Alors que la bataille sur un accord nucléaire avec l’Iran passe de Vienne au Capitole, le président américain Barack Obama est confiant sur l’aval des législateurs américains, malgré le lobbying contre l’accord par Jérusalem, dans une interview publiée mercredi.

Dans vaste entrevue avec Thomas Friedman dans le New York Times, le président rejette les critiques selon lesquelles les inspections des sites nucléaires ne sauront pas déjouer une duperie iranienne. Téhéran qui, selon lui, qui devrait être une puissance régionale, respectera l’accord « à la lettre ».

Avec la signature de l’accord mardi, le Congrès doit maintenant l’approuver, et les dirigeants israéliens, critiques virulents de l’accord, ont indiqué qu’ils continueront de faire pression pour empêcher que les sanctions sur Téhéran soient levées en échange de quelques freins à l’enrichissement nucléaire.

Mais Obama a promis dans un discours mardi d’opposer son veto à toute tentative des législateurs américains d’annuler l’accord, indiquant dans l’interview du New York Times qu’il ne devrait pas avoir de mal à être accepté au Congrès.

« Peut-être [Netanyahu] pense-t-il qu’il peut encore influencer le débat au Congrès, mais je suis confiant que nous pourrons maintenir cet accord et le mettre en œuvre sans entrave de la part du Congrès », a déclaré Obama, ajoutant que le soutien international pour les sanctions perdait du terrain, les nations en développement comme la Chine et l’Inde ayant besoin de sources supplémentaires de pétrole.

Un certain nombre de dirigeants du Congrès des deux côtés de l’échiquier ont affirmé que l’accord sera passé à la loupe pendant 60 jours. Les sénateurs doivent rassembler une majorité de 67 voix pour neutraliser le veto d’Obama.

Mardi, le président de la Chambre John Boehner a émis un avertissement à la Maison Blanche, disant que si les républicains considèrent que l’accord nucléaire avec l’Iran est mauvais, ils le bloqueront.

Concernant Israël, Obama a souligné que les préoccupations « légitimes » concernant un Iran parrain du terrorisme ne concernaient pas l’accord, mais qu’en tant que président, il « garderait les yeux sur la balle » pour empêcher Téhéran d’ « agir de manière non constructive » – en contrecarrant le Hezbollah, mandataire, de l’Iran, qui « a des dizaines de milliers de missiles pointés sur Israël ».

« Ce que je tiens à souligner est que les préoccupations des gens ici sont légitimes. Le Hezbollah a des dizaines de milliers de missiles pointés sur Israël. Ils sont de plus en plus sophistiqués. L’interdiction du flux de ces armes n’a pas eu autant le succès escompté », a déclaré Obama, ajoutant que les pays de la région, comme Israël, qui se sentent menacés par l’Iran ne sont « simplement pas paranoïaques ».

Pourtant, il a aussi indiqué qu’il faut tester l’Iran pour voir s’il peut maintenir un programme nucléaire purement pacifique.

L’Iran a droit à un programme nucléaire s’il peut « prouver » que le programme est pacifique, a noté Obama, ajoutant qu’il croit que Téhéran est « intéressé à opérer sur des niveaux parallèles pour obtenir les bénéfices de la légitimité internationale ».

« La vérité est que l’Iran sera et doit être une puissance régionale. C’est un grand pays et un pays sophistiqué dans la région », a déclaré Obama, ajoutant que la grandeur potentielle de l’Iran ne doit pas être fondée sur « le dénigrement ou la menace envers Israël, le déni de l’Holocauste ou des activités antisémites ».

Répondant aux critiques selon lesquelles les puissances mondiales ont transpiré pour cet accord, alors qu’elles avaient la main haute, l’Iran étant dans une situation économique désastreuse, Obama a déclaré : « Je pense que la critique est erronée. Voyons exactement ce que nous avons obtenu. Nous avons coupé tous les voies de l’Iran vers l’arme nucléaire. »

Pourtant, réformer le régime iranien ou endiguer le terrorisme parrainé par l’Iran ne fait pas partie de l’accord, qui porte uniquement sur les armes nucléaires, a précisé Obama.

« Nous ne mesurons pas cet accord selon s’il changera ou non le régime iranien. Nous ne mesurons pas cet accord selon s’il résout tous les problèmes qui peuvent être retracés jusqu’à l’Iran, éliminera toutes ses activités néfastes dans le monde entier. Nous mesurons cet accord – et ce fut la prémisse originale de cette conversation, y compris avec le Premier ministre Netanyahu – selon l’incapacité de l’Iran à obtenir une arme nucléaire. Cela a toujours été le sujet. »

« [La poursuite de l’agression iranienne] est une possibilité, et nous devons la surveiller systématiquement et travailler avec nos alliés – les pays du Golfe, Israël – pour endiguer les actions [iraniennes] indépendamment du programme nucléaire. Mais la prémisse centrale ici est que s’ils obtenaient une arme nucléaire, ce serait différent, et sur ce point, nous avons atteint notre objectif. »

Défendant le programme d’inspection, qui avertit les Iraniens d’une inspection du site nucléaire 24 jours à l’avance, Obama note qu’ « il n’est pas si facile de cacher soudainement du matériel potentiellement radioactif », mais admet que le régime des inspections est imparfait.

« Si vous entendez un critique dire ‘Eh bien, ce régime d’inspection n’est pas à 100 % infaillible’, je suppose que, théoriquement, rien est à 100 %  infaillible. Mais si la norme est le mécanisme le meilleur, le plus rigoureux, le plus efficace, de sorte qu’il soit extrêmement difficile pour l’Iran de tricher, alors c’est le bon mécanisme, et il dépasse de loin ce qui a été appliqué, par exemple, en Corée Du Nord. »

Obama tiendra une conférence de presse mercredi pour répondre aux critiques sur l’accord, dans une tentative de calmer la nervosité des alliés, y compris Israël et les Etats du Golfe.

Dans des appels téléphoniques mardi avec le roi Salman d’Arabie Saoudite et le prince Mohammed Al Nahyan des Emirats arabes unis, qui ont tous deux exprimé leur opposition à l’accord, Obama a tenté de dissiper leurs craintes, garantissant que celui-ci coupera à l’Iran toutes les voies possibles vers une bombe.

Les États-Unis sont « plus que jamais déterminés » à travailler avec les Etats du Golfe pour contrer les activités déstabilisatrices de l’Iran dans la région, a ajouté Obama, selon un communiqué publié par la Maison Blanche.

Il a également parlé de « mettre fin aux combats au Yémen », où les Saoudiens affrontent les rebelles houthis soutenus par l’Iran.

Obama s’est entretenu avec Netanyahu, lui assurant que l’accord « n’atténuera pas nos préoccupations concernant le soutien de l’Iran au terrorisme et les menaces envers Israël », a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué.