Un responsable palestinien a déclaré que Netanyahu avait soulevé le problème des résidents israéliens des colonies sur le territoire de la future Palestine au cours de ses récents entretiens avec John Kerry.

Des dirigeants palestiniens ont affirmé lundi 27 janvier, que leur refus d’accepter des résidents israéliens des colonies dans leur futur Etat, ne reflétait pas un sentiment antisémite.

Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l’OLP a confié à la rédaction du Times of Israel que les juifs ainsi que les membres de toutes les autres religions pourraient demander la citoyenneté palestinienne, mais que le futur Etat ne pourrait tolérer l’existence d’enclaves peuplées d’anciens résidents qui souhaiteraient conserver leur nationalité israélienne.

Les déclarations émanant du bureau du Premier ministre israélien, selon lesquelles le traité de paix donnerait la possibilité à ces résidents de choisir entre une nouvelle demeure en Israël ou l’acceptation de la souveraineté palestinienne en conservant leur maison, a suscité une vague d’indignation aussi bien du côté palestinien que du côté israélien.

Une source venant du bureau du Premier ministre a également affirmé : « de la même manière qu’en Israël réside une minorité arabe, le Premier ministre ne voit pas pourquoi, il ne pourrait pas y avoir une minorité juive en Palestine. Les juifs qui vivent dans les colonies devraient pouvoir décider de rester ou non. »

Un responsable palestinien sous le couvert de l’anonymat, pas officiellement autorisé à discuter du sujet, a révélé à la rédaction du Times of Israel que Netanyahu avait soulevé le sujet des résidents israéliens qui choisiraient de demeurer sur le futur territoire de la Palestine au cours de la dernière visite de John Kerry. Quant au bureau du Premier israélien, celui-ci s’est abstenu de tout commentaire à ce propos.

« En 2009, deux juifs ont été élus au sein du conseil du Fatah : Ilan Halevi et Uri Davis »

Saeb Erekat

Le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avait décidé précédemment qu’aucun résident des colonies ne serait autorisé à vivre dans le futur Etat palestinien, et le chef de file des négociations de paix, Saeb Arekat, l’avait d’ailleurs réaffirmé, puisque les colonies sont illégales au regard de la loi internationale. Cette déclaration a été qualifiée de « radicale et d’irresponsable « par des sources émanant du bureau du Premier ministre.

Tzipi Livni (gauche), John Kerry (centre) et Saeb Erekat (Crédit : State Department)

Tzipi Livni (gauche), John Kerry (centre) et Saeb Erekat (Crédit : State Department)

Au cours d’une interview donnée au quotidien Al-Ayyam, Saeb Erekat déclarait, lundi, que la position palestinienne n’avait pas pour but de discriminer les juifs. »Si Netanyahu prétend que nous nous positionnons contre les juifs, nous pouvons lui répliquer, qu’en 2009, deux juifs ont été élus au sein du conseil du Fatah : Ilan Halevi et Uri Davis. Nous nous positionnons contre les colonies, parce qu’elles sont illégales et contraires aux lois internationales. »

Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l’OLP, affirme elle aussi qu’une distinction claire doit établie entre les résidents des colonies et les personnes de confession juive qui auraient fait le choix de résider en Palestine.

« Toute personne, qu’elle soit juive, chrétienne, ou bouddhiste, aura le droit de demander la citoyenneté palestinienne, notre loi bannissant toute forme de discrimination fondée sur la race ou l’ethnie » a-t-elle déclaré à la rédaction du Times of Israel.

Elle a toutefois ajouté que les Palestiniens n’accepteraient pas le maintien d’enclaves juives au sein desquelles les résidents conserveraient leur nationalité israélienne. Mahmoud Abbas, a-t-elle déclaré n’a aucun problème avec des juifs qui résideraient dans un Etat palestinien, et ceci est valable également pour la force internationale déployée dans la vallée du Jourdain.

Les frictions entre les colonies israéliennes et palestiniennes rendent la notion de sécurité pour les communautés juives vivant sous l’autorité palestinienne difficilement crédible pour bon nombre de Palestiniens et d’Israéliens.

Mais les minutes dévoilées, par Al Jazeera, d’une rencontre réunissant des négociateurs israéliens et palestiniens indiquent que les palestiniens eux-mêmes avaient proposé d’inclure certaines colonies au sein du territoire de la future Palestine.

Le négociateur palestinien Ahmad Qurei (Abu –’Alaa) déclarait alors à Tzipi Livni, alors en charge du ministère des affaires étrangères, et en présence de Condolezza Rice, et des équipes de négociateurs qu' »en ce qui concerne les colonies, nous proposons d’en supprimer certaines, d’en annexer d’autres et d’en garder quelques-unes sous la souveraineté palestinienne. »

Ahmad Qurei a même suggéré qu’on applique ce modèle à la ville de Maale Adumim, la plus grande colonie située au-delà de la ligne verte, comme symbole de coopération et de coexistence. Livni a rejeté cette idée qu’elle a qualifiée d' »irréaliste. »

Militants palestiniens et étrangers mettent en place un avant-poste de Bab el-Shams (Porte du Soleil), comprenant 25 tentes, dans la zone E1 contestée entre Jérusalem et Maale Adumim - 11 janvier 2013 (Crédit : Flash 90)

Militants palestiniens et étrangers mettent en place un avant-poste de Bab el-Shams (Porte du Soleil), comprenant 25 tentes, dans la zone E1 contestée entre Jérusalem et Maale Adumim – 11 janvier 2013 (Crédit : Flash 90)

Quelques résidents juifs seraient favorables à l’idée de résider sous souveraineté palestinienne dans les colonies existantes. C’est ainsi que Nachum Pachenik, un résident de la région du Gush Etzion, située au sud de Jérusalem, a déclaré au Times of Israel qu’une paix réelle ne pourrait être atteinte que si les parties en présence pouvaient demeurer chez elles.

« Une paix réelle prend chacun en compte, elle permet à chacun de quitter sa maison, le matin, le cœur léger et empli d’un sentiment de sécurité. Il devrait y avoir deux Etats, conformément aux frontières de 1967, et l’expansion des colonies devrait cesser. Pour ce qui est des implantations déjà existantes, elles devraient être conservées », s’est-il exprimé.

Nachum Pachenick a cité un sondage selon lequel 4,5% des résidents israéliens des colonies, qui sont au nombre de 350000 d’après les dernières estimations (hors Jérusalem) accepteraient d’être sous la souveraineté palestinienne.

Hanan Ashrawi a déclaré, que les déclarations de Netanyahu à Davos constituaient clairement, une énième tentative de sabordage des négociations. « Le Premier ministre veut ajouter aux négociations des pré-conditions inacceptables pour les Palestiniens, telles que la reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat juif », souligne-t-elle.