La députée La France insoumise Danièle Obono, accusée de « dérive islamo-gauchiste » par Manuel Valls, a nettement pris ses distances dimanche avec l’humoriste controversé Dieudonné, qui ne fait « pas partie du mouvement antiraciste » mais est au contraire, selon elle, « raciste et antisémite ».

Interrogée sur Radio J sur les critiques dont elle a fait l’objet pour ses propos en janvier 2015, au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, où elle reprochait à ceux qui avaient soutenu les « caricatures racistes de Charlie Hebdo » de s’être « tus quand l’Etat s’est attaqué à Dieudonné », la députée de Paris a estimé qu’il s’agissait d’un « mauvais procès ».

« Quand je fais cette déclaration en 2015, c’est dans un débat dans le mouvement anti-raciste. Je ne crois pas que Dieudonné fasse partie du mouvement anti-raciste, parce que c’est un raciste. Donc nous ne faisons pas partie du même camp, c’est un ennemi et voilà, je ne suis pas d’accord avec lui. Je n’ai rien à voir avec quelqu’un qui défend des idées racistes et antisémites. Je ne me sens absolument pas proche de Dieudonné », a martelé l’élue, qui se définit notamment comme « altermondialiste », « afro-féministe » et « anti-raciste ».

Quant au soutien que lui a apporté en octobre Dieudonné face à Manuel Valls, Mme Obono y voit la déclaration d’un « opportuniste qui se sert de tous les moyens pour faire parler de lui ».

Donc, pour elle, Dieudonné est un raciste et un antisémite ? « Oui, il a été condamné pour ça, on le sait, et il faut se battre là-dessus », a-t-elle insisté.

Danièle Obono a toutefois appelé à ne « pas donner l’impression qu’il y a un deux poids deux mesures sur la question de la liberté d’expression », renvoyant « aux nombreux communiqués de la Ligue des droits de l’Homme » pour qui l’interdiction des spectacles de Dieudonné constitue « un grave recul de l’Etat de droit, qui permet à cette personne de se présenter comme une victime ».

« On donne l’impression qu’il n’y a pas une lutte commune contre le racisme et l’antisémitisme », a-t-elle accusé.

L’humoriste controversé M’Bala M’Bala (Crédit : CC-BY-SA-3.0 by Jastrow, Wikimedia Commons)

La députée a par ailleurs pris la défense de la porte-parole du Parti des indigènes de la République (PIR), Houria Bouteldja, accusée par ses adversaires de favoriser l’antisémitisme, et qu’elle considère comme « une camarade » dans la lutte contre le racisme.

« Je respecte la militante anti-raciste. C’est dans le mouvement anti-raciste que je l’ai connue, c’est dans ces luttes-là que l’on s’est battues », a-t-elle déclaré au micro de Radio J.

Interrogée sur le fait de savoir si les propos de Mme Bouteldja – qui affirmait en mars 2015 que « Les juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française et de sa politique islamophobe » – étaient des propos racistes ou antiracistes, la députée de Paris a répondu : « Je ne sais pas ».

Quant à la photo présentant la porte-parole du PIR à côté d’une pancarte « Les sionistes au goulag », Danièle Obono a jugé qu’il s’agissait d’une « photo de très mauvais goût », qui n’était « pas acceptable ».

« Houria Bouteldja, je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle dit, mais c’est une militante anti-raciste (…) Je considère Houria Bouteldja comme une camarade, parce qu’elle fait partie de ce mouvement-là. Et dans ce mouvement-là, on se bat sur la question de l’égalité », a insisté l’élue de Paris.

Le Parti des indigènes de la République, fondé en 2005 par des « militants issus de l’immigration post-coloniale », est décrié par des associations anti-racistes traditionnelles, qui lui reprochent d’attiser la concurrence des mémoires.

Il est parfois accusé par ses adversaires de favoriser l’antisémitisme, notamment en 2015 par le Mrap, après avoir dénoncé un supposé « philosémitisme d’Etat ».

Houria Bouteldja (Crédit : Capture d’écran YouTube)