Washington – Si le Congrès américain tue l’accord nucléaire iranien, l’Amérique finira par n’avoir d’autre choix que de mener une frappe militaire contre les installations nucléaires de Téhéran, qui à son tour multipliera les actes terroristes contre Israël, a déclaré le président américain Barack Obama aux dirigeants juifs mardi, selon une source présente lors de la réunion.

Au cours de la réunion de deux heures, Obama a déclaré qu’il était légitime que les adversaires de l’accord fassent pression sur les législateurs, ajoutant qu’une discussion autour d’attaques personnelles, plutôt que sur le fond de l’accord, pourrait mettre en péril la cohérence de la communauté juive américaine et, finalement, affaiblir les relations américano-israéliennes, selon Greg Rosenbaum, président du National Jewish Democratic Council.

Dans une tentative de convaincre la communauté juive américaine de soutenir l’accord, Obama et le vice-président Joe Biden ont accueilli 20 dirigeants juifs de tout le spectre politique et religieux au Cabinet de la Maison Blanche, quelques heures après que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a exhorté les membres des Fédérations juives d’Amérique du Nord dans une vidéo à s’opposer à l’accord.

S’adressant à l’Association des correspondants diplomates israéliens après leur rencontre avec le président, Rosenbaum a déclaré qu’Obama avait méticuleusement essayé de démystifier les arguments contre l’accord iranien, tout en reconnaissant que l’accord était « loin d’être parfait ».

Certains des opposants à l’accord se plaignent que l’administration les présentait comme des fauteurs de guerre, sous l’argument que la seule alternative à l’accord – signé le mois dernier à Vienne entre l’Iran et six puissances mondiales – serait une guerre, selon plusieurs responsables présents à la réunion. Obama a répondu qu’il croit vraiment que si l’accord est rejeté par le Congrès, le résultat final sera une frappe militaire, selon Rosenbaum.

Si le Congrès réussissait à tuer l’accord et que l’Iran commençait de nouveau à enrichir de l’uranium à des niveaux de qualité militaire, les adversaires de l’accord feront pression sur le gouvernement américain en lançant une attaque préventive contre les installations nucléaires de la République islamique, aurait déclaré le président.

« Mais le résultat d’une telle attaque ne sera pas la guerre avec l’Iran », dit Rosenbaum, citant le président.

L’Iran ne lancera pas d’attaque d’envergure sur l’Amérique, sachant que son armée, avec un budget annuel de 15 milliards de dollars, n’a aucune chance contre l’armée américaine et son budget de près de 600 milliards de dollars, a affirmé le président.

Plutôt, les mandataires terroristes de l’Iran attaqueront des cibles américaines et israéliennes, par exemple en visant des porte-avions ou en armant des groupes terroristes le long des frontières israéliennes.

« Ils se battront de manière asymétrique. Cela signifie davantage de soutien au terrorisme, davantage de roquettes du Hezbollah sur Tel Aviv », a déclaré Obama, selon Rosenbaum. « Je peux vous assurer qu’Israël subira le poids de la réaction asymétrique iranienne à une frappe militaire sur ses installations nucléaires. »

Lors du briefing de la Maison Blanche, Obama a indiqué qu’il était prêt à rencontrer Netanyahu, à discuter « en des termes plus que généraux » et à renforcer l’assistance militaire de Washington à Israël, mais le dirigeant israélien l’a refusé à ce stade, selon Rosenbaum.

Le président a également laissé entendre qu’il avait proposé une rencontre avec Netanyahu – similaire à sa rencontre avec les dirigeants des Etats arabes du Golfe – mais que le Premier ministre avait repoussé l’offre, selon Rosenbaum.

Le président estime que Netanyahu refuse de s’entretenir sur une compensation financière car il a l’intention de lutter contre l’accord, a-t-il dit.

Lors du briefing de la Maison Blanche, qualifié par les participants de « grave » et de « contentieux », les adversaires et les partisans de l’accord se sont affrontés verbalement, chaque côté accusant l’autre de le dénigrer.

Les opposants ont affirmé que l’administration les dépeint comme désireux d’une guerre avec l’Iran, tandis que ceux en faveur de l’accord disent qu’ils ont été accusés d’être des kapos et d’aider à préparer un second Holocauste.

Obama a affirmé qu’il ne se faisait aucune illusion sur sa capacité à convaincre tous les dirigeants juifs de tomber d’accord avec lui, et que les adversaires ont le droit légitime de dépenser autant d’argent qu’ils le souhaitent dans le lobbying contre l’accord.

Si, toutefois, le débat ne porte pas sur les mérites de l’accord, mais sur des faits trompeurs et faux, « je crains que vous n’affaiblissiez la cohérence de la communauté juive et, au bout du compte, la force de la relation entre les États-Unis et Israël », a déclaré Obama, selon Rosenbaum.

Dans un échange prolongé avec Lee Rosenberg, président du American Israel Public Affairs Committee, Obama aurait affirmé qu’il était juste que l’organisation dépense des millions de dollars dans ses efforts de tuer l’accord.

Mais, a-t-il ajouté, les annonces dans les journaux de l’AIPAC ne devraient pas accuser les Juifs qui soutiennent l’accord d’être de mauvais Juifs ou de porter atteinte à la sécurité d’Israël. Le débat houleux sur ses risques déchire la communauté juive et cause de dégâts « irréparables », a-t-il dit.

En effet, Obama a dit à l’AIPAC que les annonces dans les journaux sont « inexactes » et qu’il doit passer près d’une heure avec chaque législateur que l’AIPAC a contacté pour remettre les pendules à l’heure, selon Rosenbaum.

Lors de son allocution vidéo plus tôt mardi à l’intention des Juifs américains, Netanyahu a averti que, s’il est ratifié, l’accord nucléaire conduirait à la guerre et à une course à régionale à l’armement nucléaire « cauchemardesque ».

« Cet accord mènera à la guerre », a-t-il averti. « L’Iran peut respecter l’accord ou peut tricher. De toute façon, il se dotera de la bombe, a déclaré Netanyahu, avant d’ajouter, « de centaines de bombes ». En outre, a-t-il dit, l’Iran construit des missiles balistiques intercontinentaux pour « vous frapper », et non frapper Israël.

La communauté juive américaine est considérée comme un baromètre clé pour le sort de l’accord. Le Congrès dispose d’une période de 60 jours pour l’examiner l’accord le vote crucial en septembre.

Un certain nombre d’organisations juives ont appelé les membres à faire pression sur leurs représentants pour s’opposer à l’accord. Selon ses critiques, l’accord n’empêchera pas Téhéran de devenir une puissance nucléaire et lui permettra de renforcer son soutien aux éléments régionaux extrémistes.

D’autres organisations, comme l’American Jewish Committee, annoncent qu’elles examinent toujours les détails de l’accord, et doivent encore décider d’une position officielle. J Street a été à l’avant-garde des efforts de plaidoyer pro-accord, annonçant rapidement son soutien et faisant valoir qu’il représente la meilleure manière de contrôler les centrifugeuses iraniennes.

Rebecca Shimoni Stoil et Elie Leshem ont contribué à cet article.