WASHINGTON – Après la controverse autour de la nomination du nouveau rapporteur spécial de l’ONU sur la question des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens, le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies (CDH) basé à Genève a décidé vendredi de reporter le vote d’un mois. Dix-huit nouveaux rapporteurs spéciaux doivent être désignés.

La décision est intervenue quelques heures seulement après que le CDH ait voté une série de cinq résolutions condamnant Israël. Ces résolutions ont obtenu un large soutien de la plupart des membres votants.

Le CDH a accédé à une requête soumise par la délégation péruvienne de reporter l’annonce des candidatures d’un mois. La motion du Pérou ne semble pas être liée aux rapports, révélés jeudi par UN Watch, faisant état de la nomination de Christine Chinkin au poste de rapporteur spécial de l’ONU sur les Droits de l’Homme pour les Palestiniens.

Pourtant, dans les coulisses de Genève, les tractations se poursuivent concernant le candidat qui succéderait à Richard Falk, professeur juif américain émérite de Princeton, dont la véhémence rhétorique anti-Israélienne fait débat.

La professeure de droit de l’Université de Georgetown Christina Cerna pouvait se prévaloir jusqu’ici de la recommandation unanime des cinq membres du comité de vérification du CDH. Or, ces derniers jours, les Etats arabes ont menacé d’opposer leur veto à la nomination de Cerna.

Autre candidate, Cristine Chinkin, professeure de droit à la prestigieuse London School of Economics et co-auteure du rapport Goldstone – document fustigeant les actions de l’armée israélienne à Gaza pendant l’opération Plomb durci – ferait figure de favorite pour succéder à Richard Falk, au poste de Rapporteur spécial de l’ONU sur la « situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ».

Elle fut également l’un des trois membres de la commission ayant désavoué le juge Richard Goldstone quand ce dernier s’est rétracté sur les principales conclusions de son rapport, y compris l’affirmation selon laquelle Israël aurait tué délibérément des civils.

Dans une lettre officielle, le président du Conseil des droits de l’Homme Baudelaire Ndong Ella a justifié la désignation de Chinkin suite à « une série de consultations avec toutes les parties concernées, en vue d’assurer le plus haut niveau possible d’efficacité de la titulaire du mandat ».

L’épouse de Falk, Hilal Elver, a été nommée Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, tandis qu’un Israélien – Israël Doron – a été désigné expert indépendant sur les Droits de l’Homme pour les personnes âgées.

Dans le même temps, les Nations unies ont voté une série de résolutions, dont le caractère unilatéral a été dénoncé par les groupes juifs suppléés par le représentant américain au CDH.

La résolution intitulée « Les colonies de peuplement israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem Est, et le Golan syrien occupé. », est votée dans le cadre du point 7 de l’agenda permanent du CDH. Israël est le seul pays inscrit à l’ordre du jour permanent du Conseil des droits de l’Homme.

Si les quatre résolutions se référant à la question palestinienne ont toutes été adoptées par 46 voix contre 1, la cinquième, parrainée par le régime du président syrien Bachar el-Assad et qui exige qu’Israël rétrocède le « Golan syrien », a reçu un soutien plus limité, avec 33 voix contre 1, et 13 abstentions.

Au cours des débats houleux qui ont précédé le vote, la sous-secrétaire d’Etat américaine Paula Schriefer a dénoncé ces résolutions.

« Aucun des pires violateurs des droits de l’Homme dans le monde, dont certains font l’objet de résolutions dans cette session, n’ont leur propre ordre du jour permanent dans ce Conseil. Seul Israël, une démocratie vivante et ouverte, doit subir un tel traitement », a déploré Schriefer.

« Non seulement ces résolutions sur ce point de l’ordre du jour sont biaisées, mais elles participent à saper nos efforts collectifs pour promouvoir une résolution pacifique du conflit israélo-arabe », a ajouté Schriefer, qui a dirigé la délégation américaine à la CDH.

« Ce Conseil pointe continuellement un doigt accusateur contre Israël sans reconnaître les attaques violentes dirigées contre son peuple, ni les obligations et les étapes difficiles soumises aux deux parties afin de résoudre le conflit. »

La Ligue anti-diffamation (ADL) a condamné l’adoption des cinq résolutions, affirmant qu’elles dépassaient les critiques courantes formulées par la communauté internationale sur la question des implantations juives.

L’organisation demande aux États membres du Conseil des droits de l’Homme à s’y opposer.

« Une fois de plus, un organisme de l’ONU participe à la délégitimation et à l’isolation d’Israël », a déclaré Abraham Foxman, directeur de l’ADL.

La résolution exhorte la communauté internationale à éviter toute activité commerciale avec les implantations situées au-delà des frontières de 1967 et demande à tous les États de « s’assurer qu’ils n’agissent en aucun cas dans un sens qui aiderait à l’expansion des implantations ou la construction du mur dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem Est, de manière directe ou indirecte. »

Dans un communiqué, Foxman déplore « qu’aucune voix européenne courageuse ne se soit élevée pour dire non à cette infamie de l’ONU ».
« Cette résolution tente d’avancer une position similaire à celle du mouvement anti-israélien de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et met, en même temps, les négociations de paix sérieusement en danger », dénonce Foxman.

La résolution constitue une attaque contre Israël « encore plus importante que toutes [celles prises au cours des] sessions précédentes ».

« Le langage dépasse les politiques actuelles de la plupart des pays en ce qui concerne les implantations israéliennes », ajoute Foxman.

« Nous pensons respectueusement qu’aucun pays ne devrait voter en faveur de cette résolution abusive. En votant contre la résolution, votre gouvernement peut encourager le CDH et ses États membres à annuler les mesures préjudiciables en faveur d’une solution à deux États et d’une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien. »

Dans la même verve, l’American Jewish Committee (AJC) a dénoncé, par la voix de son directeur exécutif David Harris, « un exercice annuel honteux de condamnation contre Israël » qui « ne participe pas à faire avancer la cause de la paix israélo-arabe – ou de la vérité ».

Selon Harris, « pointer du doigt de façon obsessionnelle un seul membre de l’ONU, Israël, sape totalement la crédibilité même de cet organe des Nations unies ».

« Alors même que les Israéliens travaillent sur un accord de paix permanent et durable, le Conseil des droits de l’Homme a une fois de plus jugé bon de conforter les Palestiniens qui croient pouvoir contourner le processus de paix et profiter de la pression internationale sur Israël », a ajouté Harris.

« Une fois de plus, le principal organe de l’ONU dédié aux droits de l’Homme a saboté sa promesse d’équité, un vœu au cœur de la Charte des Nations unies », accuse Harris.