Barack Obama a mis en garde mercredi contre la tentation d’interventions militaires « précipitées » à travers le monde, défendant avec énergie sa politique étrangère face à ceux qui l’accusent de manquer de fermeté, de la Syrie à l’Ukraine.

Au lendemain de l’annonce d’un calendrier de retrait d’Afghanistan d’ici fin 2016, le président des Etats-Unis s’est engagé à augmenter son soutien à l’opposition syrienne, a tenir tête à la Russie sur le dossier ukrainien ou encore à plus de transparence dans l’utilisation des drone dans la lutte contre le terrorisme. Mais il a d’abord et surtout expliqué sa vision de la place de l’Amérique dans le monde.

« Il est absolument vrai que, au XXIe siècle, l’isolationnisme américain n’est pas envisageable », a lancé M. Obama lors d’un long discours de politique étrangère à West Point, prestigieuse école de l’armée de Terre située dans l’Etat de New York.

« Mais dire que nous avons intérêt à promouvoir la paix et la liberté au-delà de nos frontières ne veut pas dire que tout problème à une solution militaire », a-t-il ajouté, citant le général Eisenhower qui décrivait, en 1947, la guerre comme « la folie la plus tragique et la plus stupide de l’humanité ».

« Depuis la Deuxième Guerre mondiale, certaines de nos erreurs les plus coûteuses ne sont pas venues de notre retenue mais de notre volonté de nous précipiter dans des aventures militaires sans penser à toutes les conséquences », a ajouté M. Obama.

Se disant convaincu que l’Amérique devait « montrer la voie sur la scène internationale », il a souligné que l’armée était, et restera, « l’épine dorsale » de ce leadership.

« Mais une intervention militaire américaine ne peut être la seule composante de notre leadership en toute circonstance », a-t-il aussitôt ajouté. « Ce n’est pas parce que nous avons le meilleur marteau que tout problème doit être vu comme un clou », a insisté le président américain, arrivé au pouvoir en 2009 après avoir promis de tourner la page de l’engagement militaire en Irak.

« Pas de réponse facile »

Justifiant son approche sur le conflit syrien, qui a fait plus de 160.000 morts, M. Obama a estimé que, « aussi frustrant que ce soit », il n’existait « pas de réponse facile, pas de solution militaire » qui puissent éliminer les souffrances du peuple syrien dans un avenir proche.

« En tant que président, j’ai pris la décision de ne pas envoyer de troupes américaines au milieu de cette guerre civile, et je pense que c’était la bonne décision », a-t-il expliqué.

« Mais cela ne signifie pas qu’on ne doit pas aider le peuple syrien à lutter contre un dictateur qui bombarde et affame son peuple », a-t-il ajouté, promettant d’accroître le soutien américain à ceux qui, dans l’opposition, « offrent la meilleure alternative aux terroristes et à un dictateur brutal ».

Barack Obama s’est également engagé à faire davantage d’efforts pour les voisins de la Syrie: Jordanie, Liban, Turquie et Irak, qui accueillent de nombreux réfugiés syriens.

Officiellement, le soutien américain aux rebelles syriens se cantonne depuis le début du conflit à une aide non létale pour un montant de 287 millions de dollars.

Le président des Etats-Unis a par ailleurs proposé la création d’un fonds de 5 milliards de dollars pour lutter contre le terrorisme.

« Ces ressources nous donneront la flexibilité nécessaire pour remplir différentes missions, y compris l’entraînement des forces de sécurité au Yémen qui sont passées à l’offensive contre Al-Qaïda, le soutien à une force multinationale pour maintenir la paix en Somalie, le travail avec les alliés européens pour former en Libye des forces de sécurité et une police des frontières opérationnelles, ou encore l’aide aux opérations (militaires) françaises au Mali », a-t-il énuméré.

Mettant en avant sa volonté de tourner la page de plus d’une décennie pendant laquelle la politique étrangère a été centrée sur les guerres en Afghanistan et en Irak, M. Obama a annoncé mardi le maintien de 9 800 militaires américains en Afghanistan au delà de la fin 2014 avant un retrait complet deux ans plus tard. Les Etats-Unis disposent actuellement de 32.800 hommes en Afghanistan.

L’application de ce calendrier, a-t-il cependant prévenu, dépendra de la signature par le futur président afghan du Traité bilatéral de sécurité (BSA) encadrant les conditions d’une présence militaire américaine.