Le procès du cerveau présumé d’une vaste escroquerie bancaire, Gilbert Chikli, qui a soutiré près de 50 millions d’euros à des entreprises françaises s’est ouvert lundi en l’absence du principal accusé, en fuite en Israël.

Le pionnier de l’arnaque au « faux président » se faisait passer pour le PDG d’entreprises ou de banques et parvenanait à convaincre ses interlocuteurs de lui remettre d’importants montants.

Une quinzaine de personnes comparaissent dans cette affaire devant le tribunal correctionnel de Paris, mais Gilbert Chikli, qui a fui la France en 2009 après sa mise en examen et quelques mois de détention, est représenté par son avocat.

L’homme est devenu une célébrité dans le milieu « des escrocs de haut vol » et son histoire rocambolesque a inspiré un film, en cours de tournage, du réalisateur français Pascal Elbé.

Interrogé en 2010 par une télévision française, Gilbert Chikli ne contestait pas les faits, assurant ne pas être un escroc et avoir agi par « jeu ».

« On contacte des entreprises, des banques, on se fait passer pour leur président (…) On a le don ou on l’a pas, c’est comme les grands acteurs. Moi, on peut considérer que j’ai un don », avait-il lancé. Les faits reprochés à Chikli, 49 ans, concernent une cinquantaine d’escroqueries et tentatives commises entre 2005 et 2006.

Parmi les victimes, la société Accenture, alors chargée de la trésorerie de Thomson, a perdu 5,9 millions d’euros, le Crédit Lyonnais un million et la Poste (Banque postale) 358 000 euros. Les sociétés HSBC, Dassault systèmes, Alstom et les Galeries Lafayette sont également parties civiles.

Chikli opérait depuis Israël à partir d’un appartement, d’ordinateurs et de téléphones fournis par David Attiach, présenté comme son principal complice.

L’une des victimes, ex-directrice d’une agence du Crédit Lyonnais, a raconté à l’AFP avoir remis près d’un million d’euros de sa banque à un inconnu dans les toilettes d’un bar parisien.

« Un jour un homme se présentant comme le président du Crédit Lyonnais m’a appelé en me demandant de faire tout ce que me dirait un homme de la DGSE (services secrets) qui devait me contacter. Celui-ci m’a expliqué qu’il luttait contre le blanchiment et le terrorisme et avait besoin de faire passer de l’argent pour démanteler un réseau », a-t-elle expliqué.

« Au début, on n’y croit pas mais cela dure, on vous pilonne par des appels répétitifs, on n’a pas le temps de réfléchir. Il applique une méthode de manipulation pour m’accrocher. Il parlait des attentats, de confidentialité », a-t-elle témoigné.