Des hommes qui portent la kippa à Jérusalem, d’autres torse nu à Tel Aviv, ils veulent tous faire savoir au monde qu’ils sont heureux.

La chanson joyeuse de Pharrell Williams « Happy, » diffusée pour la première fois en novembre, fait partie de la bande son du film « Moi, moche et méchant 2. » Elle ne fait d’ailleurs pas que le buzz.

Des centaines de versions sont apparues sur la toile. Des personnes dansent sur la chanson en bougeant les lèvres au son des paroles de Pharrell Williams « Because I’m happy / Clap along if you feel like happiness is the truth. »

Plusieurs de ces versions ont été filmées en Israël. Toutes les vidéos peuvent être envoyées au site de Williams 24HoursofHappiness website.

Selon un professeur de l’Université hébraïque, il existe six caractéristiques qui font qu’une vidéo est « mimétique » plutôt qu’un buzz – en d’autres mots, une vidéo que les gens préfèrent imiter plutôt que de l’envoyer à leurs amis.

Limor Shifman est un professeur du département de la communication et de journalisme de l’université, il a notamment écrit un livre sur le sujet.

Des exemples connus de ces vidéos incluent « Gangnam Style » et « Charlie Bit My Finger. »

« Happy » possède cinq des six caractéristiques citées par Shifman, qui rendent la vidéo « mimétique. »

La première est que le clip montre des gens ordinaires, ce qui la rend plus accessible à ceux qui voudraient l’imiter. C’est simple, la plupart de la vidéo montre une personne dansant devant la caméra, ce qui est facilement imitable.

Les paroles et la musique sont répétitives. Elle est originale, ne parle pas de sexe, de politique, de genre, de race ou de religion. Et finalement, elle est amusante et montre des gens bougeant leurs lèvres sur les paroles de la chanson et la voix de Pharrell Williams.

Un montage d'images de vidéos amateurs de la chanson "Happy" de Pharrell Williams (Crédit : Autorisation de la page Facebook de Pharrell Williams)

Un montage d’images de vidéos amateurs de la chanson « Happy » de Pharrell Williams (Crédit : Autorisation de la page Facebook de Pharrell Williams)

« Mais il y a un élément en plus qui est le message de joie, » souligne Shifman. « Le message optimiste est universel, accrocheur et non menaçant. Et c’est aussi une bonne mélodie. »

De plus en plus de personnes rejoignent le mouvement, et plus récemment, deux organisations de Jérusalem.

La première est Tichon Ramah Yerushalayim, un programme éducatif de Camp Ramah, qui utilise Israël comme lieu d’éducation pour les élèves américains.

La deuxième est Made in Jerusalem, une organisation sans but lucratif qui travaille avec des start-ups.

La vidéo de Ramah offre une nouvelle perspective : non celle de résidents de Jérusalem qui y habitent depuis longtemps mais celle d’étudiants qui sont récemment tombés amoureux de la capitale, selon le directeur de l’organisation, Daniel Laufer.

La vidéo montre les 51 étudiants actuellement à Jérusalem grâce au programme éducatif de Ramah.

Ils font la roue, sautent au-dessus des uns et des autres et font une danse aquatique synchronisée – en dehors de l’eau. Ils ont invité des personnalités à les rejoindre tels que Nir Barkat, le maire de la ville et Rachel Azaria, son adjointe.

« Et puis il y avait aussi des étrangers que nous avons trouvés dans la rue, » indique Laufer. « Nous avons dansé avec eux et ils ont dansé avec nous. »

Le but de cette vidéo était de montrer « le côté cool de Jérusalem, » selon Laufer. Cette ville est historique et religieuse, mais elle est aussi moderne, excitante, amusante – et très heureuse.

Il y a bien sûr eu plusieurs défis à relever lors du tournage avec le groupe d’étudiants. Seulement quelques-uns d’entre eux ont par exemple pu danser avec le maire.

« En même temps, certains avaient des examens et d’autres étaient en plein cours, » souligne Laufer. « Mon directeur académique était près à me descendre mais il apparaît plusieurs fois dans la vidéo, il s’est amusé. Nous avons su rendre tout le monde heureux. »

La vidéo de Made in Jerusalem a été montée d’une toute autre manière. L’organisation a demandé aux membres de plusieurs start-ups de lui envoyer quelques secondes de vidéo de haute qualité. Les vidéos ont alors été insérées dans des images qui ne montraient pas les sites touristiques de la capitale, mais plutôt les endroits fréquentés des locaux.

« Ce sont les endroits où nous vivons, où nous passons du temps, où nous rencontrons nos amis, où nous travaillons, où se trouvent nos start-ups, » explique Uriel Shuraki, le co-fondateur de Made in Jerusalem. « Nous avons des haredim [des Juifs ultra-orthodoxes], nous avons des enfants, nous avons toutes sortes de gens. »

Il était important pour Jérusalem de se joindre au mouvement « Happy, » selon lui.

« Je pense que nous sommes à une époque où les gens recherchent quelque chose de plus profond, quelque chose qui a plus de sens, » indique-t-il.

« Avec le mouvement ‘Happy’ – c’est un mouvement en quelque sorte – les gens peuvent participer et faire partie d’un mouvement global qui se concentre sur les choses positives de la vie. »

Rachel Azaria, l’adjointe au maire de Jérusalem, apparaît dans les deux vidéos.

Elle aime le fait qu’elles soient différentes et nie le fait que les vidéos de Tel Aviv sont plus multiculturelles. En effet, ces commentaires ont été faits après que des vidéos aient été filmées à Tel Aviv.

« Nous avons des haredim qui dansent – je ne vois pas ce qui pourrait être considéré comme multiculturel en plus, » affirme-t-elle. « Allons, vous avez tout. »

Malgré l’histoire et la politique qui font parfois de l’ombre à Jérusalem, Azaria refuse de penser que la ville en est moins heureuse pour autant.

La seule raison pour laquelle les vidéos de Jérusalem sont apparues après celles de Tel Aviv, c’est parce que la ville avait besoin d’un peu plus de temps pour se détendre, plaisante-t-elle.

« C’est la vie, c’est notre vie, » dit-elle. « Nous vivons ici, nous travaillons ici, nous nous amusons ici, et essayons de nous détendre ici. Nous vivons. C’est notre vie. »

L’une des plus récentes vidéos de « Happy, » filmée à Tel Aviv, a été filmée en deux jours par le photographe Louiz Green. L’actrice Sivane Kretchner Green révèle que le phénomène Williams lui a permis d’en apprendre plus sur d’autres parties du monde, comme le Liban, à travers leurs propres versions de « Happy. » Elle voulait créer une vidéo qui représenterait Tel Aviv aux personnes qui ne l’ont jamais vue.

Kretchner est copropriétaire du groupe de théâtre Tahel, qui propose des productions LGBT. Beaucoup de danseurs appartenant à la communauté homosexuelle apparaissent dans la vidéo. Selon Green, Tel Aviv est sans aucun doute la ville la plus heureuse.

« Je pense que Tel Aviv est la meilleure ville au monde, c’est tout, » dit-elle. « J’aime Tel Aviv. Je n’habiterai jamais ailleurs. »

D’autres versions israéliennes de la vidéo incluent celles des organisations ESET Israel et Yeruham. Au final, malgré le fait que les résidents de chaque ville se battent pour dire que la leur est la plus heureuse, toutes les vidéos de « Happy » israéliennes ont un but similaire.

« Nous voulons montrer un côté plus joyeux d’Israël, » indique Shuraki. « Nous voulons montrer qu’il ne s’agit pas seulement des choses qui apparaissent dans les médias, et nous voulons montrer le visage des gens d’ici pour que les gens puissent se connecter émotionnellement avec Jérusalem ou Tel Aviv. »

Les vidéos israéliennes se joignent à beaucoup d’autres, comme celle entièrement basée sur Star Wars. Et même si les thèmes des vidéos sont en général plus légers, certaines vont plus loin.

« Certaines versions de cette chanson optimiste sont très intéressantes, Internet a un véritable potentiel politique, même quand ça n’est pas le but, » explique Shifman.

Une version, « Unhappy Kyev, » a été filmée dans la capitale ukrainienne pendant la crise actuelle qui frappe le pays, qui a déjà tué des dizaines de personnes. Elle propose un contraste fort, montrant des personnes dansant dans les rues de Kiev avant de montrer les manifestations violentes. Les images incluent des interviews de personnes au visage caché.

« Pour être heureuse, j’ai besoin que l’Ukraine soit libre, vraiment démocratique et un pays prospère, » indique une femme. « Maintenant ce qui me rend heureuse sont les personnes qui partagent une même opinion. »

Un homme ajoute, « si seulement je pouvais voir ces garçons qui sont morts d’une manière si injuste, je serais heureux. S’ils pouvaient ressusciter, non seulement moi mais toute la nation les saluerions avec joie. »

Dans le fond, Pharrell Williams continue de chanter : « Clap along if you know what happiness is to you. » (Tapez des mains si vous savez ce qu’est la joie pour vous)