Le vice-ministre Michael Oren a critiqué jeudi le discours prononcé par le Secrétaire d’Etat John Kerry consacré au processus de paix, le qualifiant d’historiquement inexact, d’offensif et de dangereux, et a appelé à une réinitialisation totale des liens entre Israël et les Etats Unis.

Oren, ancien ambassadeur israélien à Washington, a également déclaré que la vision critique du gouvernement israélien telle qu’elle est perçue par l’administration sortante et qui a culminé avec l’abstention américaine lors du vote d’une résolution, vendredi dernier, dénonçant les implantations israéliennes au Conseil de Sécurité, a été prédéterminée par les dispositions idéologiques du président Barack Obama qui sont toujours restées inébranlables.

“Le discours de Kerry a été troublant pour tant de raisons”, a confié Oran au Times of Israel. “C’est troublant parce que c’est là le niveau auquel la politique étrangère américaine est tombée aujourd’hui. C’est triste, c’est tragique et c’est dangereux. Nous n’avons pas besoin de cette relation. Nous n’avons pas besoin de cette Amérique là.”

Il a ajouté : “La relation entretenue par Israël et les Etats Unis est vitale pour nous, pour la région et, je le pense, pour le monde. Mais nous avons besoin d’une Amérique dont la force et l’engagement envers ses alliés sont indubitables. »

Le Secrétaire d'Etat John Kerry donne un discours consacré à la paix au Moyen Orient au Département d'Etat, à Washington, le 28 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/Getty Images/AFP)

Le Secrétaire d’Etat John Kerry donne un discours consacré à la paix au Moyen Orient au Département d’Etat, à Washington, le 28 décembre 2016. (Crédit : Zach Gibson/Getty Images/AFP)

Au cours de son discours, prononcé jeudi à Washington, le Secrétaire d’Etat a fait la distinction entre les valeurs américaines et israéliennes, laissant planer le doute sur l’attachement israélien à la démocratie, a accusé Oran.

“Mais il n’a pas soulevé la question de pourquoi ces valeurs ne poussent pas les Etats Unis à faire quelque chose pour sauver des centaines de milliers de vie dans notre région”.

Dans son long discours, Kerry a insisté sur le fait que l’administration Obama « ne peut être fidèle à ses propres valeurs – ou même aux valeurs démocratiques déclarées par Israël – et nous ne pourrons défendre et protéger Israël correctement si nous autorisons la destruction devant nos propres yeux d’une solution viable à deux états ».

Michael Oren avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l'ambassadeur américain Dan Shapiro à Jérusalem lors de la visite du président Barack Obama en Israël en mars 2013 (Crédit : Facebook)

Michael Oren avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ambassadeur américain Dan Shapiro à Jérusalem lors de la visite du président Barack Obama en Israël en mars 2013 (Crédit : Facebook)

Oren, membre du parti Koulanou qui, au mois d’août, a été nommé vice-ministre de la Diplomatie au sein du cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, n’a pas seulement dénoncé le contenu du discours de Kerry mais également le ton employé lors de l’allocution.

“Lorsqu’il a évoqué le terrorisme et les incitations palestiniennes, il a parlé avec une voix plus ou moins régulière. Mais lorsqu’il a parlé des implantations ? Oh mon Dieu, il était passionné, furieux”.

Oren a indiqué avoir également été profondément troublé par la “distorsion systématique du récit historique” lors de la présentation de Kerry. “Dans les récits du Secrétaire, il n’y a pas de Seconde Intifada. Il y a les accords de paix d’Oslo mais il n’a jamais cessé de se demander pourquoi Oslo n’a jamais été mis en oeuvre.”

Kerry a également échoué à reconnaître le retrait en 2005 d’Israël de la Bande de Gaza et les importantes offres avancées par les dirigeants de l’état juif en 2000 et en 2006, a rappelé Oren. De plus, Kerry n’a pas suffisamment parlé de la stratégie palestinienne visant à fuir les discussions bilatérales, internationalisant le conflit à la place.

Oren, qui a été de 2009 à 2013 ambassadeur d’Israël à Washington, a déclaré que l’administration lui avait souvent promis une chose, faisant une autre à la place.

Michael Oren lors d'un débat politique à l'Université Hébraïque de Jérusalem (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Michael Oren lors d’un débat politique à l’Université Hébraïque de Jérusalem (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

“Cela a été une promesse non tenue après l’autre”, a-t-il dit.

Obama est guidé par un dédain idéologique bien ancré pour les implantations israéliennes, notamment les blocs et dans les quartiers de Jérusalem-Est qui se trouvent au-delà des lignes de 1967, a indiqué Oren.

Aucun leader israélien – même un dirigeant de gauche assumé souhaitant démanteler la majorité des implantations – n’aurait été en mesure de faire changer les politiques hostiles du président envers Israël, a-t-il postulé.

“C’est la conviction la plus profondément ancrée que j’ai : celle qu’avec un autre leader israélien, de quelque parti qu’il soit, le résultat aurait été le même », a-t-il regretté. « Il n’y a rien que nous aurions pu faire qui aurait pu modifier ce résultat”.

Même si Netanyahu n’avait pas accepté une invitation, l’année dernière, pour intervenir devant le Congrès américain pour s’exprimer en défaveur de l’accord nucléaire qu’Obama préparait avec l’Iran, la position ostensiblement anti-israélienne de l’administration n’aurait pas pu être évitée, selon Oren. Et Netanyahu, a-t-il donc insisté, ne peut être tenu pour responsable des mauvaises relations entretenues avec Washington.

Obama a été déterminé à combattre le mouvement des implantations israéliennes à partir du moment où il est entré dans le Bureau Ovale en 2009, a poursuivi Oren. En tant qu’ambassadeur à Washington, Oren avait conseillé au gouvernement israélien d’”encaisser les coups” et d’accepter en silence les critiques américaines sur l’expansion des implantations.

Mais finalement, cet état d’esprit n’est pas parvenu à produire des résultats parce que le président américain n’a jamais eu la volonté de changer d’avis sur quelque problème concernant Israël.

Dans la mesure où une diplomatie basée sur la retenue a échoué, Netanyahu a raison d’affronter publiquement le président sur des politiques dont il estime qu’elles sont nuisibles pour la sécurité d’Israël, a affirmé Oren.

Le président américain élu Donald Trump dans les bureaux du New York Times après une rencontre avec les journalistes du quotidien, à New York, le 22 novembre 2016. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Le président américain élu Donald Trump dans les bureaux du New York Times après une rencontre avec les journalistes du quotidien, à New York, le 22 novembre 2016. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

“Nous risquions d’entrer en collision depuis 2009 et c’est ce qu’il s’est passé vendredi dernier”, a-t-il commenté, se référant à la résolution anti-implantations adoptée ce jour-là au Conseil de Sécurité des Nations Unies.

C’est la prérogative de chaque président d’avoir une vision du monde différente de celle du gouvernement israélien, a ajouté Oren, mais la décision stratégique prise par Obama de mettre de la distance entre Washington et Jérusalem a rendu impossible une relation d’intimité, ce qui a mené à une série inévitable de crises.

Il a été impossible d’échanger franchement et de façon productive sur le sujet du conflit israélo-palestinien parce qu’Obama n’avait pas la volonté de réfléchir à d’autres points de vue que le sien, a accusé Oran.

“Un espoir que j’ai en ce qui concerne la prochaine administration de Donald Trump est que si nous entrons dans ce débat, nous permettrons l’avancée de ce processus, nous créerons un horizon”, a-t-il dit. « Vous ne pouvez être en mesure de le faire que s’il n’y a pas d’éloignement entre vous et qu’il y a une vraie intimité ».