Dans son dernier entretien accordé à un média israélien mardi, le président américain Barack Obama a évoqué ses doutes sur le soutien du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la solution à deux états, tout en prévenant que le « soutien sans restriction » des Etats-Unis aux implantations de Cisjordanie entraînerait une « aggravation de la situation » entre Israéliens et Palestiniens.

Le président a accordé son dernier tête-à-tête à l’émission Uvda de la Deuxième chaîne, présentée par Ilana Dayan. L’émission a été diffusée dix jours avant la prise de pouvoir du président américain élu, Donald Trump.

Trump a promis de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, une mesure jamais prise par un président américain malgré plusieurs promesses de campagne. Le futur ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, est un partisan sans équivoque des implantations de Cisjordanie.

Obama a affirmé que les actes de Netanyahu indiquaient qu’il ne soutenait pas une solution à deux états, citant notamment l’accélération de la construction dans les implantations ces dernières années, « qui n’était pas contrainte par la sécurité d’Israël. »

« Le problème des colonies est devenu un obstacle à une solution à deux états. Bibi affirme qu’il croit à une solution à deux états, et pourtant ses actes ont constamment montré que s’il subissait des pressions pour approuver plus de colonies, il le faisait, peu importe ce qu’il dit sur l’importance d’une solution à deux états », a déclaré Obama.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Barack Obama à New York, le 21 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Si l’idée est qu’un soutien sans restriction à Israël, ou, plus précisément, un soutien aux politiques du gouvernement Netanyahu, peu importe ce qu’elles sont, peu importe à quel point elles peuvent être hostiles aux perspectives de paix, est ce qui fait un bon ami, alors je pense que nous verrons la situation se dégrader avec le temps, a déclaré Obama. Parce que la vérité, c’est que cela ne sera pas résolu, à moins que le peuple israélien et les Palestiniens ne veulent le résoudre. »

Il a ajouté que « de plus en plus, ce que l’on observe, c’est que les faits sur le terrain rendent presque impossible, tout du moins, très difficile, et si cette tendance continue, impossible, de créer un état palestinien fonctionnel et contigu. »

Netanyahu a accusé l’administration Obama d’être de connivence avec les Palestiniens quand ils se sont abstenus le mois dernier pendant le vote d’une résolution condamnant les implantations au Conseil de sécurité des Nations unies. Mardi, Netanyahu a réitéré cette accusation, affirmant qu’Israël avait des « renseignements robustes » qui prouvent que les Etats-Unis sont responsables de la rédaction de la résolution.

Obama a balayé ces accusations. « Nous ne l’avons pas déclenchée, nous ne l’avons pas encouragée », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a décrit cette mesure comme « honteuse, un complot anti-Israël ». Obama comprend le « sentiment [israélien] de trahison » ?, a demandé Ilana Dayan.

« Non, a répondu Obama Je vais être honnête avec vous : ce genre d’hyperbole, ce genre de déclarations, n’ont aucune base factuelle. »

L'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s'être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Nations unies)

L’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s’être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Nations unies)

« Ils peuvent très bien permettre de détourner l’attention du problème des implantations, a poursuivi le président. Cela peut très bien marcher sur la base politique de Bibi, ainsi que sur la base républicaine aux Etats-Unis, mais cela ne correspond pas aux faits. »

Interrogé sur le fait que permettre l’adoption de la résolution était la bonne chose à faire si près de la fin de son mandat, Obama a répondu que « le fait est que je suis président jusqu’au 20 janvier, et que j’ai l’obligation de faire ce que je pense être juste. »

Obama a déclaré que les Etats-Unis auraient apposé leur veto à une résolution qui n’aurait pas été « équilibrée », condamnant ce qu’il voie comme des erreurs israéliennes et palestiniennes, et affirmé que la résolution était la « meilleure mesure » pour la paix.

« Je pense sincèrement qu’il était important d’envoyer un signal et de poser les faits qui sont souvent enterrés sous d’autres informations à propos de ce qu’il se passe avec les colonies en Cisjordanie, a-t-il déclaré. J’ai l’obligation de faire ce que je pense être juste. »

Le président a déclaré qu’il pensait que l’abstention américaine « était la meilleure mesure pour la paix ». La résolution 2334 est cohérente avec la position de Washington sur les implantations, et il était « manifestement faux » de la penser remarquable à cet égard, a-t-il déclaré.

Il a été demandé à Obama s’il réservait encore des surprises ou si Netanyahu pouvait dormir tranquillement jusqu’au 20 janvier. « Eh bien, je pense que la question intéressante est de savoir s’il dormira mieux après le 20 janvier », a ironiquement répondu Obama, sous-entendant que les relations entre Netanyahu et le futur président Donald Trump pourraient ne pas être aussi calmes que certains le pensent en Israël.

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Obama a déclaré que son administration apposerait son veto à toute résolution qui préjugerait de la conclusion des négociations de paix israélo-palestiniennes. « Une résolution qui esquisse [un] statut final ne serait pas appropriée, a-t-il déclaré. Parce que la vérité, c’est que ce ne sera pas résolu à moins que le peuple israélien et le peuple palestinien ne veuillent le résoudre. »

Comme il l’a déjà fait quand il était critiqué sur sa position envers Israël, Obama a déclaré qu’il n’avait à l’esprit que les meilleurs intérêts d’Israël et avait toujours assuré la sécurité d’Israël, et que « les traditions établies par le mouvement sioniste en Israël portent les mêmes valeurs que celles que je m’efforce de suivre. » Il a ensuite ajouté que même si Israël continuait à étendre ses implantations, le fort soutien du Congrès américain à Israël signifiait que « les Etats-Unis seront toujours là » comme allié.

Obama a ajouté que son administration avait constamment fait pression sur les dirigeants palestiniens pour mettre fin aux violences contre les Israéliens.

« L’idée que, quelque part, nous n’avons pas été durs envers les Palestiniens, nous avons constamment harcelé les Palestiniens sur la fin des incitations [à la violence], sur la fin de la violence », a-t-il déclaré.

Il a prévenu que les « perspectives de paix s’évanouissent […] à petits pas », en partie parce que les implantations de Cisjordanie érodent la possibilité d’un futur état palestinien viable aux côtés de l’Etat juif.

Poussé par Dayan, le président américain a reconnu qu’il existait une différence entre Jérusalem Est, les blocs d’implantations et les implantations isolées de Cisjordanie.

Le président américain Barack Obama pendant un entretien accordé à la Deuxième chaîne et diffusé le 10 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Le président américain Barack Obama pendant un entretien accordé à la Deuxième chaîne et diffusé le 10 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

« Chacun d’entre nous reconnaîtra que dans toute résolution finale, des portions de ce qui est actuellement considéré comme un territoire occupé feront partie d’Israël, a-t-il déclaré. C’est là que la profondeur stratégique intervient, c’est à ce moment que des sujets historiques comme le mur Occidental entrent en jeu. »

« Même Israël reconnaît que le statut de Jérusalem Est est un sujet brûlant des négociations », a-t-il ajouté.

Pendant l’entretien d’une demi-heure, Obama a soutenu ses décisions et défendu son héritage, affirmant que, bien qu’il ait eu des « profonds désaccords » avec Netanyahu sur « certains sujets », il était un partisan indéfectible d’Israël.

« Notre engagement envers la sécurité d’Israël a été sans faille », a affirmé le président.

« Je ferai tout ce qui est nécessaire pou garantir qu’Israël jouisse d’une position de force, qu’il peut se défendre par lui-même, a-t-il déclaré. Grâce à cette force, vous êtes alors en position de prendre des risques pour la paix. Pas des risques stupides, pas des risques imprudents, mais des risques. »

Obama et Netanyahu ont eu une relation souvent compliquée, où ils se sont affrontés sur les constructions dans les implantations, les négociations de paix, et l’accord nucléaire iranien de 2015. L’accord, négocié entre l’Iran et six puissances mondiales, dont les Etats-Unis, gèle les activités nucléaires de Téhéran en échange d’une levée des sanctions.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès des États-Unis à Washington, D.C., le 3 mars 2015. (Crédit : Win McNamee/Getty Imagess/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès des États-Unis à Washington, D.C., le 3 mars 2015. (Crédit : Win McNamee/Getty Imagess/AFP)

Netanyahu avait fustigé l’accord, qu’il considère comme une capitulation face à l’Iran, notamment dans un discours controversé prononcé en mars 2015 devant le Congrès américain. Mais Obama a souligné que des responsables israéliens pensaient que le pacte avait aidé Israël.

« Les équipes militaires et de renseignements d’Israël disent que cet accord permet d’atteindre l’objectif que nous avions fixé, a déclaré Obama. On a dit que je trahissais les intérêts israéliens, et nous avons à présent des preuves, parce que nous pouvons regarder, et voilà, mes négociations réfléchies […] ont largement diminué la possibilité que l’un des plus puissants ennemis d’Israël obtienne une arme qui aurait menacé l’existence d’Israël. »

Quand il lui a été demandé si Netanyahu pouvait compter sur un ami à la Maison Blanche quand Trump arriverait au pouvoir, Obama a répondu qu’ « il avait un bon ami, mais Bibi ne l’avait pas toujours reconnu. »

« Il a eu un bon ami au cours des huit dernières années », a ajouté Obama.

Danny Danon, l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, a répondu à l’entretien d’Obama en déclarant que « malgré la coopération étroite entre Israël et les Etats-Unis pendant les années de l’administration Obama, il est dommage que sa présidence soit rappelée par la vision perturbante des membres du Conseil de sécurité [des Nations unies] applaudissant après l’adoption d’une résolution anti-Israël. »

« Le fait qu’Israël ait été abandonné au Conseil de sécurité par le président Obama ne peut pas être changé », a ajouté Danon.

L’équipe du Times of Israël, JTA et des agences ont contribué à cet article.