Deux responsables d’un site d’informations ont été arrêtés en Jordanie pour avoir diffusé « des rumeurs » liées à l’échange d’une détenue irakienne avec des otages aux mains du groupe djihadiste Etat islamique, a indiqué jeudi une source judiciaire.

Le propriétaire du site « Saraya News », Hachem al-Khalidi, et son chef de la rédaction, Seif Obeidate, risquent jusqu’à 15 ans de prison.

Les autorités jordaniennes, qui imposent des restrictions à la presse, sont accusées par des ONG d’être un obstacle à la liberté d’expression.

La Jordanie est sous forte pression depuis que l’EI, qui détient un pilote jordanien, a réclamé la libération d’une djihadiste irakienne en échange de celle d’un autre otage, un Japonais, enlevé en Syrie par le groupe djihadiste.

L’EI a menacé de tuer jeudi le pilote Maaz al-Kassasbeh si Amman ne relâchait pas Sajida Al-Rishawi, condamnée à mort pour sa participation à une vague d’attentats en 2005 à Amman. La Jordanie a offert de libérer Rishawi mais exigé des assurances que son pilote reviendrait lui aussi sain et sauf.

« Sur ordre du procureur général de la Cour de sûreté de l’Etat, Hachem al-Khalidi et Seif Obeidate ont été arrêtés après la publication de rumeurs sur la libération d’une kamikaze irakienne dans le cadre d’un accord avec l’EI », selon la même source. Le site d’informations a été fermé.

Ils sont accusés « d’avoir utilisé des moyens de communications pour propager les idées d’une organisation terroriste », a ajouté la source judiciaire.

Mercredi, le site Saraya News a rapporté que l’Irakienne avait été libérée et était arrivée en Irak avant d’être remise à l’EI en échange de l’otage japonais, ce qui s’est avéré faux.

Sur les réseaux sociaux et les sites d’informations jordaniens, de folles rumeurs ont circulé le même jour sur la remise de l’Irakienne à des tribus en Irak, ou sur son arrivée dans la province irakienne d’Al-Anbar ou même dans la localité de Tall Abyad en Syrie à la frontière turque en vue d’un échange.

Les autorités jordaniennes ont aussitôt démenti toutes ces rumeurs, soulignant que sa remise en liberté était liée à celle du pilote. L’EI n’a proposé de relâcher que le journaliste japonais.

Egalement sur Facebook, les Jordaniens se sont relayés pour écrire des messages de soutien au pilote, certains écrivant que sa vie était « plus importante » que celle de « la terroriste ».

Maaz al-Kassasbeh a été capturé le 24 décembre après le crash de son F-16 en Syrie, où il menait un raid sur des positions de l’EI dans le cadre de la coalition internationale antijihadistes.

Selon les experts, le chantage de l’EI vise notamment à brouiller les relations entre Amman et Tokyo, l’un de ses principaux créanciers, en forçant le gouvernement japonais à faire pression sur son homologue jordanien pour qu’il consente à élargir la prisonnière irakienne afin de sauver l’otage nippon.