir emprunté un monte-charge pour s’enfuir, il a aidé la police, qui cernait les lieux, en lui donnant des informations avant qu’elle ne lance assaut final.

Il a été naturalisé français en urgence onze jours après la prise d’otage.

Obama veut galvaniser le monde contre le « terrorisme »

Les Etats-Unis ont voulu jeudi galvaniser la communauté internationale contre le « terrorisme » djihadiste, lors d’un sommet mondial à Washington qui doit encore accoucher d’une stratégie concrète pour cette « nouvelle guerre contre un nouvel ennemi ».

Le président Barack Obama et son secrétaire d’Etat John Kerry bouclaient trois jours de réunion internationale « contre l’extrémisme violent » en présence de représentants d’une soixantaine de gouvernements et organisations, dont le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et les ministres de l’Intérieur français et britannique Bernard Cazeneuve et Theresa May.

Un rendez-vous préparé de longue date par la Maison Blanche et le département d’Etat, qui a pris toute sa résonance après les attentats islamistes de Paris et Copenhague et en pleine mobilisation militaire contre le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie.

« Nous sommes ici aujourd’hui parce que nous sommes unis contre le fléau de l’extrémisme violent et du terrorisme », a lancé Barack Obama à son auditoire. Il a exhorté les gouvernements alliés de rester « inébranlables dans le combat contre des organisations terroristes ».

Mais, a prévenu le président américain, cette lutte « n’a rien à voir avec le fait d’être juif, chrétien ou musulman : nous sommes tous dans le même bateau et nous devons nous épauler pour sortir de cette crise ».

M. Obama a bien pris soin, comme toute son administration, de ne jamais parler de lutte contre l’islamisme radical, une précaution de langage que lui reproche son opposition républicaine.

Aux yeux de Barack Obama, « l’idée selon laquelle l’Occident est en guerre avec l’islam est un horrible mensonge ».

« Les communautés musulmanes, y compris les intellectuels et les dignitaires religieux, ont la responsabilité de lutter non seulement contre les interprétations erronées de l’islam mais aussi contre les mensonges selon lesquelles nous serions engagés dans un choc des civilisations », a insisté le chef de l’exécutif américain, qui, dès 2009 dans un discours resté fameux au Caire, avait tendu la main au monde musulman.

Son chef de la diplomatie, John Kerry, a inscrit la lutte contre le « terrorisme », notamment islamiste, dans un contexte historique plus large: « Le 20e siècle s’est défini par la lutte contre la grande dépression économique, l’esclavage, le fascisme et le totalitarisme. C’est maintenant à notre tour (…) On nous demande aujourd’hui de mener une nouvelle guerre contre un nouvel ennemi », s’est exclamé M. Kerry, parlant du « combat fondamental de notre génération ».