Banc de Binary, l’une des premières sociétés d’options binaires installées en Israël, aurait fermé son centre d’appels et renoncé à l’obtention de sa licence chypriote. La société a été contrainte par des tribunaux américains à payer des millions de dollars pour avoir illégalement sollicité des clients aux Etats-Unis. Elle a également reçu une amende du régulateur chypriote l’année dernière, et a été citée pour activité illégale par les régulateurs d’Australie, de Nouvelle-Zélande et du Canada.

Des articles dans le quotidien en hébreu The Marker et le journal financier Finance Magnates ont cité des régulations plus importantes des options binaires par le régulateur chypriote (CySEC), et une attention médiatique importante sur les pratiques douteuses de l’entreprise pour expliquer la fermeture.

Le Times of Israël, qui s’est intéressé à Banc de Binary dans un article paru en août dernier, a révélé l’escroquerie des options binaires en Israël depuis dix mois.

Suite à ces reportages, la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset a organisé une séssion extraordinaire au sujet de cette escroquerie, et a exigé que la police prenne des mesures immédiates contre les fraudeurs et a facilité les législations pour fermer le secteur entier. Les autorités israéliennes ont promis d’ « éradiquer » la fraude qui a dépouillé des victimes du monde entier au cours de la dernière décennie.

Le 9 janvier, CySEC a annoncé que Banc de Binary, régulée à Chypre et installée en Israël, avait volontairement renoncé à son enregistrement à Chypre, qui l’autorisait à solliciter légalement des clients via le site internet eu.bancdebinary.com.

Le régulateur chypriote a ajouté que Banc de Binary Ltd. « reste sous la supervision de CySEC jusqu’à ce qu’elle s’acquitte des obligations qui lui incombent pour des services d’investissement et/ou des activités qui deviendront caduques. »

Au moins un client de Banc de Binary, qui a reçu un jugement en août de l’administration chypriote, statuant que la société lui doit 170 000 euros, attend encore anxieusement son argent.

Le régulateur australien a listé les banques où Banc de Binary conserve ses fonds. Il s’agit notamment de Piraeus Bank Cyprus Limited, de West East Bank, du Crédit Suisse, de Wirecard Bank AG et de TBI BANK EAD.

L’entreprise ferme-t-elle vraiment ?

Plusieurs sources familières de Banc de Binary ont déclaré le mois dernier au Times of Israël que les informations sur la fermeture de l’entreprise étaient vraies, et que beaucoup d’employés avaient été licenciés. D’autres étaient plus sceptiques. Des publications sur les réseaux sociaux se demandaient ce que cela signifiait pour le futur de l’industrie des options binaires en Israël.

La tour Banc de Binary à Ramat Gan, en 2014. (Crédit : BDBJack/CC BY-SA/Wikipedia)

La tour Banc de Binary à Ramat Gan, en 2014. (Crédit : BDBJack/CC BY-SA/Wikipedia)

« Waouh », a écrit un Israélien sur Facebook, « Banc de Binary était l’une des premières et des plus importantes en Israël. Je sais combien de personnes pensent que les options binaires sont une arnaque, etc., mais c’est un coup majeur pour l’économie, pour Ramat Gan. »

Ramat Gan est une ville proche de Tel Aviv qui accueille des dizaines d’entreprises d’options binaires.

D’autres commentateurs, travaillant probablement pour les options binaires, ont déploré la fermeture, qui serait le début de la fin de l’industrie des options binaires en Israël.

« Vous avez eu ce que vous vouliez, a écrit un commentateur dans The Marker. Vous êtes content maintenant ? Des milliers d’employés au chômage, une baisse du pouvoir d’achat, des impôts qui ne seront pas payés, des fournisseurs de service qui feront faillite. Mais, hey, bon travail, vous avez fermé les options binaires. Idiots ! »

Un autre commentateur a alors répondu « désolé, mais je ne vais pas pleurer pour des arnaqueurs qui ont commis des crimes moraux et qui ont aidé à générer de l’antisémitisme contre les Israéliens et contre les Juifs. »

Certaines sources connaissant l’industrie des options binaires ont déclaré au Times of Israël qu’elles ne pensent pas que Banc de Binary ferme pour de bon, mais que l’entreprise pouvait changer de nom. Une femme a entendu que l’entreprise relocalisait son centre d’appels en Roumanie tout en maintenant d’autres fonctions en Israël.

« J’ai entendu de mes amis qui y ont travaillé qu’ils faisaient une relocalisation en Europe, mais ils continueront à vendre des options binaires », a déclaré une troisième source au Times of Israël. « Peut-être qu’ils vont continuer à travailler depuis Israël aussi mais ils feront profil bas. »

Une annonce Facebook pour un emploi dans une compagnie d'options binaires israélienne, publiée le 19 avril 2016. (Crédit : capture d'écran)

Une annonce Facebook pour un emploi dans une compagnie d’options binaires israélienne, publiée le 19 avril 2016. (Crédit : capture d’écran)

Le Times of Israël a contacté ETBO Services, le siège de l’entreprise à Ramat Gan, pour demander s’ils comptaient effectivement arrêter toute leur opération. Après plusieurs appels, une femme a répondu que « je ne peux pas vous le dire. Vous devez appeler notre département juridique. »

Personne au département juridique de l’ETBO n’a pu être contacté avant la publication de cet article.

Banc de Binary est apparu sur internet vers 2010. La même année, un homme du nom d’Oran Shabat a créé l’entreprise israélienne E.T. Binary Options Ltd., qui était la compagnie israélienne qui gérait le centre d’appels et Banc de Binary. L’entreprise, qui a ensuite changé de nom E.T.B.O. Services, est possédée par Oran, Hezi et Lior Shabat, selon le registre des sociétés israélien. Une petite partie des parts de l’entreprise sont détenues par un trust représentant Yossi Almaliach, Ronen Tubul, Ohad Tzori et Yoram Menachem.

En mars 2016, un tribunal américain a ordonné à l’entreprise de payer plus de 11 millions de dollars de dédommagement et de pénalité pour avoir sollicité illégalement des clients américains.

John Berry, avocat de la SEC, le régulateur des titres et des marchés américain, a déclaré en mai 2016 à la BBC que non seulement Banc de Binary avait vendu des produits financiers à des investisseurs sans y être autorisée, mais qu’elle avait également menti à ces investisseurs.

Oren Shabat Laurent, fondateur et PDG de Banc de Binary. (Crédit  : capture d'écran Youtube)

Oren Shabat Laurent, fondateur et PDG de Banc de Binary. (Crédit : capture d’écran Youtube)

« Nous avons présenté à la cour des preuves que Banc de Binary disait aux investisseurs américains que Banc de Binary était situé à Wall Street, et nous avons des preuves de discussions sur internet où un courtier de Banc de Binary a dit à un investisseur américain ‘je vis, vous savez, juste en-dessous de Wall Street, j’ai une adresse Wall Street, je travaille là-bas’, et ils ont ainsi menti à plusieurs reprises à des clients américains en disant être aux Etats-Unis avec une adresse américaine sur Wall Street et un numéro de téléphone de New York. »

Les régulateurs australien, néo-zélandais et canadien ont publié des avertissements contre Banc de Binary pour ses activités illégales. Une autre marque souvent associée à Banc de Binary, Option.fm, a été placée sur liste noire par les régulateurs financiers de l’Ontario, de Hong Kong, de l’Australie et de Nouvelle-Zélande.

L’entreprise a attiré l’attention des médias l’année dernière, notamment avec des articles du Times of Israël, du Daily Mail et du Sunday Times britanniques. Le club de football de Southampton, en Angleterre, aurait abandonné son partenariat avec Banc de Binary après avoir été interrogé sur son association avec l’entreprise par les médias.

La CySEC a ordonné à Banc de Binary de payer une amende de 350 000 euros en janvier 2015, et enquête depuis sur l’entreprise. Le 30 novembre, le régulateur a informé les entreprises qu’elles ne pourraient plus proposer de « bonus » à leurs clients, par lesquels ils reçoivent des incitations financières à continuer à faire des transactions mais les obligent à atteindre un important volume d’échanges avant de pouvoir retirer leur argent.

Au cours des derniers mois, le Times of Israël a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, en commençant en mars par un article intitulé « Les loups de Tel Aviv », et a estimé que l’industrie représente plus de 100 entreprises en Israël, dont la plupart sont frauduleuses et emploient diverses ruses pour voler l’argent de leurs clients.

Offre d'emploi pour Prime Sales, une entreprise d'options binaires israélienne, avec une image tirée du film "Les loups de Wall Street". (Crédit : capture d'écran)

Offre d’emploi pour Prime Sales, une entreprise d’options binaires israélienne, avec une image tirée du film « Les loups de Wall Street ». (Crédit : capture d’écran)

Ces compagnies trompent leurs victimes en leur faisant croire qu’elles proposent des investissements lucratifs à court terme, mais dans l’écrasante majorité des cas, les clients finissent par perdre tout leur argent, ou presque et ce du jour au lendemain. Des milliers d’Israéliens travaillent dans ce domaine, qui aurait arnaqué des milliards de dollars à des victimes du monde entier pendant la dernière décennie.

En janvier, le Times of Israël a annoncé que le Canadien Fred Turbide s’était suicidé après avoir perdu plus de 200 000 dollars canadiens à cause d’entre entreprise israélienne d’options binaires. Cette société a récupéré de l’argent sur la carte de crédit de Turbide même après sa mort. Sa veuve a voulu raconter la tragédie pour que « le monde sache qu’ils sont responsables de la mort de l’amour de ma vie. »

Le bureau du Premier ministre a condamné en octobre les « pratiques sans scrupule » de l’industrie, et a appelé à son interdiction dans le monde entier.

En réponse aux articles du Times of Israël, la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset a organisé une session spéciale le 2 janvier sur l’échec du gouvernement à arrêter la fraude des options binaires. La présidente de la commission, la députée Karin Elharar, du parti Yesh Atid, a demandé que la police commence à appliquer la loi contre les entreprises frauduleuses d’options binaires dès le prochain mois, et que l’Autorité des titres israélienne présente d’urgence un projet de loi permettant de fermer toute l’industrie.

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset, pendant une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

La députée Karin Elharar, présidente de la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset, pendant une session sur la répression de la fraude des options binaires, le 2 janvier 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

La police a ignoré la demande d’Elharar de se présenter devant la commission. Une seconde réunion aura lieu en février, et il a été ordonné à la police d’y être présente.

Malgré ces développements, la possible fermeture de Banc de Binary serait une décision volontaire prise en réponse aux pressions de la CySEC et des médias, et pas au système juridique israélien, qui n’a pour l’instant pris aucune mesure contre l’industrie. Même avec les licenciements de Banc de Binary, plus de 100 entreprises d’options binaires opèrent toujours sans obstacle depuis Israël.

Comme l’a écrit une femme sur une page Facebook israélienne le 10 janvier, « Vous avez travaillé chez Banc de Binary ? Vous cherchez un nouveau foyer ? Une entreprise régulée recherche les MEILLEURS DES MEILLEURS. »