Washington – Barack Obama semble avoir remporté une première bataille contre les parlementaires du Congrès américain qui tentent d’imposer de nouvelles sanctions contre l’Iran, une initiative qui torpillerait selon le président la voie diplomatique ouverte à Genève entre Téhéran et les grandes puissances.

Comme un défi à la Maison Blanche, 59 des 100 élus du Sénat américain, dont 16 démocrates, avaient apporté leur signature à une législation déposée en décembre et qui vise à forcer la main de l’exécutif américain pour imposer des sanctions au cas où Téhéran ne respecterait pas l’accord intérimaire sur le nucléaire iranien, ou refuserait de démanteler ses installations nucléaires.

Le président a promis d’y opposer son veto, sans toutefois convaincre grand monde jusqu’à présent.

Mais deux des 16 démocrates signataires ont publiquement changé de position après le discours sur l’état de l’Union de Barack Obama, mardi soir. De source proche, des manœuvres en coulisses entre Maison Blanche et Congrès, plusieurs démocrates étaient gênés à l’idée de voter contre un président issu de leur propre parti.

La nouvelle menace de veto de Barack Obama, répétée avec force mardi lors du discours le plus solennel de l’année, semblait, pour le moment, avoir mis un frein à la législation.

« Je soutiens fermement le texte mais je pense qu’un vote n’est pas nécessaire maintenant, tant que des progrès visibles et significatifs sont enregistrés » dans les négociations, a dit le démocrate signataire Richard Blumenthal mercredi, qui avait déjà officialisé sa position plus tôt en janvier.

Les deux sénateurs démocrates ayant changé de position depuis mardi sont Christopher Coons et Joe Manchin, qui a indiqué sur la chaîne MSNBC qu’il fallait « donner une chance à la paix et soutenir le processus ».

La Maison Blanche avait lancé une intense campagne contre le projet de sanctions. L’administration craignait qu’une telle initiative unilatérale soit vécue comme une provocation et preuve de mauvaise foi à Téhéran, renforçant les plus conservateurs au sein du régime iranien.

Une coalition d’environ 70 associations pacifistes, religieuses et autres ONG s’était aussi mobilisée, afin d’inonder les bureaux des parlementaires de messages, lettres et coups de téléphone pour les dissuader de voter pour les sanctions.

« C’est une victoire majeure, cruciale pour les Américains qui ne veulent pas de guerre », s’est félicitée Kate Gould, du Friends Committee on National Legislation, le lobby des quakers, un mouvement religieux très impliqué dans le dossier iranien.

« Il semble que la menace soit écartée pour l’instant », dit-elle, même si elle s’attend à d’autres tentatives de « sabotage » du processus de négociation par le Congrès.

Obama a aussi promis d’être « lucide » dans les discussions avec un pays que Washington accuse d’être un « sponsor » international du terrorisme mondial, via le Hezbollah.

Un autre groupe très actif fut JStreet, une américaine pro-Israël progressiste. « JStreet a travaillé dur et continue de travailler dur pour convaincre les parlementaires de ne rien faire qui puisse saboter les négociations avec l’Iran », explique le vice-président de l’organisation, Alan Elsner.

Ce répit ne saurait constituer une victoire finale. La pression des faucons devrait s’accentuer à l’approche de la conférence annuelle du lobby américain pro-Israël (AIPAC) en mars, en présence du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le sénateur républicain Mark Kirk, co-auteur de la législation, a promis de continuer à se battre pour que le Congrès adopte ce qu’il appelle « une police d’assurance » contre tout mauvais coup de Téhéran.

« Les Américains, démocrates et républicains, dans leur immense majorité veulent que l’Iran rende des comptes pendant les négociations », dit-il.

La Maison Blanche s’oppose d’abord à une clause qui requerrait que l’Iran démantèle complètement son infrastructure nucléaire, une exigence irréaliste, selon Barack Obama. Mais il est possible, martèle-t-il, d’inverser les progrès nucléaires réalisés par l’Iran, de façon vérifiable.

Dans son discours de mardi, Barack Obama a cherché à convaincre les indécis qu’il serait le premier à ordonner des sanctions contre Téhéran en cas d’échec de la voie diplomatique –qui a une probabilité de réussite de 50%, a-t-il dit précédemment.

Obama a aussi promis d’être « lucide » dans les discussions avec un pays que Washington accuse d’être un « sponsor » international du terrorisme mondial, via le Hezbollah.