Le pape François n’exclut pas un jour d’envisager de démissionner comme son prédécesseur Benoît XVI, a-t-il expliqué dans une interview parue vendredi, en soulignant qu’il « demanderait au Seigneur de l’éclairer le moment venu ».

Dans un entretien au quotidien catalan La Vanguardia et à la télévision espagnole Cuatro, le pape, 77 ans, estime que Joseph Ratzinger « n’a pas fait une entorse à la tradition », en renonçant à sa charge, le 11 février 2011.

« Le pape Benoît a fait un grand geste, il a ouvert une porte. Benoît n’a pas fait une entorse à la tradition, il a en fait créé une institution, celle d’éventuels papes émérites ( ) Je ferai la même chose que lui, je demanderai au Seigneur de m’éclairer le moment venu, et qu’Il me dise ce que je dois faire. Et je suis sûr qu’Il me le dira! ».

François n’annonce pas quelle serait sa décision s’il devait se poser la question, en raison de sa santé ou de capacités déclinantes. Mais il n’écarte pas une démission, se félicitant même de cette nouvelle « institution » d' »éventuels papes émérites ».

Par ailleurs, dans cette interview, le pape François condamne le fondamentalisme religieux, « minoritaire »: « Le message du fondamentaliste, c’est de voir où il peut frapper, au moins idéologiquement. (…) Nous autres chrétiens avons aussi des groupes fondamentalistes ».

Citant l’exemple de la guerre de Trente Ans (1618-1648), le pontife assure qu’une telle violence entre protestants et catholiques « est aujourd’hui inimaginable ».

A un autre moment, il affirme que « sa prière est juive » en raison des « racines juives du christianisme : « Je prie tous les jours l’Office divin… avec les Psaumes de David. On récite les 150 psaumes en une semaine. Donc ma prière est juive ».

Il dénonce l’antisémitisme qui « réside dans les courants politiques de droite plutôt que de gauche ». « Il y a encore aujourd’hui des négationnistes de la Shoah, c’est de la folie. Je ne sais pas comment se fait-il que cela existe ».

Le pape se dit « convaincu que la persécution des chrétiens est plus forte qu’au cours des premiers siècles de l’Eglise ». « Il y a aujourd’hui plus de martyres chrétiens qu’à cette époque. Et ce n’est pas une fantaisie, j’ai les chiffres », assure-t-il.

Le pape aborde, à propos de la Catalogne, la question du séparatisme et de la sécession en Europe, « toute division me préoccupe » : « il faut étudier au cas par cas. L’Ecosse, la Padanie, la Catalogne ? Il doit y avoir des cas qui seront justes et d’autres qui ne sont pas justes, parce que la sécession d’une nation sans un antécédent d’unité forcée, c’est quelque chose qu’il faut prendre avec de multiples précautions ».

Il cite par contraste le « démembrement » de l’ancienne Yougoslavie qui a été « très évident » : il s’agit dans ce cas « de peuples avec des cultures très diverses qu’on ne peut faire tenir ensemble, même avec de la colle », répond-il.