Le secrétaire général du Front national (FN), Nicolas Bay, a été désigné lundi soir à Strasbourg coprésident du groupe « Europe des Nations et des Libertés » (ENL) au Parlement européen, succédant ainsi à Marine Le Pen qui n’est plus eurodéputée, a-t-il annoncé à l’AFP.

Bay, 39 ans, coprésidera ce groupe de 40 députés européens (dont 20 issus du FN), au côté de l’autre coprésident, le Néerlandais Marcel de Graaff.

Considéré comme l’un des principaux opposants internes à Florian Philippot – et tenant d’une ligne plus conservatrice sur les questions de société et plus libérale sur l’économie que Marine Le Pen -, Nicolas Bay a été préféré par 12 des 20 députés européens du FN.

Les deux autres candidats ont obtenu trois voix chacun. Il s’agit de l’économiste Bernard Monot, l’une des chevilles ouvrières du programme économique du FN, et d’Edouard Ferrand, un ami de longue date de Marine Le Pen et Louis Aliot.

Florian Philippot lors de la présentation du programme présidentiel du FN, à Paris, le 19 novembre 2011. (Crédit : Gauthier Bouchet/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Florian Philippot lors de la présentation du programme présidentiel du FN, à Paris, le 19 novembre 2011. (Crédit : Gauthier Bouchet/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Deux eurodéputés, Florian Philippot et son principal lieutenant, Sophie Montel, n’étaient pas présents lors de cette réunion au Parlement à Strasbourg, et n’ont donc pas pris part au vote, a précisé Bay.

Outre les élus français du FN, le groupe ENL au Parlement européen, constitué en juin 2015, regroupe six Italiens (cinq élus de la Ligue du Nord et un du Mouvement Cinq Etoiles), quatre Néerlandais du Parti de la Liberté (PVV) de Geert Wilders, quatre du FPÖ autrichien. On y compte aussi un élu du Vlaams Belang belge, deux du Congrès de la nouvelle droite (KNP) polonais, une ex-UKIP britannique, un Roumain élu sous la bannière du Parti conservateur, et un Allemand de l’AfD, le parti de la droite eurosceptique et populiste.

Le vote de lundi soir était nécessaire depuis que la présidente du FN, Marine Le Pen, a quitté le Parlement européen en juin, après son élection à l’Assemblée nationale française. Elle a été remplacée, sur les bancs de Strasbourg et Bruxelles, par la conseillère régionale FN de Normandie Christelle Lechevalier.

Quant à Louis Aliot, l’autre ancien eurodéputé FN élu député français en juin dernier, il a été remplacé par le chef de file du FN au conseil régional d’Occitanie, France Jamet.

Jean-Marie Le Pen fondateur du Front national, en conférence de presse à Marignane, le 31 mai 2017. (Crédit : Franck Pennant/AFP)

Jean-Marie Le Pen fondateur du Front national, en conférence de presse à Marignane, le 31 mai 2017. (Crédit : Franck Pennant/AFP)

D’autre part, Jean-Marie Le Pen, exclu du FN en août 2015 et rétabli comme président d’honneur du parti par décision de justice, a déclaré qu’il compte se rendre au congrès du Front national, où il « pense » qu’on lui « accordera la parole », dans une interview publiée samedi dans Le Figaro.

« Je devrais être invité au congrès, même si j’attends toujours. En tout cas, je m’y rendrai, car je rappelle que je suis toujours parlementaire européen et président d’honneur, et donc en activité. Je pense que l’on m’accordera la parole, et qu’elle sera écoutée », dit Le Pen.

Interrogé sur les évolutions qui s’amorcent en vue du congrès du parti, le père de Marine Le Pen répond que « la remise en ordre des priorités politiques du parti [lui] paraît une bonne chose, car elle correspond à la réalité politique. »

A ses yeux, « en politique, on n’est jamais hors jeu si on voit clair, que l’on agit avec droiture, et à condition de ne pas se tromper sur la cause de ses échecs », surtout deux « pour Marine Le Pen », sa propre exclusion du parti et « le changement de priorité sur l’Europe et l’euro, alors que la problématique essentielle reste le phénomène migratoire ».

Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)

Jean Marie Le Pen et sa fille Marine (Crédit : Miguel Medina/AFP)

Mais Jean-Marie Le Pen « reste hostile au changement du nom, c’est totalement absurde ! » « Quand un bateau s’est mis au plain, généralement, on ne met pas en cause le constructeur, ni la coque ni le moteur, mais plutôt l’équipage ou le capitaine, qui lui est à la barre ! Il y a un phénomène de ‘changite’, où l’on veut tout changer ! », dit-il.

Par ailleurs, il s’étonne que la présidente du parti « n’ait pas encore réuni son comité central depuis les élections, comme le prévoient les statuts. C’est anormal et illégal, car c’est le seul organe démocratique du FN. C’est se priver d’un outil efficace de connaissance de l’opinion du mouvement. »

En juin, Jean-Marie Le Pen s’était vu refuser l’accès au siège du parti à Nanterre où se déroulait une réunion du bureau politique frontiste, interdiction qu’il qualifie de « voie de fait ».

Le FN a fait appel de la décision de justice de l’automne dernier rétablissant Le Pen comme président d’honneur.